bercement matériel déposition
la poésie est calme et silencieuse
elle pénètre loin
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
bercement matériel déposition
la poésie est calme et silencieuse
elle pénètre loin
tu as séparé tes poings
tu les as ouverts
tu as posé tes mains de chaque côté de toi
tu écoutes ou plutôt tu attends
tu diriges ton attente vers des mots
tu reprends ton souffle comme après une course
tu regardes celui qui te parle et tu lui souris
tu murmure alors je vois
tu tombes à la renverse
tu racontes de si jolies choses
un point de vue
une phrase
un nom
une gêne bizarre
une fausse guérison
une région
vers laquelle je n'ose diriger mes yeux
un trou de mémoire persistant
une présence capitale
une blessure mortelle
une organisation éphémère
une sorte de livre physique
un livre incarné
une archéologie intime
tout se passe dans l'intime
je les aime ces mots
parce qu'ils acheminent vers moi
le meilleur
de mes souvenirs
un seul mot qui tombe
une esquisse
un regard
une enfance
un miroir
nous restons les jouets d'une ombre
sanglier singulier solitaire sanglots
100 L.I. 13.06.1930
je vis toujours au présent
l'avenir
je ne le connais pas
le passé
je ne l'ai plus
l'un me pèse comme la possibilité de tout
l'autre comme la réalité de rien
ce qu'on éprouve exige le moment présent
celui-ci une fois passé
la page est tournée
l'histoire continue
mais non pas le texte
un arbre
vert du gazon régulier
jardin dans le semi-crépuscule
une cassure dans les choses
une faute ancienne
un leurre
une voyelle
une phrase
poésie
cernée de rouge
cachée par les arabesques du décor de la fenêtre
derrière laquelle elle se
dissimule
un feu
une odeur
un puits
un poisson
une déchirure
tes yeux dans le fond de la pièce
derrière la fenêtre
ton visage transformé derrière ce masque
un éclat
un chemin
l'image est restée
il y a
de la
foudre à venir
un son qui se rattache à la mosaïque
un rythme des yeux presque linéaire
un regard qui traverse la trame
une ligne blanche
en souligne la vitesse
la main
n’hésite pas à se saisir de ce léger
balancement qui se voudrait
définitif
quand aux yeux
on ne cherche pas à les affaiblir
mais à les reposer pour qu'ils fonctionnent
toute la vie
les yeux ne veulent pas souffrir mille morts
une famille de langues
ne résout rien
un poète n'est aucunement surpris
par la science
la cheville fragile
et si parfaite retient le bruit sourd
d’
un moteur qui s’éloigne
cette musique en tête
trace telle ou telle ligne
et les lignes se rencontrent par hasard ou à dessein
un geste
d’
un sentiment
une nuit
il y a
une masse
inquiétante qui répond à
son nom
chair
solidifiée dans la
trace innommée du verbe
ce qui est caché dispose de l'imagination
et le corps l'emporte sur
une nature
qui semble se contrarier
il y a
bien des choses
que font les somnambules
et qu'ils n'oseraient faire éveillés
l'esprit d'un homme peut faire bouger
les autres corps de mille façons
l’agencement des pierres et des sons
vient régir ce domaine
la poétique est informée elle informe
disons informe tout court
quand au reste faut voir
de la pierre à l’humain
courir dans la vase ralentir le corps
une infinité de choses infiniment variées
suivent la divine nature
en étant comme ça
au centre de la vitre
un cercle fixe le jour
il peut ainsi accomplir
ce qui résulte de sa nature
elle ignore sa fin
elle est digne d'éloge
pas la peine de développer
ce n’est pas
l’ouverture d’une phrase mais son
inaccomplissement
la poitrine
s’émeut d’une telle force qui
perturbe le bruissement de l’eau
flottement alphabétique d’
un geste enfoui
le corps humain a besoin de nombreux corps
pour être disons le régénérer
L’usage et les attributs du coeur est une exploration minutieuse des états d’émotion dans la langue et à travers l’écriture des mots. Le lyrisme du poème n’est pas dans l’ivresse du langage mais plutôt dans la dépossession, l’absence à soi-même, les jeux aléatoires de la langue. Mais la question est toujours la même : le récit possible du réel. Le récit et son énigme quand il a recours au vers, au poème. Le livre se fait enquête perpétuelle. L’auteur réunit des indices. Et à l’intérieur des failles, qui sont aussi une architecture, il esquisse une fable. Il s’agit en réalité d’un seul texte, et non simplement une suite de poèmes. D’une histoire à naître, à découvrir. Le vers est un miroir. Il se reflète et se transporte dans un autre poème sans pour autant perdre son identité. D’où cette attention aux petits mots de la langue, aux articulations, aux prépositions qui détournent le « courant » et permettent ainsi au poème de se reformer dans un espace inédit. Les mots du poète sont autant de stigmates d’une langue en quête du monde, des émotions, des « attributs du coeur ». Logique du moindre, de l’imperceptible, de l’accidentel.
c’est alors que se pose la question
de la naissance
de l’anatomie
c’est-à-dire
l’action de couper pour voir
Jackie Pigeaud
*
LUELADC