.
«Marelle est une sorte de capitale, un de ces livres du XXe siècle auquel on retourne plus étonné encore que d'y être allé, comme à Venise. Ses personnages entre ciel et terre, exposés aux résonances des marées, ne labourent ni ne sèment ni ne vendangent : ils voyagent pour découvrir les extrémités du monde et ce monde étant notre vie c'est autour de nous qu'ils naviguent. Tout bouge dans son reflet romanesque, la fiction se change en quête, le roman en essai, un trait de sagesse zen en fou rire, le héros, Horacio Oliveira, en son double, Traveler, l'un à Paris, l'autre à Buenos Aires.
Le jazz, les amis, l'amour fou - d'une femme, la Sibylle, en une autre, la même, Talita -, la poésie sauveront-ils Oliveira de l'échec du monde ? Peut-être... car Marelle offre plusieurs entrées et sorties. Un mode d'emploi nous suggère de choisir entre une lecture suivie, "rouleau chinois" qui se déroulera devant nous, et une seconde, active, où en sautant de case en case nous accomplirons une autre circumnavigation extraordinaire. Le maître de ce jeu est Morelli, l'écrivain dont Julio Cortázar est le double. Il cherche à ne rien trahir en écrivant et c'est pourquoi il commence à délivrer la prose de ses vieillesses, à "désécrire" comme il dit. D'une jeunesse et d'une liberté inconnues, Marelle nous porte presque simultanément au paradis où on peut se reposer et en enfer où tout recommence.»
Florence Delay.
***
Le principe de la marelle
la marelle est un jeu mais elle est aussi une leçon un espace tracé au sol fragmenté en cases avec des règles simples mais strictes
sauter de case en case garder l’équilibre ne pas dépasser la ligne la marelle enseigne à habiter un monde limité tout en rêvant le mouvement
chaque saut est un choix chaque espace un repos provisoire chaque retour au sol une répétition qui rythme l’élan
le principe de la marelle pourrait se résumer ainsi
alternance entre
liberté et contrainte risque et sécurité
ascension et retour.
elle transforme l’aire bornée en terrain infini de l’imaginaire.
jouer à la marelle c’est expérimenter la vie dans sa double logique respecter les limites tout en s’élançant vers l’inconnu
Philosophiquement,elle illustre le geste humain fondamental : avancer dans le monde par bonds naviguer entre ce qui est donné et ce qui reste à inventer toujours dans la tension entre le sol sûr et l’espace suspendu La marelle est un microcosme du possible le mouvement guidé devient exploration et l’ordre du tracé devient invitation
.