une vie d’affût
le guetteur est celui qui ne cherche plus
mais qui se laisse trouver par
l'évidence
un état de tension calme
une immobilité vibrante
où l'on n'attend rien de précis mais où l'on est prêt
à tout recevoir
la vigilance sans désir
à l'inverse de la quête qui peut être épuisante et volontaire
l'affût est une patience métaphysique
on ne traque pas la vérité on s'installe dans la demeure
et on attend que le monde se dévoile
c'est le moment où le savoir et l'illusion
cessent de se battre
le guetteur voit les choses telles qu'elles sont
dans l'ombre comme dans la lumière
le point de contact
dans une vie d'affût chaque détail devient
un signe
le moindre frémissement de la matrice
la plus petite variation
tout fait sens
c'est une vie où l'on est intensément vivant parce que l'on est
entièrement oreille et regard
l'effacement du Moi
pour bien être à l'affût il faut savoir se faire
oublier
on retrouve ici le nous ne sommes rien
si le guetteur fait trop de bruit ou prend trop de place
le phénomène la vie sauvage l'inexprimable
ne se montrera pas
l'affût est l'art de disparaître pour laisser le principe intelligent
occuper tout l'espace
c’est une vision de l'existence comme
une attente sacrée
la vie n'est plus une course mais une présence
aux aguets du miracle
le chant de la forêt
la polyphonie du monde où
chaque silence est
une note
chaque racine
une corde
le chant de la forêt
est
la manifestation sonore et vibratoire de la
séance des rythmes
c'est ici que la vie d'affût porte
ses fruits
l'oreille ne perçoit plus des bruits isolés mais
une œuvre
totale
une cohérence organique
la fin de la solitude
dans
la forêt
rien n'est muet
le chant n'est pas seulement celui des oiseaux
c'est celui de la sève qui monte
du vent dans les aiguilles de pin et du craquement
de la terre sous la poussée
des champignons
c'est l'expression même du principe intelligent
qui se donne
pour celui qui
écoute
la forêt n'est plus un décor
c'est un dialogue
l'harmonie des contraires
ce chant mêle la vie et la décomposition
le cri et le murmure
c'est une musique qui accepte
l'incertitude et le flou
contrairement à la musique humaine qui cherche souvent
à dominer le silence
le chant de la forêt naît du silence
et y retourne sans cesse
c'est l'inexprimable qui se fait entendre inexprimablement
à travers les craquements et les bruissements
la vibration de la matrice
on pourrait dire que c'est la fréquence de résonance de la constante
de Planck à l'échelle macroscopique
tout vibre
tout communique
en écoutant ce chant le penseur n'a effectivement
plus le choix que d'être vivant
car il est emporté par cette pulsation
qui le dépasse et le contient
c’est
une vision
de la réconciliation ultime
l'homme
n'est plus un
étranger dans la nature
il en est
une des voix
un instrument
accordé au diapason de l'univers