jeudi, avril 30, 2026

il y a 

des éclats 
de couleur qui refusent de se taire

comme si la toile 
retenait une tempête en suspens


il y a 

des gestes 
larges presque indociles

qui semblent 
chercher leur propre origine


















il y a 

des couches 
qui se superposent sans se résoudre

comme des souvenirs 
qui ne veulent pas s’effacer

















il y a 

un paysage 
qui n’en est pas un

mais qui insiste pourtant à revenir


il y a 

du blanc 
qui respire entre les couleurs

un silence 
qui n’interrompt rien


il y a 

des tensions 
entre les teintes

comme des voix qui 
ne s’accordent pas mais coexistent











il y a 

une énergie 
qui déborde du cadre

comme si la peinture 
continuait hors de la toile


il y a 

des traces 
de lutte et de joie mêlées

dans chaque coup porté à la surface


il y a 

quelque chose 
de sauvage et de précis à la fois

une rigueur qui accepte de se perdre



il y a 

un rythme 
qui n’obéit à aucune mesure

mais qui impose pourtant sa cadence








il y a 

une manière 
de voir qui ne décrit pas

elle traverse et transforme








il y a 

la sensation 
d’un monde intérieur exposé

sans jamais se laisser entièrement saisir




























la pensée traverse les rôles 
avec des nuances légèrement différentes 


la pensée franchit 
les rôles

l’esprit circule à travers 
les rôles

la réflexion dépasse 
les rôles 
établis

la pensée se faufile entre 
les rôles

l’esprit transcende 
les rôles






















la pensée passe 
d’un rôle à 
l’autre


la réflexion traverse les identités assignées


l’esprit navigue au-delà 
des rôles

la pensée ignore les frontières 
des rôles

l’esprit se joue 
des rôles

la pensée s’affranchit 
des rôles

l’esprit traverse et redéfinit 
les rôles








la pensée évolue au-delà des fonctions attribuées
l’esprit circule librement entre 
les rôles






le rôle 

sera un masque qui cherche un visage
il se posera sur l’être sans jamais l’épuiser
et dans ce jeu fragile il dira
que paraître est parfois 

une manière d’exister




















racine solaire  elle garde en elle la mémoire 
douce de la terre et murmure 
que la patience a le goût 
du sucre



la carotte est posée

la racine est orange
la surface est lisse
la forme est allongée
la carotte pousse en terre
la main la tient
le couteau coupe
la carotte se tranche
la texture est ferme


la carotte est mangée














humble lance verte il traverse les saisons comme
un sage silencieux enraciné 
dans la persévérance


le poireau est posé


la tige est longue
la base est blanche
le haut est vert
le poireau pousse en terre
la main le tient
le couteau coupe
le poireau se tranche
la texture est fibreuse


le poireau est cuit




les choses sont prises 
le choix se porte sur elles l’attention se fixe sur les objets

les objets sont décrits 
la matière est dite la forme 
est observée


le langage s’applique aux choses 
les choses occupent
le discours

le point de vue se maintient 
le parti pris 
demeure














le mouvement s’étend le terme se retire la fin n’est pas atteinte 
la progression continue 
l’être se projette

l’élan persiste le dépassement a lieu
le processus reste ouvert
l'épectase demeure




l’épectase 
sera un élan sans terme


elle tendra l’être au-delà de lui-même
sans jamais atteindre

dans cette avancée infinie
elle dira 

grandir 
c’est désirer 
encore ce qui dépasse









la musique se produit
les mots sont émis
les mots s’assemblent
une forme se constitue
la fleur est dite des mots
les sons portent les mots
le rythme organise
la voix articule
les mots prennent forme.
la musique demeure


musique la fleur des mots
















elle ne peint pas des formes 

elle ouvre des seuils



devant ses toiles

quelque chose vacille 


ce n’est ni une image 

ni un paysage

mais 

une présence silencieuse

vaste

presque respirante



















la couleur ne recouvre pas la surface

elle l’habite

elle l’embrase doucement

comme une lumière retenue



elle travaille lentement

par couches

par effacements

par reprises



chaque toile est une profondeur construite

un espace où le regard s’enfonce sans jamais toucher de fond




les couleurs semblent flotter

suspendues dans une tension fragile 

 


elles ne s’opposent pas

elles dialoguent 

elles vibrent l’une contre l’autre

comme des champs d’émotion pure



il n’y a rien à reconnaître

rien à nommer


et pourtant

quelque chose insiste




une gravité

une douceur inquiète 

une intensité qui ne passe pas par les mots



elle ne cherche pas à représenter le monde

mais à en extraire une expérience essentielle  


celle d’être face à quelque chose 

qui nous dépasse et nous traverse




elle refuse le spectaculaire


l’anecdote

la distraction




ce qu’elle propose exige une attention nue 

presque une disponibilité intérieure



regarder ses œuvres

c’est accepter de ralentir

de se tenir dans l’incertitude

de laisser venir ce qui ne se laisse pas saisir immédiatement



ses couleurs ne sont pas décoratives 

elles sont existentielles


le rouge n’est pas un rouge

il est une tension

une chaleur

parfois une blessure



le noir n’est pas absence

mais densité

silence chargé



chaque teinte porte en elle une gravité presque humaine

comme si elle contenait une part d’âme



elle peint à grande échelle

non pour impressionner

mais pour envelopper



le spectateur n’est plus devant la toile 

il est dedans

absorbé

confronté à une immensité intime




dans cette immersion 

quelque chose se joue 

une rencontre sans médiation

presque une épreuve



il y a chez elle une recherche obstinée

presque austère


elle dépouille

elle simplifie

elle s’approche toujours plus près d’un point 

où la peinture cesse d’être un objet 

pour devenir une expérience


une présence à laquelle on ne peut échapper



elle ne raconte rien

elle expose



dans cette exposition

elle laisse apparaître ce qui

d’ordinaire

reste enfoui 




une émotion sans 

visage


une profondeur sans 

forme



un silence vibrant 

où chacun

peut-être

se rencontre autrement




























les montagnes sont calmes

la forme est en cours
la roche se façonne
le relief change
le souffle agit
le vent passe
la surface s’érode
le temps intervient
la montagne reste


le calme persiste

















l’air froid est présent


l’air est présent
les masses se rencontrent
la température diffère
l’air froid s’ajuste
le mélange a lieu
la limite se déplace
l’équilibre se forme
l’air devient homogène


l’ajustement se maintient





le mot est dit


le mot se tient
le mot est dit éternel
la bouche s’ouvre
l’air sort
la nuée apparaît
la nuée est légère
la nuée sort de la bouche
le mot accompagne la nuée


le mot demeure





la langue est d’air


l’air est froid
le flux s’avance
le froid touche
l’air se déplace
le contact a lieu
la surface reçoit
le froid persiste
le flux continue


la langue d’air demeure





le vent souffle


le mouvement est perceptible
l’air se déplace
la force agit
les formes bougent
le son se produit
la présence est ressentie
le vent est dit magnifique
le mouvement continue


le vent demeure




la rapidité est


le mouvement est sans délai
la vitesse est maximale
le temps se réduit
le passage est immédiat
la durée est courte
le déplacement est direct
l’action se produit vite
la rapidité se maintient


la pureté est dite



le temps est  
l’être est

le temps passe dans l’être
l’être se tient dans le temps
la connexion a lieu
le lien est étroit
le passage affecte l’être
la présence suit le temps
le temps et l’être se correspondent
la connexion demeure


l'intime connexion du temps et de l'être








être et temps 


l’être est ce qui se tient

ce qui fait qu’il y a quelque chose plutôt que rien


il n’est pas un objet

mais l’ouverture même où tout apparaît


l’être ne se donne pas comme une chose  

il se laisse pressentir dans la présence

dans le fait que quelque chose est là





le temps

est ce qui fait que l’être ne demeure jamais identique


il introduit le passage 

la transformation

la finitude




le temps n’ajoute pas simplement du mouvement 

il révèle que l’être

pour l’homme

est toujours en devenir

toujours en tension 

entre ce qui a été ce qui est et ce qui vient




entre être et temps 

se joue 

une relation essentielle 




l’être 

ne se comprend qu’à travers 

le temps



le temps 

ne se donne qu’à partir de 

l’être qui le vit





l’homme n’est pas hors du temps  

il est cet être pour qui le temps 

compte

pèse 

ouvre et limite





penser 

l’être et le temps

c’est reconnaître que l’existence n’est pas 

une présence immobile

mais 

une présence exposée au devenir 

une manière d’être qui se déploie en se transformant




























l'instant est le devenir pointe du temps

le devenir pointe du temps n'est pas une image paisible mais une tension une fulgurance une avancée sans repos où l' être se risque et se découvre à chaque instant comme si le temps cessait d' être une ligne pour devenir une percée une pointe qui transperce l' opaque de l'habitude et ouvre l'espace du possible 


le devenir n'est pas ce qui vient après ni ce qui s'ajoute mais ce qui surgit à même le présent comme une déchirure silencieuse où ce qui est se défait pour se donner autrement

dans cette pointe le temps n'est plus succession mais intensité il ne s écoule pas il insiste il presse il exige que l'existence se décide et se tienne dans cette avancée fragile où rien n'est encore assuré et pourtant tout est déjà engagé 





















le devenir est alors une flèche sans arc un élan sans origine fixe une direction qui ne cesse de se créer en avançant et la pointe n'est pas une fin mais une exposition extrême un bord où l être se découvre sans garantie

être dans le devenir pointe du temps c'est habiter cette extrémité vive où chaque instant est plus qu' un passage il est une épreuve une révélation discrète où le monde advient avec nous et par nous comme si le temps se condensait en un point incandescent où se nouent passé et futur non pas comme des dimensions séparées mais comme des forces qui convergent dans l'instant pour le rendre tranchant décisif irréversible

alors le langage lui même vacille car nommer voudrait fixer mais le devenir échappe il file il tranche il ouvre et ne laisse derrière lui que la trace d'un passage qui déjà s'efface et pourtant c' est dans cette fuite que se tient la vérité du temps 

non pas dans la stabilité mais dans 
l'avancée 

non pas dans la présence immobile mais dans 
la pointe vibrante 

où tout commence sans cesse et où chaque instant porte la charge entière de l'être comme une étincelle qui ne dure pas mais qui suffit à éclairer l'infini du devenir







le devenir a lieu
le temps est présent
un point est posé
le point marque le temps
l’instant se distingue
le passage se fait
le point change
le temps continue
le devenir persiste
l’instant disparaît




























le son du temps sera une vibration sans origine
il passera à travers tout sans jamais se fixer
et dans ce murmure continu il dira
que durer c’est résonner sans fin







J’écoute le son du temps 

non un bruit mais une continuité presque imperceptible

quelque chose passe sans se montrer comme 

une respiration du monde

















les secondes ne s’additionnent pas

elles s’étirent

se dissolvent

dans une même vibration




écouter le temps
c’est sentir
ce qui ne s’arrête jamais
et pourtant
ne presse pas





le temps passe
un son se produit
le son marque le temps
la durée s’entend
le rythme se répète
l’intervalle se distingue
le son revient
le temps continue
le son persiste
le temps s’écoule

















viendront les métamorphoses 

non annoncées mais déjà à l’œuvre

dans le calme des formes
quelque chose 
travaille

déplace
transforme

rien ne demeure intact et pourtant rien ne disparaît 

tout passe
en changeant de visage

les métamorphoses ne viennent pas d’ailleurs

elles montent
du cœur même du réel

attendre
c’est déjà
les accompagner


















la forme change
la matière se transforme
l’état initial disparaît
un autre état apparaît
la structure se modifie
la continuité se maintient
le passage a lieu
le processus se poursuit
la transformation s’achève
la forme nouvelle est là




la métamorphose sera un passage sans retour
elle changera la forme sans perdre l’élan
et dans ce devenir continu elle dira
que rester soi c’est apprendre à se transformer








le minéral entoure

la matière est dure
la forme est définie
la réplique est présente
l’incertain est évoqué
le contour se ferme
la limite est tracée
la surface tient
l’intérieur reste indécis
le minéral maintient l’ensemble



le minéral cerne une réplique de l'incertain





dureté 
autour d’un centre 
qui échappe


















la pierre fixe mais ce qu’elle entoure demeure ouvert 

insaisissable


strates angles délimitations nettes 
et pourtant
au cœur

une hésitation du monde






le minéral ne résout pas 

il encadre
ce qui ne se laisse pas
clore











le minéral sera une patience sans voix
il reposera dans la durée comme une pensée immobile
et dans sa densité muette il dira
que le temps peut se tenir sans passer






laves basaltiques
roches plutoniques granit
gneiss lewisien
 
intrusions dislocations

tout un langage minéral inscrit dans les profondeurs
où la terre raconte ses tensions anciennes

ses lentes fusions 
ses fractures décisives

comme une mémoire compacte
que le temps ne dissout pas mais transforme

chaque strate 
garde la trace d’un feu devenu 
forme




























blancheur et sédiments 


la blancheur est surface nue 

lumière sans mémoire apparente 



elle efface les traces

unifie

suspend les différences


la blancheur donne l’illusion d’un commencement

d’un monde lavé de toute histoire


elle est présence immédiate

éclat sans épaisseur




















les sédiments sont accumulation lente

ils gardent 

déposent

stratifient le temps


chaque couche retient une trace

une transformation
 
un passage


les sédiments sont mémoire matérielle

profondeur construite

histoire enfouie




entre 

blancheur et sédiments 

se joue 

une tension du visible et du caché 



la surface qui simplifie et la profondeur qui complexifie




la blancheur masque 

les sédiments 


les sédiments soutiennent 

la blancheur


ainsi

ce qui paraît pur est souvent porté 

par ce qui s’est 

déposé






toute surface lumineuse 

repose 

sur 

une épaisseur invisible


























l’esprit circule

le mouvement est libre
les rôles sont distincts
le passage se fait entre eux
la position change
l’identité se déplace
la fonction varie
le lien se maintient
le trajet continue
l’esprit reste en circulation


l’esprit circule librement entre les rôles














l’esprit sera un souffle sans contour
il traversera les formes sans s’y attacher
et dans sa clarté insaisissable il dira
que penser est une manière d’errer dans l’invisible






l’écart sera une distance habitée
il séparera sans rompre ouvrira sans éloigner
et dans cet entre fragile il dira
que tout lien naît d’un espace laissé libre






l’écart est mesuré
la distance est constatée
l’attention se fixe sur l’écart
la différence est répétée
le regard revient à l’écart
l’écart se maintient
la mesure se répète
la variation est notée
l’écart occupe l’esprit
l’obsession persiste












mercredi, avril 29, 2026


la peau devient lumière 
le regard se fond dans une douceur brûlante



le visage est présent

la peau reçoit la chaleur
la lumière est blanche
la clarté frappe le visage
la surface chauffe
la couleur est claire
le regard est exposé
la chaleur persiste
le visage reste tourné
la lumière blanche demeure









chaleur blanche 


présence à la limite du visible 
où le visage n’est plus séparé de la lumière





















l'éveil d'égalité

l’égalité s’énonce
les êtres sont posés au même niveau
la différence est constatée
la valeur est tenue égale
la règle se formule
la règle s’applique
la voix se fait entendre
les voix se répondent
l’équilibre se cherche
l’égalité se maintient









la seule chose qui compte c'est la silencieuse coïncidence








la chose est posée
elle compte
la coïncidence a lieu
elle est silencieuse
deux faits se produisent ensemble
le temps coïncide
l’espace coïncide
aucun son n’est émis
la coïncidence persiste
la chose demeure





lorsqu’aux mots la route est coupée 

les activités mentales 

s’arrêtent 


ou plutôt elles changent de régime



ce qui pensait en phrases se retire
et autre chose
commence 

à voir

sans mots le monde n’est plus commenté 


il est là
immédiat


le silence n’est pas vide
il est plein d’une attention sans traduction

alors la pensée cesse de parler et devient 

présence



un vide ouvert et paisible

le vide s’ouvre
l’espace est libre
aucun objet n’est présent
la surface est dégagée
le calme est posé
le mouvement est faible
le son est absent
l’air est immobile
le vide reste ouvert
la paix demeure




la clarté apparaît
la lumière est présente
l’espace est éclairé
les formes sont visibles
les contours se dessinent
la vision est nette
la lumière se diffuse
la clarté demeure
l’effet est perçu


la clarté est dite merveilleuse




tout est là parfaitement complet 

rien n’attend

rien ne manque

le monde ne demande pas d’être ajouté à lui-même


dans cette plénitude le désir se calme

la recherche s’apaise

non parce que tout est obtenu mais parce que rien n’était absent


ce qui est suffit


dans cette évidence silencieuse 

plus rien
ne fait défaut





l’oiseau est posé sur le fil
le fil est tendu
le corps est en équilibre
le bec s’ouvre
le son sort
le chant se produit
l’air transporte le son
le corps reste sur le fil
le chant continue
l’oiseau demeure posé







un oiseau chante sur un fil 
cette vie simple à fleur de terre 
notre enfer s'en réjouit

René Char









les bruyères aérées 

légères sur la lande comme si la terre respirait à travers elles

rien de dense
rien de fermé 

juste une dispersion fine de tiges et de fleurs

le vent circule
la lumière passe

tout demeure ouvert


les bruyères ne retiennent pas le paysage

elles le laissent se déployer



















oblige-toi à tournoyer 


non pour fuir mais pour rompre la ligne

sortir de l’axe

désapprendre la trajectoire droite


dans la rotation le centre apparaît sans être fixé



tournoyer c’est déplacer le regard


laisser le monde
changer de face



un instant de vertige
et déjà


une autre orientation
se propose








le corps pivote
le pied tourne sur le sol
l’axe se maintient
le mouvement se répète
le regard suit la rotation
l’air se déplace autour
la vitesse varie
le corps reste en rotation
le tournoyer continue
le mouvement cesse


















le chemin se trace


le secret se tient caché
la danse se produit
la chaleur se diffuse
l’air vibre au-dessus du sol
la lumière tremble dans l’air chaud
le pas suit la ligne
le secret reste contenu
le mouvement persiste
la chaleur demeure





le chemin du secret danse à la chaleur












le corps se plie
les muscles se tendent
le pied pousse le sol
le corps quitte la surface
l’air porte un instant
le mouvement est en cours
le point haut est atteint
le corps redescend
le pied retrouve le sol
le bond a lieu



Être du bond




la terre reste
le sol porte
la matière demeure
la poussière se dépose
le murmure se produit
le son est faible
l’air transporte le bruit
le murmure continue
la terre ne bouge pas
le silence revient




reste terre et murmure au milieu des astres impersonnels







temps profond 



la roche se forme
les couches s’accumulent
le sable devient pierre
la mer recouvre la terre
la mer se retire
la montagne se soulève
la pluie érode la surface
le fleuve creuse la vallée
la glace avance
la glace recule
les espèces apparaissent
les espèces disparaissent
le temps passe













la nuit tombe
les lucioles s’allument
la lumière clignote
les champs sont sombres
les insectes volent bas
les points lumineux se dispersent
les points lumineux diminuent
la lumière cesse
les lucioles disparaissent
la nuit reste noire



les gestes s’accumulent
les outils se transmettent
la main apprend
la main répète
les mots se fixent
les signes se copient
les techniques se déposent
les savoirs se conservent
les formes persistent
es usages continuent










 


Une disposition primitive

Claude Royet-Journoud


chaque séquence de ce nouveau recueil compose des indices



les théâtralise


ils naissent d’une ignorance 




la dispersion des indices est déjà une architecture 

comme une avant-forme 

où ce qui suit est aussi ce qui précède






















l’état premier d’une chose à peine sensible


proche d’une communauté primitive


soudain la bête se nomme  rat sanglier... 


les ressemblances s’accentuent


on retourne le vocabulaire 

la bouche la manducation


c’est aussi l’égarement d’un corps qui

entre vers et proses

tente de franchir un obstacle instable


un égarement sourd en quête d’une autre nuit

d’une autre scène où des bêtes établissent la mesure du désir


une œuvre qui met le poème et les mots qui le composent

leur ambiguïté 

leur volatilité

au centre de toute interrogation




P.O.L





***



la disposition sera un ordre prêt à se défaire
elle alignera les formes comme une intention fragile
et dans cet agencement provisoire elle dira
que toute harmonie naît d’un équilibre instable



la primitive sera une origine encore vivante
elle portera dans sa forme brute un monde non divisé
et dans sa simplicité dense elle dira
que le commencement ne disparaît jamais vraiment






avant le choix avant la forme 

une orientation nue


quelque chose en nous est déjà tourné vers le monde


sans raison
sans histoire

ni pensée
ni volonté


une manière d’être ouverte d’emblée


c’est là que commence 

le rapport 


dans cette inclination première qui précède tout savoir



















mardi, avril 28, 2026

anima mundi 

âme du monde 
souffle diffus dans chaque chose

non une entité séparée mais 
une continuité 
vivante 

la pierre
l’arbre
l’eau

traversés par une même présence

ce qui relie 
sans apparaître

ce qui anime 
sans se montrer

dans un vent
dans une lumière
dans le regard posé 















quelque chose circule qui n’est pas seulement nous




anima mundi 

sentir que le monde n’est pas objet
mais vivant avec 
nous






conjonction d'eaux qui viennent de loin
murmures


espace espaces animés

matière maternelle








le tourbillon sera une danse sans centre
il emportera les formes sans les retenir
et dans son mouvement ivre il dira
que perdre pied est parfois entrer dans le vivant






le lit de rivière sera une mémoire creusée par le passage
il gardera l’empreinte de ce qui a fui
et dans son creux patient il dira
que même l’absence continue de circuler






















la douceur fleurie des étoiles 
descendait dans la nuit comme une lente respiration 

chaque éclat devenait 
parfum 

chaque lueur devenait 
caresse 





le ciel se rapprochait jusquà se dissoudre 
dans le regard
 
il n'y avait plus de distance entre les hauteurs 
et la peau du monde 



tout se mêlait dans une tendresse sans origine où la lumière 
ne brillait plus mais se déposait comme 
une présence intime 












les étoiles elles mêmes semblaient éclore  
de l'intérieur des choses 

comme si  la nuit portait en elle sa propre 
floraison silencieuse 

dans cette douceur rien ne cherchait à durer ni à finir 
tout se donnait dans un même geste 

sans centre 
sans séparation 

comme 

une offrande continue  où voir et être vu 
devenaient une seule et même
transparence infinie




























il ajoutait des raisons inquiétantes 

ces raisons se multipliaient comme des ombres dans une eau trouble 
où chaque explication engendrait 
un mystère plus vaste 
encore 

le sens glissait entre les mots comme 
un poisson de nuit 
insaisissable 

présent dans chaque frisson 
de pensée 




ce qui semblait obscur devenait 
passage 

ce qui semblait trouble devenait 
profondeur 












dans cette inquiétude même se révélait une clarté renversée 
où rien ne pouvait plus être fixé ni possédé 
car toute raison se défaisait 
dans ce quelle tentait 
de saisir 


le mouvement de comprendre devenait lui même 
une dérive douce dans un espace 
sans contours 



les questions et les réponses respiraient ensemble 
comme une seule et même 
onde silencieuse










vagabond

le vagabond sera un pas sans attache
il suivra des routes qui ne promettent rien
et dans son errance libre il dira
que n’appartenir à rien est une manière d’habiter le monde






























Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.

Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

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A1 A10 A2 A3 A4 A5 A6 A7 A8 A9 AB ABDL Abécédaire Abîme Aboulafia Abréviations Abrüpt Abruzzo absolu ACC Acker acronyme Actis Actualités ADBP Adorno ADR Adrénaline ADUMC Advaita AELT Agamben Agenda AgnèsMartin Agrafe et boite Ainsité Aïon AIR Air du temps akasha Akhmatova AL Alain de Lille Alan Davies Albiach Alchimie Alechinsky Aleph ALF Alferi alien Alina Reyes ALTH AM Amande Ammons Amor fati AN Anagrammes Analogie Anaphore Anaximandre Anders André Breton André du Bouchet André Velter Andy Goldsworthy animal animation Annick Ranvier Annonciations Anthologie ANTI Antin David AP Aphaïa aphorismes Apollonios aporie Appelfeld Approche APUMM APZ APZT Arago Aram Saroyan Arbres Archéopoésie ArgentOr Aristote Arp Arseguel Art sacré ARTHAUD AS ASDMI ASF Ashbery ASLEND Assez Astrologie Asymptote Atlantide attente Aurélien Barrau Aurore Automne Auxméry AVB Avec Avent AW axiologie Axiomes Azam B B.Celerier Babel BABIL Bachmann Baies Baigaitu BAM Banal Bandeaux Barque Barré Barry Lopez Barthes Bashô Basque Basquin Bataille Battala BAZAR BDLE BDLF Beaufortain Beckett Beckford Benedetto Bénézet Benoît Labre Benveniste Bergounioux Bergson Bernstein bête Bhattacharya bibliographie Bibliothèques bientôt Bimot Binet bio biographie BioMobiles Biopsies Bishop BISSES1 Bivouac Blackburn Blaine Blanc Blanchot Blanqui Blaser Blau Duplessis Bleu Bloy Bobin Bochner Bohm boisflotté Bök bord de terre Borges Bouddha Bouthonnier Bouvier Bozier Brautigan Bretagne Bribes Briciole bricoleur Brisset Bronk Broodthaers Bruckner Bryen BSRM Butor Byron C C.C C.D.A C.E.T C.F. 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E.O E.P. EA EAIO EB écart énigme Echenoz échos Echos L.A. Eckhart Tolle Eco Ecosse écoute écritures Eddas EDG EDJ EDLCDS EDLF Edmond Jabès EDO EIJS elle ELLEDIT ELLELL Elles Ellul EM Emerson Empédocle EN ENCORE encres et musique Encres et peintures Ennéade ennui EnSof Entre entrelacs environnement Eons EPE épiphanies épistémologie EPLA époché Eranos ère ERRER Escher ESE Eshleman Esnault ESPA Espace Espitallier essais EST ét été Etel Adnan ETLPDMP Etna étoile Etymologie Eucharistie Euler évangile Eventail Exergue F F.A. F.EAA F.O F.Pirates FAA Fable Fadeur faits FAJ Fantasy Faune Fayçal fenêtre Fengliu feu Fiction Films FiniSol Finkielkraut FIVE FL Flore fmr FNAR Foligno Forest Formalisme Foucault Fourcade Fourier FP FQPCC Fractales fragm Fragme Fragments France François Cheng Frappat Frémon Fréquences Froid Fugue Fuji Futur G.C.L. G.Luca G.R.I Gary Snyder Gaza GB GDD GDLMC GDT GEGO genese Genet Genji Géologie géométrie géophanie Géopoésie Gervais Geulincx GIA Gif Giffard Giovannoni Girard Giraud Giroux Gizzi Gleize Glossaire GMH Gnoséologie Gobenceaux Godard Gödel Godwin Goethe Gombrowicz Gongora Goodman Nelson GOPC GPDB GR54 GR70 GR91 Graal Grâces Gramm gris Grothendieck Guerre Guesdon Guy Debord Guyau Guyotat GVDT GWFH Gygès H H.Corbin H.D. H.P Hadot Haenel haïku Hamant Hamish Fulton Hamon Harms Harrari Hart Crane Hausmann Havet HDT HE Heaney Hécate Hegel Heidegger Hello Henri Michaux Henri Thomas Herbes Herta Müller Hésiode Hesse Heures hexagrammes HFSR HHPC Hikmet Hillesum Hiroshi Yoshida Histoire HM HN HO Hocquard Hofmannsthal Hohl Hölderlin Hominidés homonymies Horace Houellebecq HR. HRC HS HSCDLAE HTH Hubin Hugo Ball Huguenin Hume HV Hymnes orphiques Hypérion hypertexte Hypnos i I remember I.P-B. IA ici idéogrammatique IDLR IFE Igitur il Illuminations illuminer illuminisme ILVLA ilya immédiat immédiatement Impensable impératif imperceptible Impresses Index individu Infini Infinitif initiales inquiétude Insectes installation instant Internet Interrompre invisible Irwin Ishihara Isidore Isis isolato Issa italiques Ivsic J-P Michel J.J.F.W. J.J.U. J.L.P Jaccottet jaime Jakobson Jankélévitch JANUS Jardin JAZ JBE JCERDM JDLF JDS JE JE & Jean jean Daive Jean Michel Lou JELRLT Jesuis Jésus jeu JHN Jirgl Joan Mitchell John Cage Jouffroy jour jour17 Journal Jours jours17 Jousse JR Juarroz Jullien JYL K.G K.K Kabîr Kafka Kairos Kaplan Kapoor Kastrup Kathleen Raine Katué Kawara Kay Ryan KDCN KDICK Keats Kenneth White Kerouac Khazar Khlebnikov khôra Kiarostami Kingsley Kircher KK KLTDD koan Koons Koshkonong Kosuth KOUA Kral Kuhn Kundera Kunitz Kybalion Kyoto L.A.S L.D. 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P48 Paddle Padirac Pages PalestineIsraël palimpseste Palmer Paolo Icaro papier PAR Para Paracelse Paradis Parant parapoésie parenthèse parfum Parian Paris Parlant Parménide Paroles particules Pascal pasolini Passages Paul Celan Paul Valéry Paysages PB PC PCJDA PDJVS PDLBELM PDLC PDLE PDM PDUM Pêche peck peintures numériques L.A. peirce Pennequin Penone PEPDLE Perec performance permaculture Pessoa Peuchmard peut-être PGDR Ph.Beck pharmakon Phi Philippe Grand Philippe Sollers philologie Photographes PHPN Phrases phusis Pi Pierres Pierrette Bloch Pieuvre Pin Pise Pivot Pizarnik Plagiat Planck planètes Platon Pléonectique Pleynet plongeur Plotin Pluie Plus PM PNQ PNSLTS PO POCP Podiensis poésie Poignant Poindron Points Politikos polygraphe pommes Ponge Pour ppt PPTEI praxis prénoms prépositions presque Prière Principe Printemps Prokosch Promenade Properce propositions Proust PRYNNE Psaumes PSDUP PTI ptyx PUB puiser puissance Pyramides Pyrrhon PYS qi Qualia quand quantique Quatrebarbes quelqu'un QuelqueChose quelquefois quelquepart question Questions Qui Quignard Quiz quoi Quotidien R.G.Lecomte R.M. 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SDM Sel selon SELP Seneca Sénèque Sengaï SGM Shakespeare Shitao Shiva Shônagon SI Sicard signal Signes Signets Sikelianos silenc SILENCE Silesius Silliman Simmel Simon Cutts Sinclair singularité Situation Sivan six SJDC Skalova Ski SLFDM soleil solénoïde Solutré Sommeil Sonnets Sons Sor Juana Sôseki Soto Soufi Soufre Soulages Souligne Sous le Pas SP SPHS SPiced Spicer Spinoza Spira spirale sport SPRCGB SPSLSA Squires SSM Stéfan Stein Steiner steppe Stromboli Structure Suarès SUBHDLH Suchère Suel suite Sun Tzu sur Suso sutras Swensen Sydney Banks Synchronicité synonymes Synopsis T T.A T.C T.R T.S.Eliot Tabarini Takis Tanizaki tantôt TAOPY Tardy Tarkos TC Tchékhov TDQ TDUESDS TEL Temps Temps probable TeneT Tétralemme TEXTES Thalès Thé Théorie Tholomé Thoreau timbres TINTIN Tissu Titres TLP TN TNS Tocqueville Todtnauberg tomates TOPOS Torque Toscane Toujours TouT TP TP.BN Traces Tractatus Traduire Trains Transe translucide TRICTRAC Triste époque Tsvetaeva TT TU Tumulte Tunnel Tweets Twillight Typoésie u.p.d.d.v UCCDC UCDD UDP UJAAB UJAJS Ukraine ULDL ULDLLA Ulysse UMO UMP UN UNM unmot UPDS UPSA usura UVD V V.E V.I. 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