mardi, septembre 29, 2026

 


Cole 

poète essayiste et traductrice elle a publié de nombreux livres de poésie en anglais et traduit notamment des écrivains français son œuvre circule ainsi entre les deux langues entre littérature et arts visuels entre perception et pensée


sa poésie refuse souvent le poème 
comme récit continu

elle préfère la coupe l’intervalle la juxtaposition 
les changements brusques 
de perspective 






























une phrase peut commencer dans le paysage et 
se poursuivre dans l’histoire de l’art
 
une couleur devenir 
une idée  

une architecture  devenir 
une manière de 
penser



elle écrit 
comme on regarde 

non pas pour reconnaître
mais pour déplacer le regard


chez elle le monde n’est jamais 
complètement donné

il est constitué par les relations entre les choses
par les fragments de perception
par  ce qui apparaît entre 
deux mots


la poésie devient alors une pratique 
de l’attention

le poème ne décrit pas nécessairement 
le réel 

il modifie les conditions dans lesquelles 
le réel devient visible


son écriture rejoint ainsi certaines recherches de la poésie 
expérimentale américaine et de la poésie 
française contemporaine 


elle desserre la syntaxe déplace les catégories
fait de la forme une manière 
de penser



on pourrait 
résumer son geste 
ainsi 

regarder assez longtemps une chose pour qu’elle cesse 
d’être une chose et devienne 
une relation



chez 
Cole Swensen
le poème n’est donc pas 
une fenêtre ouverte sur le monde

c’est le mouvement même de la fenêtre









































 




Nadejda 


















elle 
fut écrivaine 
et mémorialiste russe

son œuvre dépasse largement le rôle de témoin  
elle fut l’une des grandes gardiennes 
de la poésie 

lorsque les textes ne pouvaient plus être conservés 
sur le papier sans danger

elle les apprit par cœur 

des poèmes menacés de disparition furent ainsi 
déposés dans la mémoire 
d’un être humain



sa vie devient alors 
une étrange bibliothèque clandestine

elle fuit 
déménage enseigne
survit

elle conserve des noms
des voix 
des vers

elle refuse que la terreur ait 
le dernier mot



dans Les Cahiers de Voronej et surtout dans ses mémoires elle montre que la mémoire n’est pas seulement une faculté intérieure  elle peut devenir une forme de résistance au pouvoir qui cherche à effacer le passé



son geste 
est d’une simplicité presque 
absolue 

se souvenir

quand le livre peut être confisqué
la mémoire devient livre

quand le poète est réduit au silence
le poème passe dans le corps

quand l’Histoire falsifie les noms
quelqu’un doit encore 
les prononcer






Nadejda Mandelstam 

incarne ainsi une philosophie très particulière 
de la transmission 

la poésie survit moins grâce aux monuments 
qu’à ceux qui acceptent 
de la porter

elle n’a pas seulement vécu auprès 
d’un grand poète



elle a contribué 
à empêcher que sa voix disparaisse


























l'immense

l'inestimable confort des grands vents


écouter

et être enveloppé

dans cette richesse











ce murmure énorme

qui n'est la voix

de personne

mais le discours brouillé

de tout ce que le vent

a traversé



les forêts

les crêtes

les mers

les pierres

les villages

les herbes


chaque lieu déposé dans l'air

sans récit

sans ordre

et nous

au milieu

de cette rumeur


comme si écouter le vent

c'était entendre

le monde

avant qu'il

ne devienne

une histoire

















chaque levée de brume fait dévier la pensée


elle croyait suivre

une ligne

mais la montagne

déplace ses contours


un peu de blanc

se retire

et déjà

le chemin

n'est plus le même

















ainsi la pensée

avance

non vers la clarté

mais dans ses écarts

comme la lumière

qui découvre

sans les expliquer

les choses

qu'elle touche





l’ambiguïté s’incruste

dans le bois

dans la pierre

dans le mot


elle ne demande pas

à être résolue


elle demeure

comme une écharde

entre deux sens

et plus on regarde

plus quelque chose

se déplace

derrière ce que l’on voit

jusqu’à ce que

l’incertain

devienne

la seule forme

encore habitable




le poème ne cesse jamais


ce qui est là

sur la page

bondit

hors de ce qui semblait

être le dernier mot



il quitte

la ligne

le blanc

la marge

et vient se loger

dans le cerveau

où il fait son nid


sans bruit il travaille à l'intérieur


il déplace

une image

une mémoire

un fragment de lumière

puis il irradie

bien après

que le livre

soit refermé

comme si

le dernier mot

n'était jamais

qu'une porte

et que le poème

commençait

au moment précis

où nous cessons

de le lire



il s'agit de dissoudre le monde

non pour le faire disparaître

mais pour défaire

les contours

qui le tiennent

dans leur évidence


disséminer le sens

le laisser passer

d'un mot à l'autre

sans demeure

sans maître


changer enfin

les conditions

du rapport

à la langue

à la pensée

au monde


ne plus parler

comme on obéit


ne plus penser

comme on possède


laisser les mots

retrouver leur errance

et le monde

son étrangeté


alors la langue cesse d'être un instrument

elle devient

un espace ouvert

où quelque chose

peut encore

se lever

sans avoir

à demander

la permission
















la fabrique du rhizome est la conjonction

Et… et… et…


jamais le centre
jamais l’origine unique



une racine en rencontre une autre
une ligne bifurque
une pousse traverse la pierre

le rhizome ne procède pas par identité
mais par voisinage

et la pensée elle-même
devient souterraine 

elle ne conclut pas
elle relie















et ceci
et cela
et encore autre chose

jusqu’à ce que le et cesse d’être un mot et devienne
une manière d’exister



et la pierre
et l’eau
et le vent
et la lumière

chaque et ouvre une bifurcation

rien ne se ferme
rien ne conclut

le monde avance
par connexions successives







la poésie comme 

désobéissance à la grammaire ordinaire


la langue commune impose des rapports logiques 

entre les propositions

la subordination est précisément l'un des principaux 

instruments de cette organisation 


je viens parce que tu m'appelles

je partirai quand la nuit tombera

je sais que tu viendras


chaque proposition dépend d'une autre 

la syntaxe établit donc une hiérarchie 


une proposition principale commande une autre dépend d'elle

supprimer les conjonctions de subordination

c'est casser cette hiérarchie


on obtient 

je viens
tu m'appelles
la nuit tombe
je pars
tu viens

 

les phrases ne sont plus reliées par une causalité 

explicitement donnée


elles sont juxtaposées

et c'est là que commence le poétique



la juxtaposition contre la subordination

la subordination dit au lecteur 

voici le rapport entre les choses


la juxtaposition lui dit 

voici les choses  à toi de découvrir leur rapport


c'est une différence fondamentale

dans 

la nuit tombe parce que le soleil disparaît

la relation causale est imposée


dans 

le soleil disparaît
la nuit tombe

la relation demeure ouverte


le lecteur peut y voir 

une causalité 

une simultanéité

une métaphore

une succession

ou simplement deux événements placés côte à côte



le texte devient ouvert

open text




la poésie comme sabotage

le mot  sabotage  est particulièrement intéressant

la poésie ne détruit pas nécessairement la langue

elle sabote ses automatismes

elle retire les articulations habituelles

elle enlève les connecteurs

elle fracture la syntaxe

elle laisse les mots entrer en contact directement


le poème devient alors moins une construction logique 

qu'un champ de voisinages



c'est très proche 

de l'idéogramme de Pound 

deux éléments placés ensemble peuvent produire un troisième 

sens qui n'est contenu littéralement 

dans aucun des deux


montagne
neige
corbeau

 

il n'est pas 
nécessaire d'écrire 

le corbeau vole au-dessus de la montagne enneigée

 

la relation est laissée au lecteur




l'ignorance  comme méthode

ignorance  

est encore plus radical


il ne signifie pas nécessairement ne rien savoir

il peut signifier 


ne plus savoir d'avance comment les choses 

doivent être reliées



le poète devient momentanément ignorant 

des habitudes syntaxiques

il ne dit plus 


ceci dépend de cela

mais 

ceci — ceci — ceci


c'est une sorte de retour à une langue antérieure 

à la hiérarchie logique


l'enfant pourrait dire 

pluie
chien
fenêtre
maman
neige

avant que la grammaire 

ne transforme cette succession en récit organisé



le vers comme unité autonome

la conséquence est décisive 

chacun formant par exemple un vers

 

le vers devient alors une unité de présence

chaque énoncé existe seul

il ne doit plus nécessairement expliquer sa relation 

avec le suivant


le poème avance par blocs de perception

c'est très proche de certaines écritures de Mallarmé de Pound de Tzara mais aussi d'une autre manière d'André du Bouchet  le blanc entre deux fragments devient une véritable articulation

ce qui relie les éléments n'est plus forcément 

la syntaxe.

c'est l'espace



une autre conception de la pensée

cette pratique 

possède finalement  une portée philosophique


la grammaire ordinaire 

nous apprend à penser en termes de 

cause → conséquence
condition → résultat
subordonnant → subordonné
avant → après
sujet → objet



le sabotage poétique 

suspend momentanément ces relations

il ne dit plus 


A explique B

 

il montre 

A

B

et entre A et B apparaît un espace

dans cet espace

le lecteur pense


c'est peut-être la formule 

la plus condensée de cette conception 


la grammaire  
relie les choses pour nous

 

la poésie les rapproche 
et nous laisse découvrir leur relation

 

supprimer la subordination 

c'est rendre au langage sa liberté de bifurcation

 



le poème n'est plus une phrase qui conduit quelque part

il devient un archipel


chaque vers est une île

le sens naît de la distance entre les îles.













il y a une pratique...

une pratique 
qui consiste à voir 
très rapidement quelle est 
la nature intime de ce que j’ai 

sous les yeux










une forme d’intuition immédiate 

non pas analyser longuement ce qui est devant soi 
mais percevoir rapidement sa structure 
profonde son caractère propre 
ce qui le fait être 
ce qu’il est




le mot  pratique  est important  il s’agit moins d’un savoir 
théorique que d’un exercice du regard  

apprendre à distinguer l’apparence l’accident 
le bruit de la nature intime 
de la chose



voir 
avant d’expliquer
reconnaître avant de nommer

atteindre 
dans l’apparence
ce qui la fait être ce qu’elle est








on pourrait appeler cela une phénoménologie 
sauvage du regard 

exercer l’œil jusqu’à ce qu’il devienne capable de saisir 
presque instantanément la signature 
intérieure des choses



























pourquoi l’homme occuperait-il 
une place centrale dans 
le paysage 

rien ne l’y oblige



cette question ouvre même une critique de 
l’anthropocentrisme 

nous avons tendance à organiser le paysage autour 
de notre regard comme si la montagne 
la forêt ou la rivière étaient là 
pour être vues par 
l’homme


le paysage 
existe 
aussi 
sans spectateur































la montagne n’est pas 
un décor 

elle a sa durée géologique ses forces ses transformations
indépendamment de notre présence 



l’homme n’est alors qu’un élément parmi d’autres 
une présence momentanée dans 
une histoire immensément 
plus longue






pourquoi l’homme serait-il au centre du paysage
quand le paysage était là avant son regard
et demeurera là après lui


plus radicalement 


l’homme n’est pas au centre du paysage
il est un événement 
du paysage























non pas

un plaisir passager 
mais un accord intérieur

les différentes 
dimensions de soi 
désir pensée corps mémoire action  
cessent momentanément de se contredire



























invincible et irréfutable 

il ne dépend plus entièrement 
de la validation 
extérieure

il possède sa propre 
évidence

comme une expérience que l'on n'a pas besoin 
de démontrer




ce n'est pas nécessairement une perfection morale 
c'est ce qui en soi consent à la vie
demeure ouvert vivant 
capable de joie



je resserre

 

le bonheur 
est l’accord silencieux
entre ce que je suis et ce qu’il y a 
de plus lumineux 
en moi

plus radicalement 


être heureux
c’est ne plus avoir à se convaincre
d’être vivant

















 

je garde 
la structure et les lignes de force ... 

mais j’en fais une transposition 
fictionnelle  




tous les noms deviennent russifiés  et le titre 
prend une tonalité plus obscure liée 
à l’effacement au regard 
et au ravissement 

le récit original repose bien sur 
cette reconstitution 
hypothétique 


























L’Enlèvement de Nadejda V. Koren 

est 

un roman 

de l’absence du désir et du regard














Nadejda Vassilievna Koren 

a dix-neuf ans lorsqu’elle assiste à un bal à Serebrianka

elle est fiancée à Mikhaïl Andreïevitch Raskolnikov


au cours de la soirée apparaît 

une femme plus âgée Varvara Nikolaïevna Sokolova


Mikhaïl la regarde

puis il ne regarde plus Nadejda

il danse avec Varvara

et bientôt il part avec elle


Nadejda ne crie pas elle ne les suit pas elle reste là 

dans la lumière du bal comme si 

quelque chose en elle venait de se détacher

elle regarde

c’est tout



mais ce regard deviendra 

le centre secret de toute son existence


après cette nuit

Nadejda disparaît presque à elle-même



elle se marie avec Piotr Sergueïevitch Belov

elle quitte Serebrianka

elle a des enfants

elle vit pendant des années dans une existence ordinaire

mais quelque chose demeure en elle qui n’appartient 

plus au temps ordinaire



dix ans plus tard elle revient

elle retrouve son ancienne amie Tatiana Mikhaïlovna Kareva

et derrière Tatiana apparaît Pavel Andreïevitch Kholdine

médecin narrateur amant de Tatiana


Pavel aime Nadejda

mais il ne la connaît pas

il ne sait presque rien d’elle

il ne possède que quelques fragments quelques souvenirs 

quelques récits


alors 

il invente


il imagine son passé

il suppose ses pensées

il reconstruit la nuit du bal

et plus il cherche à comprendre Nadejda 

plus elle lui échappe

car Nadejda n’est peut-être déjà plus 

une personne au sens où les autres le sont

elle est devenue 

un regard

une absence

une chambre vide dans laquelle 

les autres viennent déposer leurs désirs


elle observe Tatiana

elle observe Pavel

elle les suit

elle semble vouloir retrouver dans leur corps 

la scène ancienne

Mikhaïl et Varvara

le couple perdu

la femme qui regarde

l’homme qui s’en va

mais cette fois Nadejda ne sera plus seulement celle qui regarde

elle deviendra celle qui provoque le déplacement

Tatiana prendra la place de Varvara

Pavel celle de Mikhaïl

et Nadejda cherchera à faire revenir la scène

non pour la réparer

mais pour l’habiter

comme si le passé n’était pas derrière elle

comme s’il attendait encore

quelque part

dans une chambre

dans une rue

dans un champ

dans le regard d’un homme



le plus étrange est que Pavel finit lui aussi 

par entrer dans cette mémoire

il croit raconter Nadejda

mais peu à peu il devient son regard

il ne sait plus très bien s’il la regarde ou s’il est regardé par elle

il ne sait plus s’il raconte son histoire ou si 

Nadejda invente à travers lui une nouvelle histoire


les identités commencent à glisser


Nadejda devient Tatiana

Tatiana devient Varvara

Pavel devient Mikhaïl

le présent devient le passé

le souvenir devient une scène nouvelle

la scène nouvelle devient un souvenir


il n’y a plus de centre

plus de vérité définitive


seulement des regards qui se transmettent le désir 

comme une flamme dans une maison abandonnée


Nadejda ne cherche peut-être pas à retrouver Mikhaïl

elle cherche à retrouver celle qu’elle était au moment où il est parti

mais cette femme n’existe plus

elle demeure seulement 

dans le regard de celle qui la cherche


peut-être est-ce cela l’enlèvement

non pas être séparée d’un homme

mais être séparée de soi

être arrachée à son propre nom

devenir étrangère à sa propre histoire

demeurer là où quelque chose a disparu


Nadejda Vassilievna Koren devient 

une figure presque immobile


elle marche

elle regarde

elle attend

mais tout autour d’elle semble se déplacer

les hommes

les femmes

les souvenirs

les corps

les noms

seule demeure la nuit du bal

non comme un événement passé

mais comme une porte demeurée ouverte

et derrière cette porte

il n’y a peut-être personne

seulement Nadejda

qui regarde encore

et qui depuis longtemps

ne sait plus

qui elle regarde




le titre L’Enlèvement de Nadejda V. Koren conserve volontairement 
l’ambiguïté du  ravissement 

enlèvement d’une femme perte de soi fascination extase et 
disparition de l’identité 

il déplace ainsi le roman vers une tonalité plus russe 
nocturne et métaphysique
















une définition 
très fine du bonheur 

le bonheur n’est pas un état permanent
mais une durée de présence 
de la joie





laps de temps

le bonheur est temporel fragile
limité 

il ne consiste pas à posséder 
définitivement la joie

mais 
à la percevoir 
au moment où elle advient





















comparaison avec la musique 

une note n’existe que parce qu’elle dure un instant on ne peut pas la retenir sans la transformer en souvenir de même la joie est pleinement vécue lorsqu’elle résonne sans que l’on cherche à la posséder


le bonheur serait ainsi une note tenue
entre son apparition et 
son extinction

un instant où la joie devient suffisamment 
présente pour être 
entendue



j’appelle bonheur tout laps de temps pendant lequel 
la joie est perçue vécue tenue comme 
une note de musique

ACS


















une expérience très précise 


l’isolement 
ne ferme pas nécessairement l’être

il peut au contraire 
le dénouer




Seul 






















n’a plus à maintenir les apparences les conventions
les réponses sociales

quelque chose se desserre 
en lui  

la pensée cesse d’être 
retenue

des couches plus profondes 
souvenirs images peurs intuitions langage 
peuvent remonter





la solitude devient ainsi 
un espace de libération intérieure 


seul
le bruit du monde diminue
les défenses se relâchent
quelque chose s’ouvre
et ce qui était enfoui
commence à parler



un paradoxe  

pour accéder à ce qui est le plus intérieur
il faut parfois que le dehors 
se retire


dès que je suis un peu seul

écrit Kafka …

je sens que mon être intérieur se desserre 
et se montre  prêt à laisser sortir 
des choses profondes


***











la solitude offre à l’homme intellectuellement haut placé 
un double avantage 

le premier de ne pas s’infliger la compagnie des autres  
le second d’être avec soi-même


cette phrase est de Arthur Schopenhauer dans Essais sur les aphorismes concernant la sagesse dans la vie  Elle condense l’une de ses idées centrales  la solitude n’est pas seulement privation de société elle est une condition de l’autonomie intérieure

les deux avantages 
sont volontairement formulés comme un contraste 

ne pas subir autrui  

échapper au bruit, aux conversations superficielles 
aux contraintes sociales aux opinions 
et aux distractions 

être avec soi-même  

découvrir que la solitude n’est féconde que si l’on possède 
une vie intérieure suffisamment riche pour ne pas 
avoir besoin constamment du divertissement 
des autres

chez Schopenhauer 
la véritable question devient donc 

que reste-t-il de nous 
lorsque personne ne nous regarde 

la solitude agit comme une épreuve Elle révèle la qualité de notre monde intérieur  celui qui n’a rien en lui-même cherche constamment la compagnie  celui qui possède une vie intérieure peut habiter le silence


on pourrait rapprocher cette idée de Kafka 


Kafka  

la solitude desserre l’être et laisse sortir 
le profond

Schopenhauer  

la solitude nous met en présence 
de ce que nous 
sommes





dans les deux cas être seul n'est pas nécessairement 
être privé du monde 

c'est parfois retrouver 
son propre 
monde

















une conception très différente 
de celle d’un lieu 
définitif


il n’est pas ici 
un ailleurs permanent  

il apparaît par 
éclairs

dans des moments 
que rien n’avait annoncés  


une lumière sur une montagne

une odeur

un silence

une rencontre

un matin froid










quelques secondes où le monde 
semble soudain 
parfaitement 
accordé





le mot  fragments  est essentiel 

nous n’y accédons jamais  
tout entier

nous n’en recevons que 
des éclats



inattendus  

signifie qu'il échappe à la volonté 

on ne le conquiert pas

on ne le programme pas

il survient



il ne se trouve nulle part

il arrive 

il disparaît 


c’est peut-être sa disparition

qui nous permet de le reconnaître




le paradis n’existe que par fragments inattendus


















 


le biophile et le biophobe

le biophile 

est littéralement celui qui aime la vie 
bios la vie philia l’attachement 

mais philosophiquement la biophilie peut désigner davantage 
qu’un amour de la nature 

une orientation vers tout ce qui croît se transforme
prolifère et demeure ouvert






















le biophobe 

à l’inverse éprouve répulsion
crainte ou méfiance envers le vivant

pris dans un sens philosophique plutôt que clinique
il préfère ce qui peut être fixé contrôlé
purifié rendu prévisible 


car le vivant dérange 
il vieillit mute déborde se reproduit échappe


le biophile accepte une part 
d’incertitude

il aime la forêt précisément parce qu’elle n’est jamais 
entièrement ordonnée

le biophobe voudrait que le monde cesse de pousser 
hors des limites qu’on lui assigne





la tension devient alors 

croissance / contrôle
diversité / uniformité
métamorphose / fixation
organique / mécanique
imprévisible / programmable



mais il faut éviter d’en faire deux catégories 
absolues de personnes

ce sont plutôt deux tendances qui peuvent 
coexister en chacun 

désir 
de laisser vivre 

et 

désir 
de maîtriser




le biophile 
accompagne la forme qui devient

le biophobe 
voudrait que la forme demeure




le vivant commence précisément là où 
quelque chose nous rappelle 

je peux être orienté
mais jamais entièrement prévu
























Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.

Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

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IA ici idéogrammatique IDLR idole IFE Igitur il Illuminations illuminer illuminisme ILVLA ilya immédiat immédiatement Impensable impératif imperceptible Impresses incertitude Index individu Infini Infinitif initiales inquiétude Insectes installation instant Internet Interrompre invisible Irwin Ishihara Isidore Isis isolato Issa italiques Ivsic J-P Michel J.J.F.W. J.J.U. J.L.P Jaccottet jaime Jakobson Jankélévitch JANUS Jardin Jaspers JAZ JBE JCERDM JDLF JDS JE JE & Jean jean Daive Jean Michel Lou JELRLT Jesuis Jésus jeu JHN Jirgl Joan Mitchell John Cage Jouffroy jour jour17 Journal Jours jours17 Jousse JR Juarroz Jullien JYL K.G K.K Kabîr Kafka Kairos Kaplan Kapoor Kastrup Kathleen Raine Katué Kawara Kay Ryan KDCN KDICK Keats Kenneth White Kerouac Khazar Khlebnikov khôra Kiarostami Kingsley Kircher KK KLTDD koan Koons Koshkonong Kosuth KOUA Kral Kuhn Kundera Kunitz Kybalion Kyoto L.A.S L.D. L.R.des Forêts L.S L'EI là La Croix La parole de l'autre La vie de la montagne labyrinthe lac Lacs LADR lafabrique Laforgue Lagopède LALELES Lamantin LAME Lapiaz Laporte Roger Larry Eigner latin Laugier Laurent Margantin LBA LCC LCD LCDE LCDI LCDJ LCDP LCI LCR LCS LD LDB LDF LDLH LDM LDMC LDMH LDR LDS LDV Le Clézio Le Livre Le poème LEC LECDF LECLA Lectures LEDA LEDUI LEE Lee Ufan LEF légende légumes Leibniz Leibovici Leili Anvar Lely lensball lepoète Les eaux Les empereurs Les fils Les oiseaux lesoi Lespiau Lessing Lettres Lev Rubinstein Lex1 lex2 lex3 lex5 lex7 lex8 Lexie Lexique LFDH LFDLP LFDP LFDRT LFMR LFQ LGD LGDE LGDFASP LGDLM LGDP LGPDB LGS LGTDLP LGVDLH LHDD LHS LIDT lieux Lieux-source lièvre Ligne7 lignes Lionel André éclats Lionel André éditions Lionel André encres Lionel André photographies Lionel André randonnées LIQV Lisa Cairns list listes littéralité livrelit LJDP LLDLI LLDME LLDO LLDP LLDQ LLL LMDDDLH LMDF LMDLE LMDM LMV LO LOAN LODL LOGOS lois London Lorand Gaspar Lorenzo Menoud Louise Bourgeois Louise Glück LPC LPDLE LPDP LPDS LPI LPM LQDLE LRDD LRDP LRDR LRDT LRED LSDA LSDS LSDV LSMT LSNDLR LTDS LTO LTR LUELADC Lune Lupasco Lus & Mus Lux LV; LVB.TDSDC LVDDP LVDT LVESO LVLTDLO LVMDE Lyn Hejinian Lynn Schwartz M M.Caron M.Craig-Martin M.S.M M.Trinité Ma Macedonio Fernandez Machado Maestri Maggiore Maïakovski Mains maintenant Mais Maldiney Mallarmé Malrieux Mandalas Mandelstam MANEKINEKO Manganelli Manifeste Manon mantra Manuel Joseph manuscrit Manzoni Map Marchand Marcheurs Marelle Marie Martin Ziegler Marx Masao Yamamoto masque Massera Matinaux Matsui Matta-Clarck Matton Mauguin Mavis Karn maximes MBK MBO MC McCord MCH McLuhan MDA MDC MDLADLE MDLF MDOU MEC Mécanisme Méditations Meillassoux Mélusine mémoire Memories Menus Meraviglia Merci Mercredi Mercure Merton Thomas messages Mesure Métamorphoses Métaphysique Métis Metro MFRC MG Michon micro microcosme mieux Millet Milton Mina Loy Misrahi Miura ori MJNYCR MK monade Mondo Monostiques Monosyllabes Montagnes et Glaciers Montagnes poèmes Montaigne Montale Monteiro Moore Morris mot mots Moving mp3 MPUSPM MSerres MTAS Mû murmure Murphy Murs et Fenêtres Muscle Musil musiq Musique MWLG Mystères MZD N N.M Nabokov Nadja Nagarjuna Nagori Nancy Napoli Narnia Nassim Haramein Nathaniel Tarn Nature Nauman NDBDP NDDP NDLT Néant Négation Neiges Neil Mills Némésis Nerval neuf Neutre Nice Niedecker Nietzsche Nihilisme Nirupana NLJNLH NOBUO noeuds Noguez Noir nOmbres Nonnos Norge NOTEPAD Notes-Book Notes-Rapides Notifications NOUS noûs Nouveautés Novae Novalis Novarina NP NPhS NRSNPEM Nuages Nuits O.Pé Oberland objets Objets d'Amérique Oblomov Ockham Octaèdre ODIN ODSI œil OELDT Ogadine Olivier Cadiot OLR OM ON ondes Onfray onthologie Opalka Oph. 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SDM Sel selon SELP Seneca Sénèque Sengaï SGM Shakespeare Shepherd Shitao Shiva Shônagon SI Sicard signal Signes Signets Sikelianos silenc SILENCE Silesius Silliman Simmel Simon Cutts Sinclair singularité Situation Sivan six SJDC Skalova Ski SLFDM société soleil solénoïde Solutré Sommeil Sonnets Sons Sor Juana Sôseki Soto Soufi Soufre Soulages Souligne Sous le Pas SP SPHS SPiced Spicer Spinoza Spira spirale sport SPRCGB SPSLSA Squires SSM Stéfan Stein Steiner steppe Stromboli Structure Suarès SUBHDLH Suchère Suel suite Sun Tzu sur Suso sutras Swensen Sydney Banks Synchronicité synonymes Synopsis T T.A T.C T.R T.S.Eliot Tabarini Takis Tanizaki tantôt TAOPY Tardy Tarkos TC Tchékhov TDQ TDUESDS TEL Temps Temps probable TeneT Tétralemme TEXTES Thalès Thaumazein Thé Théorie Tholomé Thoreau timbres TINTIN Tissu Titres TLP TN TNS Tocqueville Todtnauberg tomates TOPOS Torque Toscane Toujours TouT TP TP.BN Traces Tractatus Traduire Trail Trains Transe translucide TRICTRAC Triste époque Tsvetaeva TT TU Tumulte Tunnel Tweets Twillight Typoésie Tzara u.p.d.d.v UCCDC UCDD UDP UEAN UEAR UJAAB UJAJS Ukraine ULDL ULDLLA Ulysse UMO UMP UN UNM unmot UPDS UPSA usura UVD V V.E V.I. 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