le dernier homme
ne cherche plus
à devenir
il cherche
à être tranquille
il a remplacé le vertige par le confort
le risque
par l'assurance
le désir
par le besoin
il ne veut plus
de grandes tempêtes
ni de grandes joies
un peu de sécurité
un peu de plaisir
un peu de sommeil
et surtout
ne pas souffrir
il a supprimé
le ciel
pour avoir
un plafond
il a supprimé
le chemin
pour avoir
une destination
il a supprimé
le mystère
pour avoir
une réponse
mais quelque part sous la cendre un souffle demeure
une volonté
encore capable
de dire
oui
et peut-être
que Zarathoustra
vient seulement
réveiller
cet homme endormi
pour lui rappeler
que vivre
n'est pas
se conserver
mais
se dépasser
la décadence
commence
quand la vie
demande
à être protégée
de la vie
quand le mouvement
devient fatigue
quand le risque
devient faute
quand le désir
demande pardon
et que l'on préfère la sécurité à l'intensité
alors
le monde se rétrécit
peu à peu
la montagne
devient obstacle
le vent
devient menace
le silence
devient vide
et le corps oublie qu'il était fait pour marcher
la décadence
n'est pas
la chute
elle est
l'abandon
de l'élan
la lente acceptation
d'une vie
sans hauteur
sans dehors
sans mystère
sans oui
ecce homo
voici l'homme
mais lequel
celui qui se courbe
sous les anciennes mesures
ou celui
qui se défait
de ses chaînes
vale homo
adieu l'homme
ancien
adieu
la fatigue
la culpabilité
le ressentiment
la peur de devenir autre
saluer l'homme
en le quittant
comme on quitte
une rive
pour entrer
dans le mouvement
ne plus demander
qui suis-je
mais
que puis-je devenir
ecce homo regarde l'homme encore debout
vale homo
et maintenant
marche