il suffit parfois d’une seule syllabe
pour déplacer l’air autour de nous
comme si certains sons
portaient une charge plus ancienne que leur sens
une puissance d’appel de trouble ou de lumière
le mot
ne décrit plus seulement le monde
il agit sur lui
il ouvre fracture attire
dans l’instant même où il est prononcé
dans le bois d’une discussion
heurtant parfois des branches de silence
perdant leur direction avant de retrouver un sentier
chacun parle
comme on cherche une clairière invisible
avec l’espoir qu’au détour d’un mot
quelque chose soudain s’ouvre
et laisse passer un peu plus de lumière
comme une main discrète remettant
soudain les choses
ce qui flottait se rassemble
ce qui dispersait l’esprit se calme
et quelques mots suffisent à rendre au monde
sa juste inclinaison