les soirs
s’enfoncent sous ton regard
lentement rassemblés
par la bouche
des mots le souffle
effleure les contours
du cercle muet qui attire la lumière
en son centre l’étoile
rampe vers l’intérieur du silence
la pierre jadis
posée contre les tempes
se délie maintenant
ouverte
dans la dispersion des soleils
multiples et dans cet éparpillement
une clarté se reforme l’âme
revient glisser
dans l’éther d’où elle fut tirée
elle se souvient
du feu
premier du lieu sans ombre
où la pensée
se respire
une cosmogonie intime une descente et une remontée de la conscience à travers ses propres zones d’ombre et de lumière
les soirs qui se creusent évoquent le passage du visible à l’invisible le moment où le monde extérieur s’efface pour laisser place à la profondeur intérieure — celle du regard qui ne voit plus mais recueille
l’œil ici devient organe spirituel non plus celui qui observe mais celui qui reçoit absorbe médite
les syllabes les lèvres le cercle en silence parlent du langage comme rite de la parole ramenée à sa vibration pure
les mots ne décrivent plus ils rassemblent comme des offrandes les fragments du monde dans un centre immobile
l’étoile qui rampe vers le centre représente la lumière en devenir la connaissance encore enfouie cherchant sa forme au cœur de la matière peut-être une image de l’âme retournant à son origine
la pierre autrefois proche des tempes évoque la pesanteur de la pensée la densité du mental qui ici s’ouvre et se dissout dans la dispersion des soleils multiplicité des consciences éclatement du réel en fragments lumineux
dans cette dissémination l’âme retrouve l’éther c’est-à-dire son élément premier sa transparence
une métamorphose intérieure la descente dans la nuit de la matière la lente fusion du langage et du silence puis le retour à la lumière diffuse du souffle originel l’esprit réintégré à la vastitude
en somme c’est une alchimie de la parole la pierre du front devient étoile le soir devient commencement et le verbe dans sa plus pure oscillation retrouve le royaume de l’éther