mardi, mars 31, 2009

Quand un homme a de la joie, son apparence
est gaie ; il est gai et il chantonne ; il chantonne et
il se dandine ; il se dandine et il danse (Li-Ki)

Choros & Chara

" Choros" (la danse) viendrait-il de " Chara " (la joie), comme le croyait Platon ?
Que serait la danse sans joie ?
Et pourquoi monter si haut vers les cimes, si ce n'est pour trouver la joie ?
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La joie, c'est la joie de vivre - et danser, c'est vivre sa joie. Et vive le danseur dionysiaque, qui ne cherche qu'à nous persuader de " l'éternelle volupté d'exister ".
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"Celui qui monte sur les plus hautes montagnes se rit de tout le théâtre et de tout le sérieux de la vie. " S'il est monté, c'est pour " gagner une âme joyeuse " , c'est pour faire chanter les mots qui célèbrent la vie : Rire, danse, joie, légèreté, hauteur.
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La joie est le passage de l'homme d'une moindre à une plus grande perfection. (Spinoza)
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Je salue l'Être de lumière qui maintient l'Univers et donne aux hommes la joie, je salue Mrida ! (hymne du Xè siècle)
°
Avec B.Commengé, Nietzsche, Spinoza et Shiva !
Que toujours la mer sournoise ou la montagne
impitoyable environnent celui qui cherche. (Nietzsche)

Titre, exergue et fin

La danse
de Nietzsche
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Je ne sais rien qu'un philosophe souhaite
plus être qu'un bon danseur. Car la
danse est son idéal, son art aussi, sa seule
pieté, enfin : son " culte ".
Le gai Savoir
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A quel âge Nietzsche est-il mort ? A cinquante-six ans, disent les dates. Mais il a faussé les dates. Demande-t-on à Dionysos combien de temps il a dansé ?
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Béatrice Commengé
L'infini/Gallimard

Zarathoustra, le danseur.


Sur le sentier qui longe le lac de Silvaplana, à Sils Maria, Nietzsche s'est brusquement arrêté : de l'ombre de ses yeux malades, de la fatigue de ses nuits blanches, de la douleur de ses migraines, de ses longues marches dans le froid ou dans la lumière, venait de naître son fils, Zarathoustra, le danseur. Il ne le quittera plus. Avec lui, il marche. De Sils à Gênes, et de Gênes à Nice, à la recherche d'un ciel plus pur et d'un air plus léger. Il le trouve parfois, l'espace d'un chant, sur les hauteurs d'Eze ou sur la presqu'île de Portofino, dans les ruelles de Venise ou sous les arcades de Turin. Un " dieu " danse à travers lui.
Ce livre, on l'a compris, est aux antipodes du commentaire universitaire ; à l'opposé de l'univers sombre et glacé de la philosophie allemande. Voici un Nietzsche grec, italien, français - comme il se voulait. Peut-être n'est-il pas indifférent de se demander si un homme aurait pu écrire ces pages simples, émouvantes ? C'est une jeune femme, en tout cas, qui aura eu l'idée et l'amitié légère d'accompagner Nietzsche, tendrement, dehors.
°
Béatrice Commengé
La danse de Nietzsche
l'infini/Gallimard
Haut les coeurs, bons danseurs, haut, plus
haut ! Et n'oubliez pas le bon rire ! ( Zarathoustra).

Le bon rire !

Lorsqu'on ouvre le Zarathust-Nama, long poème persan qui tente de conter la vie du prophète appelé " étoile d'or ", on peut y lire ces lignes : " Au moment où le matin du temps répandit la lumière, le Bienheureux Zarathoustra vint au monde. Il riait en quittant le sein de sa mère et de son rire le palais fut empli de lumière. " Le rire avait suffi pour qu'on sût que l'enfant était fils du ciel : toutes ses paroles seraient désormais sacrées. Le rire dépassait les mots : il était la lumière - une lumière transmise de siècle en siècle par la légende jusqu'à Pline qui écrirait dans son histoire naturelle : Zorastre fut le seul homme à avoir ri le jour même ou il naquit. "
Nietzsche l'avait-il retenu, lui qui n'hésite pas à proclamer par la bouche de son Zarathoustra : " J'ai sanctifié le rire " ? Le rire résonne encore quand les mots se sont tus : il est la réponse du corps, l'expression première, au-delà du langage, au-delà de la pensée. L'homme qui rit a trouvé le secret de la légèreté : il est prêt à s'envoler en dansant, enfin détaché du mortel ennemi : " l'esprit de pesanteur ".
°
source Béatrice Commengé
La danse de Nietzsche, infini/Gallimard

La clarté qui déjà nous enrobe


Le narrateur, dans le roman de Philippe Sollers, " les voyageurs du temps ", se retrouve dans l'église saint Thomas d'Aquin dans le septième arrondissement de Paris :
Spectres, âmes invisibles, fantômes réels, présences à peine sensibles, je vous poursuis dans ce monde fermé, tristement mortel. Saint Thomas, là-haut, à travers le paradis enflammé, chante que le sommet sur terre est dans un tel abandon "que le moisi a remplacé le tartre". Drôle de tonneau, drôle d'entonnoir. Mais il dit aussi, et je me récite ces vers dans l'église froide et comme abandonnée : " J'ai vu, tout un hiver, l'épine se montrer piquante et presque morte, et porter au printemps la rose à son sommet. "
Peut-on aujourd'hui descendre plus bas, plus bestialement entouré de machines et d'écrans, plus à fond dans l'inconscience vivante ? Oui, on peut, on y va. Et pourtant, " la clarté qui déjà nous enrobe sera vaincue en éclat par la chair, qui, pour l'instant, sous terre est cachée ". (Ph.S.)
°
L'être et la vérité ne font qu'un c'est à dire que la vérité est en Dieu sous forme de " Raisons éternelles " d'après lesquelles toutes choses ont été formées et d'après lesquelles l'âme humaine connaît tout. (s. Thomas d'Aquin, la somme théologique)
°
Chant X
Ciel de Vénus. L' admirable architecture du monde. Quatrième ciel : le ciel du soleil. Les esprits inspirés de sagesse. Thomas d' Aquin montre les onze sages de la première couronne (théologiens et philosophes).
Dante, la divine comédie, le paradis, Jacqueline Risset, GF Flammarion.
°
Ce jour là dans l'église saint Thomas d'Aquin on célébrait le baptême d'une enfant qui portait le nom d' Eléonore,
Eléonore, lenir adoucir, el nour la lumière, hélê éclat du soleil.
°
Reste à présent, lecteur, sur ton banc,
en pensant à ce dont tu as l'avant-goût,
si tu veux une joie qui surpasse ta peine.
(Dante, P.X. 22/23/24)
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L.A. photographie, église saint Thomas d'Aquin, Paris, mars 2009

lundi, mars 30, 2009

La treizième revient...


C'est encore la première. Et c'est toujours la seule, ou c'est le seul moment. Car es-tu reine, Ô toi ! la première ou dernière...(Gérard de Nerval). C'est dans ce sens qu'il faut interpréter la mort, treizième arcane majeur du tarot : elle ne signifie pas une fin, mais un recommencement après l'achèvement d'un cycle : 13 = 12 + 1.
°
L.A. photographie, église saint Thomas d'Aquin, Paris, mars 2009

Retour du temps perdu

étrange cet apparent paradoxe d'un sentiment aigu d'intemporalité provoqué par le passage. La mutabilité constante des formes, des mouvements, des éclairages, des coloris sont des composants de l'éternel retour des nuages qui créent l'illusion de leur éternelle jeunesse. Comme le déferlement des vagues sur les sables d'été. Ou le mouvement de la houle sous la coque d'un voilier. éternel bain de jouvence.
°
André Ar Vot, cent vues de l'enclos des nuages, José Corti
L.A. photographie, Paris, jardin du Luxembourg, mars 2009

dimanche, mars 29, 2009

Une leçon d'insouciance


Cela dit, sursum corda ! Je suis un de ces rêveurs qui croient en leur bonne étoile, ou en leur génie protecteur, ou en leur ange gardien, quel que soit le nom que vous donniez à cette divinité secourable. Relisons dans l'Evangile selon saint Matthieu la parabole des lis des champs et prenons-y une leçon d'insouciance. Tout est bien. Ne nous inquiétons pas.
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Qu'il s'agisse de l'amour de Dieu, de l'amour des créatures, de l'amour de la langue française, de l'amour de la liberté, de l'amour de l'Italie ou de l'amour du vin jaune de château-chalon ; qu'il s'agisse du combat contre le nouvel ordre moral tous azimuts que prétend nous imposer une meute de pharisiens hypocrites et de pasionarias imbéciles, les thèmes de yogourt et yoga relèvent de la diététique, qui signifie art de vivre, désir de plénitude. D'où ce titre aux savoureuses allitérations que j'emprunte à l'un de mes maîtres et complices, Billy Wilder. J'espère que ce livre intéressera même ceux qui ne mangent pas de yogourt et ne pratiquent pas le yoga.
°
Gabriel Matzneff
Yogourt et yoga, la table ronde (2004)
L.A. photographie, jardin du Luxembourg, Paris, mars 2009

Fin mars les marronniers



Bourgeons gonflés luisants et poisseux comme caramélisés, éclosent les jeunes "filles" duveteuses aux teintes délicates, s'éploient peu à peu papillons sortis de la chrysalide, s'ouvrent les candélabres des fleurs blanches et chiffonnées dont la rosée sucrée attire les ailes rapides.
°
L.A. texte & photographies, jardin du Luxembourg, Paris, mars 2009
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Magnolia











hybride horticole


Magnolia X Soulangiana



Magniolacées






à côté d'elle
la
demi-horloge aux magnoliennes
devant un rouge
qui cherche aussi de sens ailleurs -
ou encore nulle part.

Paul Celan



du mot magnolia
les magnalia sont dans la tradition,
les grandes oeuvres de Dieu




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L.A. photographie, jardin du Luxembourg, Paris, mars 2009
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Après le vol des corbeaux



Camille Guinet
exposition chez L.Mauguin jusqu'au 8 avril 2009
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Avivant un agréable goût d'encre de chine
une poudre noire pleut doucement sur ma veillée.(Rimbaud, Phrases)
photographie L.A. mars 2009

à ceux qui nous tiennent

Emanuela Burgazzoli, photographie L.A.

Greffe-moi

l'organe de la vie

pour qu'on puisse

se passer des mutilations

à venir

(enfonce-toi)

mains-fentes fentes-mains

seins-pensée mot-seins

lèvres-pas pas à lèvres

plutôt

qu'un mot

vide (é)

°

Emanuela Burgazzoli
Greffes
éditions L.Mauguin

Sans tenir compte



de vos boucles charmantes, de vos chevilles pareilles à des boucles...Quel avertisseur fonctionnera jamais pour faire entendre la voix de la déraison, si je parle le langage qu'on m'a appris, et soutenir que demain sera autre, qu'il s'est mystérieusement, complètement déchiré d'hier ? J'étais de nouveau près de vous, O ma belle cavalière, et vous me montriez en passant la Tour Saint-Jacques...
°
L.A. photographie, avec André Breton, l'amour fou, Paris, mars 2009

Avec la vitesse du train et de la pensée




dans le temps et dans l'espace l'eau le bas l'hiver le nord

le feu le haut l'été le sud

le printemps avec le bois et l'Est

le métal avec l'automne et l'Ouest

la terre au centre

son assistance à tous les autres points.

°

L.A. texte & photographies, TGV, Chambéry/Paris, mars 2009

mercredi, mars 25, 2009

Pour que s'étale le manifesté

- le monde et tout ce qu'il contient - , il faut comme réserve un abîme de vacance. Loin de se figer dans une stérilité mortifère, le néant coïncide avec le venir de toutes les choses. Rien d'abusif, par conséquent, à le qualifier d'événementiel. à chaque moment, il est le retrait qui prodigue la présence, et aussi l'absence. Il dispose de toutes les richesses, mais, flux et reflux, il néantise sans arrêt. Il vient au jour par intermittence, à la pointe d'un instant, que ce soit dans l'éclair suspendu de l'extase ou dans celui d'une explosion atomique.
°
François Meyronnis
prélude à la délivrance avec Y.Haenel
infini/Gallimard
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L.A. photographie, les Saises, mars 2009
Être occupé de phrases ouvre au calme.
Le calme est à entendre comme puissance de la joie.
( Yannick Haenel )

neige & usnée


L.A. photographie, les Saisies, mars 2009

" Réjouis-toi ! "

S. Botticelli, annonciation, Florence, les Offices
°
Il entra et lui dit :
" Réjouis-toi, comblée de grâce, le seigneur est avec toi. "
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A cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation.
Luc ( I, 28, 29 )
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Une annonciation...
S' applique à montrer le moment inouï où l'oreille devient le sexe de l'âme. ( Benoit Chantre)
Philippe Sollers, La divine comédie, entretiens avec Benoit Chantre, Folio 3747.

mardi, mars 24, 2009

d'écureuil


voie par bonds au plancher ensoleillé d'un seul instant s'envoler
vers un arbre d'écriture.
°
LA. texte & photographie, les Saisies, mars 2009

Illumination

Illumination , en anglais a le sens de lumière (éclairage) d'inspiration, d'enluminure, de manuscrit enluminé...
°
ILLUMINER , d'une racine indo-européenne leuk, signifie : être lumineux, " éclairer ". En latin illuminarer : éclairer, illuminer, " orner ", mettre en lumière, rendre illustre, le mot à pris en latin le sens de : rendre la vue, éclairer, instruire et spéculer, éclairer l'âme par la grâce, inspirer.
°
Illuminer a d'abord signifié en latin chrétien : rendre la vue à un aveugle, puis vers 1350 : éclairer quelqu'un par la lumière de la vérité.
°
ILLUMINATION , du latin illuminatio, " action d'éclairer ". En latin chrétien : apparition.
°
En français le mot s'emploie d'abord ( 1370-1372, Oresme ) dans un contexte religieux, au sens de lumière que Dieu répand dans l'âme d'un homme.
°
Illumination, dans le sens correspondant à " illuminer et illuminé " s'est dit pour : illuminisme (1796) et équivaut à : inspiration subite.
°
ILLUMINATION : ce que l'on peut supposer être une indication de Rimbaud quand à l'association trop étroite du mot avec l'enluminure comme image peinte : " par l'univers sans images ; - la force et le droit réfléchissent la danse et la voix à présent seulement appréciées " (illuminations, jeunesse II).
°
Littré, ILLUMINATION : (il-lu-mi-na-tion) en vers de six syllabes.
1) Action d'illuminer, d'éclairer, état de ce qui est illuminé, éclairé. L'illumination de la terre par le soleil.
2) Action de disposer un grand nombre de lumières avec symétrie à l'occasion d'une réjouissance. Mme de Sévigné : " il est question, ma fille, d'une illumination ; c'est demain à Versailles. "
3) Fig. En termes de dévotion, la lumière extraordinaire que Dieu répand parfois dans l'âme - Bossuet : " Alors par une soudaine illumination, elle se sentit si éclairée et tellement transportée de joie. "
4) Inspiration, trait de génie - Bossuet : " L'un paraît agir par réflexion profonde, et l'autre par de soudaines illuminations. " Encore Bossuet : " Ses sermons n'étaient pas le fruit d'une étude lente et tardive, mais d'une céleste faveur, mais d'une prompte et soudaine illumination. " Calvin : " La parole est comme l'instrument, par lequel le seigneur dispense au fidèle l'illumination de son esprit. "
5) Terme de Paléographie. Enluminure, peintures dont on ornait les manuscrits au moyen Âge.
0
ILLUMINATION : le mot ne fait pas partie du vocabulaire de Rimbaud. On ne le trouve ni dans Une saison en enfer, ni dans l'ensemble des proses réunies sous et sur le titre Illuminations
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Il figure pourtant une fois, après les initiales A.R. et comme en post-scriptum au manuscrit d'une des proses des illuminations : Promontoire.
°
source Marcelin Pleynet, Rimbaud en son temps,infini/Gallimard

Le Mélèze est un fou

Cet arbre à l'ombre légère est un fou de la lumière ;
peu importent vents, neige et froidure,
la brûlure de la haute montagne l'attire comme aimant.
°
L.A. photographie, les Saisies, mars 2009

lundi, mars 23, 2009

Narcissus pseudonarcissus

solitaire espagnole et légèrement penchée
jaune pâle ou blanc crème
couronne dorée ou orange évasée
la montagne en train de se penser
°
L.A. photographie, la jonquille, Beaufort, mars 2009
Que voulez-vous, je m'entête affreusement à
adorer la liberté libre (Rimbaud, Nov.1870).

C'est trop beau ! trop ! Gardons notre silence

La proximité du sans accès reste la région où parviennent les rares à devenir poètes et qu'ils ne font ainsi que montrer.
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C'est trop beau ! trop ! Gardons notre silence.
- Boulevart sans mouvement ni commerce,
Muet, tout drame et toute comédie,
Réunion des scènes infinie ,
Je te connais et t'admire en silence.
°
Ce silence est autre chose que le mutisme. Son ne plus parler, est un avoir- dit.
°
avec Heidegger & Rimbaud

par l'éternelle Lyre


Orphée ramenant Eurydice des enfers
Jean-Baptiste Camille Corot 1861
huile sur toile 112,3 X 137,1 cm
Houston Texas
°
Pris d'un doute, au milieu du chemin, Orphée se retourne : Eurydice disparaît à jamais. Inconsolable, Orphée finit ses jours, écharpé par les femmes thraces dont il dédaignait l'amour. Il aurait fondé les mystères d'Eleusis.

dimanche, mars 22, 2009

Bonnes récoltes


et baisse des prix et des revenus agricoles. Napoléon Bonaparte est nommé commandant en chef de l'armée d'Italie ; début de la campagne d 'Italie le 11 avril. Le 15 mai la maison de Savoie cède le Duché de Savoie, le comté de Nice, Trente et Breuil à la France. Naissance le 26 juillet de Jean-Baptiste Corot, peintre français. Sont publiés : considérations sur la France de Joseph de Maistre et les harmonies de la nature de Bernardin de Saint-Pierre. Agé de vingt six ans Hölderlin arrive chez les Gontard à Francfort ; il achève son roman Hypérion
:
" Ô âme, âme ! Beauté du monde ! Toi l'indestructible, la fascinante, l'éternellement jeune : tu es. Qu'est-ce donc que la mort et tous les maux des humains ? Que de paroles creuses ont inventées ces originaux ! Toute chose en fin de compte advient par désir, et toute chose s'achève dans la paix. Les dissonances du monde sont comme les querelles des amants. La réconciliation habite la dispute, et tout ce qui a été séparé se rassemble. Les artères qui partent du coeur y reviennent : tout n'est qu'une seule vie, brûlante, éternelle. " Ainsi pensai-je. J'en dirai plus une autre fois.
Hölderlin, Hypérion, bibliothèque de la Pléiade
L.A. photographie, les Saisies sur un chalet d'alpage, mars 2009

La mise en retrait du divin


La métaphysique comme pensée-oubli de l'être est en route depuis longtemps. Elle a pris désormais le visage d'une volonté d'appropriation furieuse et planétaire de toute ressource qui, occidentale en son principe, a depuis longtemps franchi les frontières du national et de l'étatique. Ce qui se joue dans ce mouvement apparemment irrésistible qui ravage notre Terre est à la fois l'effacement de l'être lui-même et la mise en retrait du divin : le nihilisme triomphe désormais, dans la figure de l'impériale domination technique comme dans son envers symétrique, la terreur de l'obscurantisme fanatique. Il faut donc relire l'histoire de la métaphysique " comme histoire de l'être ", il faut reprendre la très ancienne parole de l'être qui parle depuis la Grèce, reprendre dans le même temps la vérité qui a parlé dans les trois révélations du Dieu unique : telle est la tâche qui nous revient et vers laquelle nous guident Heidegger et Hölderlin, Rûzbehân Baqlî Shîrâzî ou Franz Rosenzweig, penseurs, poètes, initiés. Du moins si nous voulons être de nouveau ceux que le divin salue, non les errants d'une Terre que ne bénit aucun ciel. B.S.

°
le philosophe Bernard Sichère était invité à livrer son " regard " sur la crise actuelle le vendredi 20 mars à 12H50 sur France culture, un extrait

une porte

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Avec une très originale acuité, 













Michel Cournot critique ainsi un film de Robert Bresson : ...les créatures de Balthazar passent le plus clair de leur temps à ouvrir, fermer et repasser des portes. Il suffit d'être un tant soit peu sensible à la transcendance, pour voir qu'une porte n'est pas simplement une ouverture pratiquée dans un mur, ou un assemblage de pièce de bois qui peut pivoter sur ses gonds. Selon qu'elle est fermée, ouverte, fermée à clef, battante, une porte est, sans changer de nature, présence ou absence, appel ou défense, perspective ou plan aveugle, innocence ou faute. Nous regardons une porte fermée : un être, qui est encore hors champ, s'en approche ; nous avons à peine eu le temps de voir son ombre portée sur la porte que, déjà, il l'a poussée et s'est éclipsé derrière : une présence, un acte, une intention sont ainsi représentés sans exhibition profane par la cinématographie simple d'une surface pure qui a bougé. Dans l'état d'esprit bressonien, universel se dit oecuménique : il n'est pas d'image plus oecuménique de l'immanence de la vie que celle d'une porte ouverte et refermée : une porte permet aussi de signifier sans déchoir. ( le nouvel observateur 1966)






L.A. photographie, les Saisies, mars 2009
































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dans la surrection de l'instant

ensemble aperçu et percée
l'étendue de neige et le Pin du temps ralenti.
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L.A. texte & photographie, les Saisies, mars 2009

un cillement a fait signe

rien, du coup, qui ne soit
page
intacte, page déchirée
.
page de l'espace déjà tracée
blanchisserie dans la montagne
à la limite le trait lui-même aura disparu
langage n'attend pas
qu'il se trace

L.A. photographie, les Saisies, mars 2009
°
ADB
Le vide qu'on ne peut remplir donne du calme (Courbet)
L.A. photographie, les Saisies, mars 2009

Betula


Alba avec la neige la dolce neve
ce peu de blanc contre ce trop de blanc.
°
L.A. photographie, les Saisies, mars 2009

samedi, mars 21, 2009

Flowers in concrete

Mary Ellen Solt, Forsythia, 1966.
Poème visuel conçu à partir des lettres du mot Forsythia
et de leurs équivalents en code Morse.
°

Traditionnellement le typographe donne aux mots une forme et un ordre visuels servant à la fois l'auteur et le lecteur. Son art consiste à obtenir la plus grande transparence et , si possible, à apporter sa contribution au renouvellement esthétique de la page. Dans le cas de la poésie concrète, il est parfois difficile de discerner la part du poète et celle du typographe. Ici, la typographie est plus encore : une mise en scène du poème.
°
George Zadek
( introduction à Flowers in concrete de Mary Ellen Solt, 1966)

source Jérôme Peignot, Typoésie, imprimerie nationale éditions

C'est la vraie marche. En avant, route !


Je vous indiquerais les richesses inouïes.
°
Rimbaud a trouvé l'issue, pourquoi en chercher une autre.
Philippe Sollers, Studio, Gallimard 1977, Folio 3168.
Picasso, portrait de Rimbaud, La Californie, 13 décembre 1960
source, Marcelin Pleynet, Rimbaud en son temps, infini/Gallimard

vendredi, mars 20, 2009

Oui, l'heure nouvelle est au moins très sévère.

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Rimbaud 1854-1891. En cette seconde moitié du XIXe siècle, la France pervertie ne tolère ni ses artistes (Manet,Cézanne) ni ses écrivains (Baudelaire, Rimbaud). Le premier et le plus grand d'entre eux , Rimbaud, manifeste ce qu'il en est de la traversée en guerre de la société française, et c'est avec Une saison en enfer qu'il en dévoile la détresse ( " Ce peuple est inspiré par la fièvre et le cancer ") ; comme avec les illuminations, il dévoile les " musiques savantes ", les véritables enjeux de cette guerre, d'une guerre qui se poursuit encore dans le refoulement du perverti-moisi de notre époque. " Oui, l'heure nouvelle est au moins très sévère. " En ce sens, entre autres, ce Rimbaud en son temps - ( ce " Rimbaud et les voies de la liberté ") - voudrait faire entendre, dans l'actualité de l'oeuvre, que Rimbaud n' a toujours pas été lu, qu'il n'y a pas, et qu'il ne saurait y avoir, d'après Rimbaud.























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Le premier pas est le seul pas,


par l'aigu où je suis dans la plus haute attention
aussi rigoureuse que légère.
°
L.A. photographie, le Pin de la tourbière des Saisies, mars 2009

Aiguë & désintéressée,

Une attention aiguë et désintéressée est la plus forte hallucination possible.
°
Pénétrer dans la présence du pin hors de l'enfer...
Nous connaissons le chemin, nous avons trouvé l'issue de ces milliers d'années de labyrinthe. (M.N.)
°
L.A. photographie, le Pin de la tourbière des Saisies, Mars 2009

Le Printemps


quelques exemples de fleurs régulières
°
Quand d'en bas le printemps vient à la vie,
L'homme s'étonne, des mots nouveaux s'efforcent
En spiritualité, la joie est de retour,
Chant et chansons à cette fête se conforment.
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La vie se fait de l'harmonie des temps,
Car esprit et nature toujours escortent le sens,
Et la perfection est une dans l'esprit,
Beaucoup se fait ainsi, et de nature presque tout.
°
avec humilité
Scardanelli
Puis, dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c'était le printemps.

Extrait de mes archives nordiques

neige un roc de la mousse et myrtilles
back of time
°
L.A. photographie, les Saisies, mars 2009

Ne dérangez pas


le génie planteur de racines blanches,
mes terminaisons nerveuses sous terre.
°
André Breton & Philippe Soupault
BOIS & CHARBONS
°
Les champs magnétiques

mardi, mars 17, 2009

Fou comme brume mêlée de neige

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William Buttler Yeats
par son père John Buttler Yeats, 1900









Verrouille bien le volet
Puisque les vents se déchaînent.
Nous voyons vraiment clair ce soir
Et j'ai l'impression que je sais
Que tout là dehors est fou
Comme brume mêlée de neige.




Horace ici, près d'Homère,
S'étale, et Platon dessous
Près d'un Cicéron grand ouvert.
Que de temps depuis que tous deux
Nous étions ignares, et fous
Comme brume mêlée de neige.







Vous me demandez, mon ami,
Pourquoi je soupire et frisonne ?
C'est de comprendre que même
Cicéron, et Homère qui
En savait tant, furent fous
Comme brume mêlée de neige.






je suis de terre d'Irlande
de terre sainte d'Irlande,
et le temps passe, crie-t-elle,
venez, par charité,
danser avec moi en Irlande.





°
W.B. YEATS

Poésie/Gallimard
traduction Yves Bonnefoy
























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Titre, exergue & fin

La traversée de la Chine
à la vitesse du printemps
.
Lequel est le plus croyable des deux, Moïse
ou la Chine ?
Il n'est pas question de voir cela en gros. Je
vous dis qu'il y a de quoi aveugler et de quoi
éclairer.
Par ce mot seul, je ruine vos raisonnements.
" Mais la Chine obscurcit", dites-vous ; et je
répond : "La Chine obscurcit, mais il y a
clarté à trouver ; cherchez-la."
Blaise Pascal, Pensées
(n° 397, édition Chevalier)
.
Je suis seul sur le pont arrière. Le soleil se couche dans le sillage du bateau. Qu'éclairera-t-il demain ? Je ferme les yeux. J'attrape au vol l'image de l'ondulation de la muraille de Chine. Un coup de pied dans tous les murs qui n'ont jamais suscité que le ricanement des diables ! Puis je revois la forêt de Qufu et ses tombes maternelles qui gardent mémoire. Je m'approche d'un arbuste en fleur.
Un pétale tombe sur la terre.
Quand reviendrai-je ?
°
Olivier Germain-Thomas
La traversée de la Chine à la vitesse du printemps
éditions du ROCHER.

Cycle de Mitla

Autels
Pommes minuscules
fruits inconnus
et fleurs entourent
un crâne blanc en sucre
bougies
citrons verts biscuits
citrons jaunes
fleurs rouges pain sucré
oranges et
bananes
petits personnages naïfs
colliers de fleurs
jouets divers
mille flammes des bougies autour
dans les allées
multiples figures de Christ
cadaveras assis sur
des chaises, yeux noirs :
grande santé
du coeur des vivants
- saluée.
Blason d'Oaxaca
Au bord de la route
je vis l'aigle et le serpent
animaux familiers de Zarathoustra
et compris alors pourquoi
dans une lettre du 14 août 1881
Nietzsche affirme vouloir aller
sur les plateaux du Mexique au bord du calme océan
avec une végétation tropicale
- par exemple Oaxaca
°
Laurent Margantin
Cycle de Mitla
revue Fario 5
automne-hiver deux mille sept

Le Bureau du titre

jamais fini
Nulle part ailleurs
Le moins possible

Le jour polaire
L'air de rien
Vélo-portrait
Peinture de chevet
Enseignement supérieur
L'antécédent
Les yeux bleus
Redevance à Colomb
Mustang mutant
Cheval sur cales
Alcatraz
Brasier
Prise d'inconscience
Les sédentaires
Les nomades
Habit d'apparat
Dragon triste
L'impératif
Plus une minute à perdre
L'invention de la roue



le genou dans la robe
naturellement
problème d'adaptation
arbritude
sur pied
tumulus
innocente
tanière
l'élève
distrait
alvéoles
tour d'horizon
le bleu de delft
promenade d'alice
dans la mare
la vie végétative
le passé géologique
plat de résistance
par la cheminée
tournesol
l'histoire se répète
Pierre Alechinsky
Le bureau du titre
Fata Morgana

lundi, mars 16, 2009

spectre d'arbre sur un fond d'encre

Alechinsky écrit : " Des spectres d'arbres se dressent en négatif sur un fond d'encre noir. Je pense aux incendies de forêt. Mais s'émouvoir de la mort des arbres, pinceau à la main devant une feuille de papier, ne vient pas sans contradictions : le papier, la table, la gomme de Sénégal (de la sève qui parle dans le blanc des lignes), une bolée d'encre de chine (du charbon de bois) procèdent de la forêt. On doit beaucoup aux arbres, c'est du reste en les observant que j'ai appris à dessiner. "

Dépliez Lynn, un trésor est caché


Voyez comme il faut tenir un pinceau, pour qu'il voyage ; puis dépliez, ouvrez. Le livre est habité. La peinture, c'est toute une histoire. Une foule d'histoires les unes dans les autres. Vous entrez dans le monde du peintre, vous entrez dans le monde d'un artiste unique comme seuls sont les plus grands, parce qu'ils sont seuls. Et pourtant c'est plein de monde, de parcs, de montagnes, de rivières, de tours, de détours, de génies heureux : gnomes qui habitent l'intérieur de la terre dont ils gardent les richesses, et gnoses en autant de fenêtres comme accès à la connaissance. Dépliez : un trésor est caché dedans.
Marcelin Pleynet

ce texte est plutôt exigeant,

peut-être vous pencherez-vous sur le sens de
petite... blanche.... sous le couvert, et comment l'équilibre
.
en voici la racine
au-dedans
à la source
ses sentiments ont la couleur de la nature
blancheur d'os sur le sol
l'impression est celle d'un horizon mince et net
une sorte d'air immobile et brillant
un sommeil ouvert
un lieu sans défense

Je suis maître de silence,
il s'ensuit,
un bonheur attentif, silencieux et mobile

Aube blanche épine

Ainsi de la révélation des aubépines : " Quand, au moment de quitter l'église, je m'agenouillai devant l'autel, je sentis tout d'un coup, en me relevant, s'échapper des aubépines une odeur amère et douce d'amandes, et je remarquai alors sur les fleurs de petites places plus blondes sur lesquelles je me figurai que devait être cachée cette odeur comme sous les parties gratinées le goût de la frangipane ou sous leurs taches de rousseur celui des joues de Mlle Vinteuil. Malgré la silencieuse immobilité des aubépines, cette intermittente odeur était comme le murmure de leur vie intense dont l'autel vibrait ainsi qu'une haie agreste visitée par de vivantes antennes, auxquelles on pensait en voyant certaines étamines presque rousses qui semblaient avoir gardé la virulence printanière, le pouvoir irritant, d'insectes aujourd'hui métamorphosés en fleurs. " Marcel Proust.
°
Odeur, goût, métamorphoses, femme (et pas n'importe laquelle, Mlle Vinteuil, scandaleuse lesbienne), toute cette " virulence printanière" se trouve au pied d'un autel devenu un brasier érotique local.
.
Source Philippe Sollers, Fleurs
Hermann littérature

Pour ses besoins en botanique,

Proust utilise une flore, la flore de Gaston Bonnier, où il prend ses bouquets. Les bords de la Vivonne, les allées du parc Swann, la haie d'aubépines sont tirés de Bonnier, c'est là qu'il vérifie :
.
" Pour les fleurs, j'ai, je vous assure, beaucoup de scrupules ; ainsi dans la première version de ces aubépines, il y avait dans le même chemin des églantines. Mais ayant trouvé dans la flore de Bonnier que les églantines ne fleurissaient que plus tard, j'ai corrigé... Pour la verveine et l'héliotrope, il est vrai que Bonnier indique que pour la première elle fleurit de juin à octobre, pour la seconde de juin à août. Mais comme il s'agit dans Bonnier de fleurs sauvages j'avais cru ( et l'horticulteur à qui j'avais écrit m'avait assuré) que dans un jardin, on pouvait les faire fleurir dés mai quand les aubépines sont encore en fleur. Puisque c'est impossible, que puis-je mettre, le réséda et le jasmin seraient-ils possibles, ou d'autres ? "
.
Les noms latins des fleurs de la recherche viennent donc de Bonnier ; la botanique de Proust est apprise dans les livres.
°
Source Claude Meunier
le jardin d'hiver de Madame Swann
Proust et les fleurs, Grasset
peinture, Jacques- émile Blanche, Marcel Proust

Gaston Bonnier

professeur de Botanique à la Sorbonne.
Membre de l'Académie des sciences.
.
Les noms des fleurs
Trouvés
par la méthode simple
sans aucune notion de botanique
sans qu'il soit question d'étamines, de pistils, d'ovaires, de carpelles
d'ovules, de styles, de stigmates, de graines ni de fruits.
Avec
372 PHOTOGRAPHIES EN COULEURS
représentant les plantes au tiers de leur grandeur naturelle
et
2715 figures en noires
par B. Hérincq et J. Poinsot
ouvrage indiquant les propriétés médicinales des plantes
avec les doses à employer, le danger que les plantes peuvent présenter,
leurs usage agricoles et industriels
les fleurs recherchées par les abeilles, le noms vulgaires, etc.
_____
ce volume renferme toutes les plantes répandues en France,
en Belgique, dans les plaines de Suisse
et, en général, tous les végétaux communs en Europe.
_____
Nouvelle édition revue et corrigée
_____
PARIS
Librairie Générale de L'Enseignement
4, rue DANTE ( V )
___
tous droits réservés.

dimanche, mars 15, 2009

Rapports de tons

Paul Cézanne, la route tournante en Provence
vers 1866 ; huile sur toile 92,4 X 72, 5cm, Montréal
°
Il n'y a ni peinture claire ni peinture foncée, mais simplement des rapports de tons. Quand ceux-ci sont mis avec justesse, l'harmonie s'établit toute seule. Plus ils sont nombreux et variés, plus l'effet est grand et agréable à l'oeil.
P.Cézanne.

L'impérisable suprême


domaine du soi

essence propre de chacun

qu'a-t-on fait du brahmane qui m'expliqua les proverbes ?

°
Celui qui se souvenant de moi à son heure dernière, abandonne son corps mortel et s'en va, celui-là accède à mon être ; il n' est pas de doute sur ce point. Celui qui, l'esprit libre de toute distraction, me garde constamment en sa pensée, je suis aisément accessible.
°
avec la Bhagavad Gîtâ & Rimbaud
L.A. photographie, les Saisies, mars 2009

Quatre quarts

le feuilleté qui compose la parole
.
L' Étalée
la Moyenne
la Voyante
la Suprême
.
la musique savante manque à notre désir
.
je suis le chemin rouge pour arriver à la montagne bleue
.
j'observe l'histoire des trésors que vous trouvâtes

Il y a un seul esprit


corporel, que la nature a premièrement créée, qui est commun et caché, et qui est le baume précieux de la vie, qui conserve ce qui est pur et bon, et détruit ce qui est impur et mauvais. Cet esprit est la fin et le commencement de toute créature, triple en substance, car il est fait de Sel, de Souffre et de Mercure ou d'Eau pure, qui d'en haut coagule, unit, assemble et arrose tous les bas lieux, par un sec onctueux et humide.
°
Traité du ciel terrestre de Vinceslas Lavinius de Moravie
L.A. photographie, Usnée, les Saisies, mars 2009

vers l'épine blanche au milieu des bois

Gérard de Palézieux
°
La vue des arbres me remplit d'une ivresse pareille à celle des affamés. Avec quel coeur j'ai retrouvé mon pays et cependant je soupire. Ah ! la route sans cesse attire le voyageur ! Des lieux que j'ai quittés je n'ai emporté que le désir d'autres lieux, et puissé-je oublier les gens mêmes au milieu desquels j'ai si longtemps vécu ! Que la trace de mes pas s'efface et se perde !
Donc, un matin, je mis le cap vers l'épine blanche au milieu des bois.
°
Maurice Chappaz
Les grandes journées de printemps
Fata Morgana

samedi, mars 14, 2009

un jour de plus augmenté d'un jour


comme elles sont venues, les eaux.
Sauges de l'orage.
... eau
à la surface des eaux retrouvant son front.
A travers les débris bleus épars des vêtements du voisin foudroyé qu'on emporte après l'avoir rhabillé, transparaît la terre froide qui contient la foudre.
Face terreuse du soleil.
Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.
Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

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