le sol fait sans cesse irruption vers moi
une image d’une puissance à la fois poétique et existentielle
le sol c’est la terre la matière la racine
mais ici il n’est pas stable
il n’est plus sous mes pieds
il surgit
il attaque
il fait irruption
une image de renversement
comme si
j'étais sans cesse rattrapé par ce que je croyais
maîtriser
la gravité
la réalité
le monde concret
vertige
on y sent une lutte
entre le haut et le bas
entre le rêve et la pesanteur
le sol réalité brute se soulève se projette vers moi
comme si la vie elle-même refusait de rester immobile
la matière qui se révolte contre l’esprit
l’inconscient remonte vers la conscience
le sol ce qu’on croit solide devient mouvement
le monde ce qu’on croit immobile s’élance
le poète lui chancelle car le réel le rattrape sans cesse
le sol fait sans cesse irruption vers moi
exprime l’expérience humaine fondamentale
de la condition terrestre
nous sommes des êtres d’envol
mais la terre le poids le corps nous rappellent
toujours à la limite
le sol devient ici
la métaphore
du réel
du fini
du nécessaire
il est ce qui nous empêche de flotter entièrement dans nos illusions
nos rêves nos abstractions
il nous fait irruption
comme la vérité brutale de la vie qui interrompt
nos pensées pures
choc constant
entre
désir d’élévation
spirituelle poétique métaphysique
et
force de la gravité
le corps la mort la condition humaine
Rimbaud aurait pu dire cela pour exprimer la chute de l’esprit dans la chair
le rappel douloureux de la réalité après
la transe poétique
c’est la tragédie de l’incarnation
vouloir le ciel
mais sentir la terre te sauter au visage.
le sol n’est plus ce sur quoi je marche
mais ce qui m’engloutit
me poursuit
me rappelle à ma nature d’homme.
cette phrase évoque :
la perte d’équilibre entre le réel et le rêve
la révolte de la matière contre l’esprit
la vérité de notre condition humaine toujours rattrapée par la terre
chant
Le sol fait sans cesse irruption vers moi.
je croyais marcher dessus
le dompter
l’oublier mais non
c’est lui qui m’avance
me guette
me frappe au visage
à chaque pas
il remonte comme
une mémoire qu’on voudrait enfouir
la terre respire sous mes pieds
haletante
impatiente de me reprendre
je sens dans sa poussée la colère des siècles
le poids des morts
le sang de ceux qui ont chuté avant moi
le sol n’est pas un support
c’est une bouche ouverte
chaque pierre
un œil
chaque poussière
un souvenir de chair
j’ai beau lever les yeux
rêver d’air et d’étoiles
le sol m’appelle
il monte sans fin
comme une marée silencieuse
et parfois dans la nuit
j’entends son murmure
n’oublie pas d’où tu viens
alors je comprends
le sol
c’est le réel
obstiné brutal fidèle
c’est la vérité qui refuse l’envol
la gravité du monde dans mes veines
il m’arrache au rêve
me renverse
m’ancre
et dans ce heurt
dans cette irruption perpétuelle
je deviens homme