dimanche, août 31, 2008

Fontaine


(L.A. photographie; Fontaine Vallon du Crot juillet 2008)
°
Ce qui était jugé "insipide" d'un point de vue spéculatif (point de vue Hégélien) ne se révélerait-il pas ainsi le plus savoureux ? Car la caractérisation qui paraît la plus fade au premier abord, parce que trop ordinaire et banale, donc indigne de fixer notre intérêt, peut donner lieu, on le voit, à la variation la plus riche, au déploiement le plus lointain. Plus jamais alors le sens ne se referme, il demeure ouvert et disponible. Il convient donc de se former à cet art de la lecture, celui de laisser infuser le sens : loin du pointage impérieux du discours (démonstratif) et de tous ses marquages insistants laisser dissoudre librement en soi tout le sens possible, se prêter à ses sollicitations secrètes et s'engager ainsi dans un itinéraire qui se renouvelle toujours à l'infini.
°
François Julien, éloge de la fadeur à partir de la pensée et de l'esthétique de la Chine; biblio essais livre de poche.

Les Orties

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Les orties brûlantes
réveillent ma conscience de
                                      l'étiolement qui la menace.



L'instant est soudain plus aigu.



L.A. photographie
 les orties le long du mur, juillet 2008
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Arole


composition : Arole nuage & rocher
(L.A. photographie; de Zermatt à Simplon août 2008)

Ombellifères

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Ombellifères





(L.A. photographie; Valpeline Août 2008)










Me voici parvenu au seuil d'une espèce de ciel d'herbe où flotteraient à portée de la main, fragiles, plutôt que des astres aigus, de petites galaxies flottantes, légères, blanches vraiment comme du lait, ou de la laine de brebis telle qu'il en reste accrochée aux joncs dans les îles bretonnes.



Philippe jaccottet
(Et, néanmoins; prose et poésie Gallimard)
















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Epilobe des montagnes

(L.A. photographie 2008)
°
Rose pourpré à pétales échancrés en lieux ombragés

Fusain d'Europe

(L.A. photographie 2008)
°
capsules rose corail bois lisières haies en terrain calcaire

Sauge des prés

(L.A. photographie; Queyras 2008)
°
Fleurs violettes prairies sèches chemins rocailles

samedi, août 30, 2008

LENZ

Le 20 janvier, Lenz s'en alla par la montagne. Les sommets et les hautes étendues montagneuses sous la neige, pierraille grise jusqu'en bas dans les vallées, surfaces vertes, rochers et sapins.
Il faisait un froid humide ; ruisselant des rochers, l'eau sautait sur les chemins. Les branches des sapins pendaient, lourdes dans l'air moite. Au ciel passaient des nuages gris, et tout était si opaque... Puis la brume se levait et se traînait pesante et moite sur les buissons, avec tant de paresse, tant de lourdeur.
Il poursuivait indifférent sa marche, peu lui importait le chemin, qu'il monte ou qu'il descende. La fatigue, il ne la ressentait pas ; simplement, il lui était désagréable, par moment, de ne pouvoir marcher sur la tête.
°
" Je me suis procuré ici toutes sortes de notes intéressantes sur un ami de Goethe, un malheureux poète nommé Lenz (...) qui est devenu à moitié fou. "
°
Georg Büchner est mort en 1837, à 24 ans ; son théâtre s'est vite imposé comme l'un des plus fort, des plus troublant du XIX è siècle. Lenz, publié après sa mort en 1839, retrace le processus interne de la démence qui s'empare d'un jeune poète. Les expressionnistes ont vu dans cette nouvelle un joyau, comparable à l'oeuvre de Kafka.
°
Georg Büchner : Lenz ; traduction de l'allemand et postface de Lionel Richard
édition .MILLE.ET.UNE.NUIT.

vendredi, août 29, 2008

(L.A. photographie PNV 2008)
°
Pelouse sur un amas de siècles

BISSIER


°
Qu'ai-je fais de ma vie ? Rien que tenté de rendre réel un secret idéal de paix, dans des tableaux et des miniatures, sur des feuilles à dessin, qui n'attaquent personne. La grandeur de l'objet, la grandeur du silence, de la non agressivité, du non-dramatique, tout est là. Certains sont plus tourmentés par une touche de lavis, un trait de lavis, une forme peinte, que par le bombardement de Hambourg. Quel monde ! mais le calme est plus vaste que la tempête.
°
Julius Bissier
Notes du journal
14 février 1944

Bleu d'Asse


Ricochets

.














Et l'admirable pierre de Bologne
qui pompe et boit la lumière à laquelle on l'expose

pour la réfléchir dans l'obscurité. 
Lune, petite lune qui profitait de ton soleil.







Et cette pierre d'Espagne, 
pierre symbole : si tu la brises, 

elle offre l'apparence
de la paume de la main. Mais si tu essaies

d'en ramasser les miettes, 
les mains ne se rejoignent pas.







Et cette pierre hirondelle, 
ronde et plate, fermée comme une huître,

pierre qui vole dans la mousse 
des cieux, dans le tourbillon des pluies, 

à la surface des sols. 
Pierre qui vole comme un rayon.





Martin Rueff 
Lapidaire Adolescent 
éditions Comp'Act

L.A. photographie PNV 2008













.

Les peintres des rochers







(L.A. photographie PNV août 2008)



°



Couleurs douces et changeantes qui parlent à l'écologiste car les lichens des rochers alpins, étroitement dépendants de leur support, en reflètent la composition. Ils en sont les fards mais aussi les réactifs. Blanchâtres, ils signalent le calcaire ; orangés ou jaune vif, l'abondance de nitrates ; noirs ils localisent une humidité élevée et quelques suintements de la roche.



Terre simple


(L.A. photographie Parc National de la Vanoise Août 2008)
°
Je froisse la pierre qui me voit partir.
La terre simple
à force de marcher.
.
Philippe Denis (Cahier d'Ombres, Mercure de France)

Leisse


(L.A. photographie Vallon de la Leisse Août 2008)
°
Tu es la profondeur de tous les sommets.
Nietzsche

Calme bloc

(L.A. photographie; PNV Col de Chavière août 2008)
°
Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur
Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
Aux noirs vols du blasphème épars dans le futur.
.
Stéphane Mallarmé (Le Tombeau d'Edgar Poe)

lundi, août 25, 2008

Lapiaz

(L.A. photographie; Queyras juillet 2008)
°
Le propre des voyants est de ne jamais se satisfaire de ce dont leurs yeux se contentent. Ils traquent l'universel en fouillant l'anecdodique. C'est le principe de la métonymie appliqué à l'observation. Un voyageur doit être capable de glisser du brin d'herbe au cosmos et d'imaginer des planisphères dans les nuages qui passent au-dessus de sa tête. Si un grain de sable suffit à lui contenter l'esprit, son bonheur sera immense d'être jeté dans l'erg !
(Sylvain Tesson; Petit traité sur l'immensité du monde; Pocket)

Nue-Nuage


(L.A. photographie de Zermatt à Simplon août 2008)
°
Le nuage est un élément important dans l'imaginaire chinois, d'après lequel il constitue un chaînon dans le processus de la transformation universelle. Le titre de notre recueil poétique entre source et nuage signifie ceci : si, d'une façon générale, une source qui coule en sens unique symbolise le temps irréversible, penseurs et poètes n'oublient pas que l'eau de cette source s'évapore au fur et à mesure ; montée vers les hauteurs, elle se transforme en nuage puis retombe en pluie pour ré-alimenter l'eau. Ainsi, la "linéarité terrestre" est sans cesse rompue par un invisible cercle terre-ciel, qui incarne le vrai ordre de la vie. Pour faire sentir cette substance qu'est le nuage, à la fois terrestre et céleste, matérielle et aérienne, le mot français, avec sa prononciation pleine de nuances - un mot beau et proche-, est plus qu'efficace. Ce son du début -NU, qui, avec légèreté, s'amasse, puis s'élargit doucement et finit par s'évanouir dans l'espace. Par ailleurs, je sais gré à Mallarmé d'avoir, dans le poème "A la nue accablante...", si magistralement combiné le double sens du mot "nue". Faire fusionner le corps féminin et la nuée, les plaçant ainsi dans l'infini de la métamorphose, a de quoi toucher un esprit chinois, puisque de tout temps "nue" et "nuée" sont associées aussi dans la tradition poétique chinoise. On y use de l'expression "nuage-pluie" pour désigner l'acte charnel.
(François Chen, Le Dialogue, Desclée de Brouwer)

A la nue accablante tu

(L.A. photographie, Paris Nov 2004)
°
A la nue accablante tu
Basse de basalte et de laves
A même les échos esclaves
Par une trompe sans vertu
.
Quel sépulcral naufrage (tu
Le sais, écume, mais y baves)
Suprême une entre les épaves
Abolit le mât dévêtu
.
Ou cela que furibond faute
De quelque perdition haute
Tout l'abîme vain éployé
.
Dans le si blanc cheveu qui traîne
Avarement aura noyé
Le flanc enfant d'une sirène
.
Stéphane Mallarmé

Mélèze

(L.A. photographie, Queyras juillet 2008)
°
Arbre. Un des plus beaux noms donnés à la plante en question. Phonétiquement, et même graphiquement, cela s'élève d'abord (-AR), puis plane là-haut (-B, avec son double rond tout en équilibre), avant de répandre l'ombre bienfaisante (BRE). Au cours de la croissance de l'arbre, il y a la série de sons (-F) qui suggèrent ce qui fuse, foisonne, se fend ou se fond.
(François Cheng, Le Dialogue, Desclée de Brouwer)

Rocher et Pierre


(L.A. photographie Zermatt-Simplon août 2008)
°
Le rocher est cette substance qui contient la flamme et les remous de l'origine, et qui, dans le même temps, se prête sans réserve à notre envie de modeler, à notre besoin de bâtir, nous permettant de nous fixer, de nous dépasser. Phonétiquement, c'est un mot qui évoque quelque chose d'enrobé (-ROC) et qui se donne (-CHER). La pierre, elle, est au ras du sol, sans cesse piétinée ; mais sans rancune, elle prolonge notre pied.
(François Cheng, Le Dialogue, Desclée de Brouwer)

Entre

(L.A. encre & photographie 2005)
°
Le mot "entre", avec son double sens d'intervalle et de pénétration, est suggéré avec une netteté brève par la phonie. Il y a ce son suspendu en l'air (-EN) et qui semble, tel un aigle, attendre la moindre occasion pour pénétrer (-TRE) dans la brèche ouverte par l'espace lorsque deux entités sont en présence, quelle que soit l'intention qui les anime, hostile ou harmonieuse. On connaît l'importance accordée par la pensée chinoise à ce qui se passe entre les entités vivantes, cernées par la notion du souffle du vide-médian, tant il est vrai que c'est bien dans l' "entre" qu'on entre, qu'on accède éventuellement au vrai.
( François Cheng, Le Dialogue, Desclée de Brouwer)
°
Entre
le nuage
et l'éclair
Rien
Sinon le trait
de l'oie sauvage
Sinon le passage
Du corps foudroyé
au royaume des échos
Entre
F.C.

Une Poésie...

(L.A. encre & photographie 2005)
°
Une poésie où le poète, par des procédés d'ellipse et d'allusion, par l'abandon au jeu des métaphores qui suscite la résonance du non-dit, fait vivre une expérience de vacuité, cela aussi bien au niveau des signes qu'à celui de sa conscience et, au travers de cette expérience, entre en intime communion avec les éléments de l'univers vivant. S'il faut qualifier l'essence de cette poésie, c'est l'esprit du Chan, lequel, rappelons-le, est le fruit d'un mariage heureux entre le bouddhisme indien et le taoïsme chinois. Une poésie qui cherche à laisser parler le paysage et les choses, à laisser transparaître entre les signes un état de communion où l'invisible a sa part.
(François Cheng, le Dialogue, Desclée de Brouwer)
(L.A. Encre sur papier 21x29,7cm)


(L.A. Encre sur papier 21X29,7cm)

Ô ma jolie

(L.A. photographie; Venise juin 2008)

Elle est bâtie sur des vagues avec les eaux d'en haut et les eaux d'en bas.


Constellations

ici l'infini
des milliards d'années lumière
et une fleur qui flotte sur le silence
°
(L.A. Photographie, Venise juin 2008)

dimanche, août 24, 2008

Willem De Kooning


Il arrive un moment dans la vie
Où vous décidez de faire une promenade
Et vous vous promenez dans votre paysage.

Le Baiser de Rodin

Bronze à l'entrée de la Fondation Pierre Gianadda à Martigny
(L.A. photographie août 2008 ; pour Ophélie P.)

"Je sens que je suis heureux ou que je vais l'être, car la jeunesse me reprend j'ai la tête pleine d'entousiasme, et les tyranniques passions me semblent bien passées je n'en aime pas moins les femmes, mais d'une autre façon, et je puis dire comme mes soeurs divines, et dont j'admire toujours la fine ciselure; du corps et du coeur le grand fondeur qui nous a fait vous a certainement mieux patiné que nous " (Rodin, lettre à Hélène Wahl, source Philippe Sollers dans la guerre du goût ; Rodin et la main de Dieu)

Europaweg

Lever de soleil sur le Weisshorn depuis Europahütte.
(L.A.photographie de Zermatt à Simplon août 2008)
°
Le chemin de l'Europe Zermatt-Grächen est le sentier panoramique de tous les superlatifs. Sa longueur interminable a suscité maintes critiques jusqu'à ce qu'on construise finalement un nouveau refuge, l'Europahütte. Située à la bifurcation du chemin de la Domhütte et en dessus de Randa, sur le Lärchberg, cette cabane permet de couper l'itinéraire en deux tronçons de longueurs sensiblement égale : Zermatt-Europahütte-Grächen.
°

Le Cervin

(L.A. photographie de Zermatt à Simplon août 2008)
°
Les autre cimes sont belles, le Cervin est présent. On scrute la façon dont il partage les vents, dont il déchire les nuages; on l'interroge. Il règne et il gouverne. Sa forme simple, ses arrêtes sans détour sont la condition de sa solitude : pour vivre seul, si l'on veut rester droit, il faut être doublement fort. Le Cervin n'est protégé par aucune autre montagne, c'est un tempérament, il ne partage pas l'air qu'il respire. ( Gaston Rebufat)

Très simple

(L.A. photographie, de Zermatt à Simplon août 2008)
°
Tout en taillant, il tournait autour du bloc : c'était la première fois qu'il pouvait ainsi travailler, cela aussi il le découvrait et c'était merveilleux; maintenant, après coup, il était encore surpris et encore effrayé de son audace : avoir tout rasé, tout balayé alentour ; mais aussitôt il se rappela son rêve en deux points : ce sommet seul et solitaire, très beau parce que très simple.

La cime exemplaire

(L.A. de Zermatt à Simplon août 2008)
°

" Le plus bel objet dont ce site présente la vue, c'est la haute et fière cime du mont Cervin, qui s'élève à une hauteur énorme sous la forme d'un obélisque triangulaire d'un roc vif, et qui semble taillé au ciseau." Ainsi s'exprime Horace Bénédicte de Saussure lorsqu'en 1789, au cours de ses voyages dans les Alpes, il va du Breuil à Zermatt, en traversant le col du Théodule où il va bivouaquer. Toutes les cimes du Valais sont autour de lui, mais il a choisi. Le miracle est là : notre satisfaction esthétique est immédiatement relayée par l'émotion : le rapport beauté-inaccessibilité est indissoluble.

samedi, août 09, 2008

Mahmound Darwich

°
Au dernier soir sur cette terre


" Jamais nos exils ne furent vains, jamais en vain nous n'y fûmes envoyés. Leurs morts s'éteindront sans contrition. Aux vivants de pleurer l'accalmie du vent, d'apprendre à ouvrir les fenêtres, de voir ce que le passé fait de leur présent et de pleurer doucement et doucement que l'adversaire n'entende ce qu'il y a en eux de poterie brisée. Martyrs vous aviez raison. La maison est plus belle que le chemin de la maison. En dépit de la trahison des fleurs. Mais les fenêtres ne s'ouvrent point sur le ciel du coeur et l'exil est l'exil. Ici et là bas. Jamais en vain nous ne fûmes exilés et nos exils ne sont passés en vain.



Et la terre
Se transmet
Comme la langue "

M.D. ( Au dernier soir sur cette terre; Actes Sud)

°

Mahmound Darwich est né en 1942 en Galilée. Réfugié dans son propre pays, assigné à résidence durant plusieurs années à Haïfa, il quitte Israël en 1970 pour le Caire, puis Beyrouh et Ramallah. Considéré comme l'un des chefs de file de la poésie arabe contemporaine, et animateur d'une des principales revues littéraires, AL-Karmel, Mahmound Darwich est habité par la voix particulière de la Palestine. Il est l'auteur de nombreux recueils poétiques et de textes en prose.
Le poéte est mort ce samedi à l'âge de 67 ans dans un hôpital de Houston aux Etats-Unis.
Caravane des caravanes/Ô tous les égarés/Trappeurs bergers danseurs exilés fortes têtes/ Portefaix hors-la-loi devins ou funambules/Pèlerins transparents amoureux et ascètes/Ô vous les incertains/Les à peine apparus les tout juste partis/Une trace pour un songe/De l'air dans la doublure et personne/C'est de l'os c'est du sang/Du roc et des litières une ronde frontière/Un mouvement d'encens/D'un coup la fièvre puis rien/Poussière fille des larmes poussière autre ferment/Poussière poussière oui le feu sur les lèvres/La prière aux absents et l'absence de prière/Ô tous les égarés/Amants du ciel qui tenez des miroirs/Au creux des mains/Ô vous les incertains/De la ligne de crête ou des marges du temps/On dit l'épopée blanche/Caravane des caravanes


35

De la cime ou du vent
Qui chante au sommet ?
Ni l'un ni l'autre dit-on
L'esprit seul se fait entendre

André Velter


vendredi, août 08, 2008

Le ravin du monde


Shenchou

°


Connais le masculin,
adhère au féminin,
sois le ravin du monde.
Quiconque est le ravin du monde,
la vertu constante ne le quitte pas.
Il retourne à l'état d'enfance.

Lao-tseu, Tao-tö king, XXVIII.

Gao Xingjian


à l'encre de chine sur papier de riz


le nu, la légende, l'hallucination, l'univers sauvage, la nuit, l'enfance, le royaume des oiseaux, dans un rêve, le vol, la neige, un oeil, l'ombre, les ombres, les flammes, un conte de fées, l'espérance, l'hiver précoce, l'intérieur et l'extérieur, le chateau, femme n°1, femme n°2, sous la neige, le fantasme, l'illusion, la maison en rêve, le vent, l'obsession, l'ivresse, l'appel, le recueillement, la surprise, un lieu inexistant, la sonate, l'angoisse, le portrait, un pays de rêve, la quête, l'ascension, le vol de nuit, le regard, devant et derrière la porte, au fond, la première neige, la maison morte, la présence, lumière et reflet, en elle, l'essence de la douceur, le reflet de la mémoire, la grande aisance, le rêveur, l'oubli, ciel et terre, la clarté, l'enchantement, l'intimité, un ton, la position, l'autre ton, un instant, révélation, les rêveuses, la perspective, présentation et apparition, la fugue, l'éternel, l'éblouissement, le portrait de la violence, l'obscurité, le geste, en extase, le souffle, l'étourdissement, l'énigme, luminosité, l'omniprésence, l'apesanteur, l'éclipse, l'émerveillement, l'air, la respiration, la montagne de l'âme, la fusion, l'idée de la neige, la nature, la guerre, la transparence, sous la pluie, l'impulsion, l'autre univers, au fond du sombre, derrière la porte.

888


En naissant, les hommes sont tendres et faibles,
la mort les rend durs et raides.
En naissant, les herbes et les arbres
sont tendres et délicats,
la mort les rend secs et maigres.
Ce qui est dur et raide accompagne la mort.
Ce qui est tendre et faible accompagne la vie.

Forte armée s'anéantira.
Grand arbre se brisera.
Ainsi la dureté et la raideur sont inférieures.
La tendresse et la faiblesse sont supérieures.


°

Lao-Tseu , Tao-tö king, LXXVI
Photographie : Josef Holflehner, China.

jeudi, août 07, 2008

Méditation

Richard Long commence par simplement noter le type de sol rencontré au cours de la marche : " Route, prairie, sable, boue ", cela peut prendre la forme d'une incantation : " Parole, vent, pierre ", ou bien d'une méditation soutenue, par exemple lors de cette marche de soixante minutes dans le Hoggar, où chaque minute a son mot, son concept, son phénomène :

°

os blanc
vue
rocher
oui
penser
brûlé
mouches
bottes
horizon
rugissement
rougeâtre
détendu
fourmi
gravillons
cône
symétrie
fientes
traces de pas
clignement d'yeux
bruit de pas
ombre
vertèbres
craquelures
piste
coup de sabot
sable
noir
papillotement
bourdonnement
plume d'oiseau
papillon
respirer
trébucher
rythme
entrechoc
vrombissement
étincelant
craquement
gratter
ondulations
halètement
crête
bouche sèche
croûte
silhouette
doux
fleur blanche
midi
rocher chaud
vent latéral
alignement
os éparpillés
toile d'arraignée
épervier
poussièreux
sans nuage
lézard
empreintes de chèvres
soupirs
scintillement

°

au fur et à mesure que la marche se complexifie, le texte prend de plus en plus d'importance. Mais peut-être restons nous malgré tout dans la sculpture : les mots ne sculptent-ils pas l'air ? Peu importe, de toute façon, qu'il soit question de littérature ou de sculpture, avant tout il s'agit d'approfondissement et d'expansion, il s'agit d'expérimenter, pas à pas, passage après passage, la sensation de la vie sur terre, d'exprimer une conception du monde, et d'indiquer le rapport le plus dense, le plus subtil possible entre l'esprit humain et le chaosmos. C'est tout cela qui est en jeu dans l'art plastique géopoétique.

°
Source : le plateau de l'Albatros, Kenneth White , Grasset

Lumineux chaos


(L.A. Granta Parei 3387 m; juillet 2008)
°
" Ton intellect a sa demeure dans une grande masse lumineuse. "
(Bardo Thödol)
°
Dans ce lumineux chaos je
vis et jouis de mon être
dans cette masse incandescente
d'où pourrait naître un univers
dans ce lumineux chaos je
ne pense ni ne sens, mais suis
mêlé à ce tourbillon de matière
la forme que j'étais ne me renferme plus
celle que je serai _ pas même imaginée
°
Nébuleuse du cancer : Kenneth White

Agate


" Il y a des pierres dans lesquelles toute la gloire de la nature est comme concentrée, de sorte qu'une seule pierre suffit à certains hommes pour qu'ils possèdent la contemplation suprême et absolue de la nature. "


Pline l'Ancien
.















à moins qu'il ne faille voir en eux, 
plutôt, 
des inventions du vent,

variées, 
souples,
mobiles, 

une des façons qu'il a trouvées, 
invisible, 
de se montrer, 
à partir de l'humide
que la terre exhale. 







Philippe Jaccottet : Nuages (2003)
L.A. Photographie, vallon du Crot juillet 2008





















.

mercredi, août 06, 2008


L'Aiguille Verte 4122 m.
(L.A. Tour du Mt Blanc juillet 2008)
°
Socrate : " Veux-tu désormais ne reconnaître aucun autre Dieu que les nôtres : Le vide que voilà, et les Nuées, et la Langue, ces trois-là seuls ? "
Aristophane : Les Nuées

Tête Sud des Fours et Col des Fours
(L.A. Tour du Mt Blanc juillet 2008)
°
" On ne fait pas de tableau, on fait des études, on n'en finit pas de s'approcher."
Picasso, propos sur l'art.

Glacier du Trient
Glacier de Pré de Bar du Grand Col Ferret

Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.
Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

Libellés

" " * & 12 14 3X3 4 5 64 64 fleurs de montagne 8 80fleurs A.a.H A.L. 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E.P. EAIO écart énigme Echenoz échos Echos L.A. Eco Ecosse écritures Edmond Jabès elle Elles Ellul encres et musique Encres et peintures EnSof épiphanies essais Etel Adnan Etna étoile Eucharistie Euler évangile Eventail Exergue F.A. faits FAJ Faune Fayçal feu Films FiniSol Finkielkraut FIVE Flore Foligno Fractales Fragme Fragments François Cheng Fugue Fuji G.C.L. G.Luca Gary Snyder GB GEGO Genji Gif Giovannoni Girard Giroux Gizzi Gleize GMH Gobenceaux Godard Goethe Gongora Grâces Gramm gris Guesdon H H.D. Hadot Haenel haïku Hamish Fulton Hamon Hegel Heidegger Henri Michaux Henri Thomas Herbes Heures hexagrammes Hikmet Hillesum Hiroshi Yoshida Hocquard Hölderlin Houellebecq Hubin Huguenin Hymnes orphiques I remember I.P-B. il Illuminations ilya imperceptible Impresses Index Infini Infinitif Insectes installation Internet Irwin Ishihara Issa italiques Ivsic J-P Michel J.J.F.W. J.J.U. 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