Une disposition primitive
Claude Royet-Journoud
chaque séquence de ce nouveau recueil compose des indices
les théâtralise
ils naissent d’une ignorance
la dispersion des indices est déjà une architecture
comme une avant-forme
où ce qui suit est aussi ce qui précède
l’état premier d’une chose à peine sensible
proche d’une communauté primitive
soudain la bête se nomme rat sanglier...
les ressemblances s’accentuent
on retourne le vocabulaire
la bouche la manducation
c’est aussi l’égarement d’un corps qui
entre vers et proses
tente de franchir un obstacle instable
un égarement sourd en quête d’une autre nuit
d’une autre scène où des bêtes établissent la mesure du désir
une œuvre qui met le poème et les mots qui le composent
leur ambiguïté
leur volatilité
au centre de toute interrogation
P.O.L
***
la disposition sera un ordre prêt à se défaire
elle alignera les formes comme une intention fragile
et dans cet agencement provisoire elle dira
que toute harmonie naît d’un équilibre instable
la primitive sera une origine encore vivante
elle portera dans sa forme brute un monde non divisé
et dans sa simplicité dense elle dira
que le commencement ne disparaît jamais vraiment
avant le choix avant la forme
une orientation nue
quelque chose en nous est déjà tourné vers le monde
sans raison
sans histoire
ni pensée
ni volonté
une manière d’être ouverte d’emblée
c’est là que commence
le rapport
dans cette inclination première qui précède tout savoir