elle habite le monde comme on traverse un feu
sans jamais s’y fixer
sans jamais en sortir indemne
rien à ses yeux ne demeure
tout glisse
tout brûle
tout devient
elle regarde le fleuve et n’y voit pas une eau
mais un passage
un instant qui déjà se défait
on n’entre jamais deux fois dans la même présence
pense-t-elle
car c’est le monde lui-même
qui se retire à mesure qu’il apparaît
elle ne cherche pas le repos
elle se tient dans la tension
dans l’intervalle
dans cette lutte silencieuse
qui fait tenir les choses ensemble
car ce qui est ne tient que par ce qui s’oppose
le jour appelle la nuit
la vie s’enracine dans la mort
l’harmonie naît du conflit
elle ne fuit pas la contradiction
elle y reconnaît une loi plus profonde que toute paix apparente
le feu est son langage
non pas une flamme à contempler
mais un principe à comprendre
ce qui consume et engendre à la fois
ce qui détruit en transformant
le monde n’est pas une chose
mais un processus
une danse ardente où rien ne se perd
tout se convertit
elle ne croit pas en une stabilité cachée
mais en une intelligence du changement
une raison secrète qui traverse le chaos
elle parle peu ou de manière obscure
comme si la clarté trahissait ce qu’elle cherche à dire
ses mots sont
des éclats
des fragments
des énigmes jetées à celles et ceux qui acceptent
de ne pas comprendre trop vite
car comprendre pour elle ce n’est pas simplifier
c’est accepter de se perdre dans l’ordre caché du monde
elle se tient à distance des foules
non par mépris facile
mais par exigence
ce qu’elle voit
elle sait que peu veulent le voir
que le monde
n’est ni stable ni rassurant ni fait pour nos certitudes
et pourtant dans ce flux incessant
elle perçoit
une justesse
une nécessité presque austère
comme si le devenir lui-même était la seule fidélité possible
son regard est vif presque brûlant
traversé d’une lucidité qui inquiète
elle ne promet rien
elle dévoile
et ce qu’elle dévoile n’apaise pas
cela réveille
elle ne construit pas de refuge
elle montre le passage
dans ce passage
elle laisse entrevoir une vérité exigeante
vivre
ce n’est pas s’accrocher
c’est consentir
à brûler