sur le champ de bataille Arjuna pose les armes
il voit devant lui ses proches ses maîtres ses frères
ceux qu’il devra combattre et son
courage devient doute
alors Krishna lui parle
tu n’es pas seulement ce corps qui tremble tu es
ce qui demeure lorsque les formes passent
agis donc mais ne t’attache pas
au fruit de ton action
fais ce qui doit être fait sans posséder l’acte
sans posséder son résultat
le yoga est
cette liberté dans l’action
agir
sans être
lié par ce que l’on fait
connaître
sans s’enfermer dans le savoir
méditer
jusqu’à découvrir
en soi ce qui ne naît ni ne meurt
renoncer
non pas au monde mais
à l’avidité qui veut le posséder
puis Krishna révèle que toutes les voies peuvent conduire
vers lui l’action la connaissance
la méditation la dévotion
soudain Arjuna voit
l’univers entier dans la forme de Krishna
le multiple
apparaît dans l’un
le temps la naissance la mort les mondes les êtres
tout est contenu dans cette forme immense
alors le dieu n’est plus seulement
devant l’homme
il est le monde lui-même
il est ce qui agit
ce qui regarde
ce qui naît
ce qui disparaît
ce qui demeure
l’homme découvre
que son véritable esclavage n’est pas d’agir
mais de croire qu’il est le propriétaire de son action
la liberté commence
lorsque l’acte demeure et que l’attachement
tombe
agir
sans s’approprier
aimer
sans posséder
connaître
sans enfermer
être présent sans retenir
lorsque le moi cesse de se prendre pour le centre
le monde cesse d’être séparé de lui
la connaissance devient
vision
la vision devient
présence
la présence devient
abandon
dans cet abandon il n’y a plus celui qui agit et l’action
comme deux réalités séparées
il y a l’acte
il y a le monde
il y a le souffle
il y a cela
qui demeure lorsque tout le reste passe
Arjuna
relève alors son arc
non parce que le doute a disparu
mais parce qu’il a compris qu’agir peut être
une forme de détachement
la Gītā s’achève sur ce mouvement
non pas fuir le monde
mais y demeurer sans s’y perdre
agir
sans posséder
marcher sans retenir
reconnaître
au cœur même de l’action
l’immobile
la Bhagavad-Gītā
Le Chant du Seigneur un dialogue de 700 vers répartis en 18 chapitres inséré au cœur du Mahābhārata Krishna conducteur du char d’Arjuna répond à son désarroi devant la bataille qui va l’opposer aux siens
Larousse