un pas de philosophe
sera une lenteur choisie
il avancera moins
pour atteindre que pour interroger
dans son hésitation féconde il dira
que penser c’est apprendre à marcher sans certitude
le pas est posé
le philosophe marche
le pied touche le sol
le mouvement est lent
le regard observe
la pensée accompagne
le pas se répète
le trajet se forme
le pas continue
le philosophe avance
***
les rives du silence ne sont pas des limites
mais des approches
des zones où le monde ralentit assez
pour se laisser entendre
sans bruit
ce n’est pas l’absence de son
mais une densité plus fine
où chaque chose cesse de se dire
pour simplement être
on y arrive sans marche
comme si quelque chose en nous
se déposait avant même d’avoir compris
là le temps ne passe plus il s’étale
il devient surface calme
où les pensées perdent leur contour et se fondent
dans une présence plus vaste
les rives du silence sont peut être cet endroit intérieur
où rien n’est séparé
où le regard n’a plus besoin de saisir
pour reconnaître
ce qui était extérieur devient proche
ce qui semblait vide devient plein d’une attention
sans objet
dans cette proximité sans forme
il n’y a plus de question à poser
seulement une écoute qui ne vise rien
comme si le monde cessait d’être monde
pour devenir simple apparition sans commentaire
et nous avec lui
moins définis moins insistants
presque transparents
à ce qui est
peut être que les rives du silence ne sont pas un lieu
mais un passage une manière d’être au seuil de tout
sans chercher à entrer
un équilibre fragile
où exister suffit sans avoir à se nommer
dans cet équilibre
quelque chose demeure intact
une paix sans origine qui ne dépend de rien et pourtant
soutient tout