assemblées avec soin comme pour cerner un centre qui se dérobe
elles dessinent le contour d’un silence
où le sens naît de ce qui manque et persiste
où l’écriture au lieu de combler approfondit
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
le vide et le livre
le vide un livre ouvert
non écrit
et pourtant lisible
une page sans encre
où tout peut apparaître
le vide ne manque pas
il accueille
il ne dit rien
et c’est pour cela
qu’il peut tout contenir
comme un espace avant la forme
avant le mot
avant le geste
ouvrir ce livre
ce n’est pas chercher un sens
mais laisser venir
ce qui n’était pas prévu
chaque regard y trace une ligne
chaque silence y devient signe
rien ne demeure
sinon la possibilité
le vide ne retient pas
il laisse passer
dans ce passage
quelque chose s’inscrit
puis s’efface
comme si lire
était déjà écrire
écrire
déjà disparaître
dans la clarté simple
d’une page
toujours ouverte
combine
les éléments sont présents
les séries se rencontrent
les phrases se combinent
le mouvement continue
le pas se pose sur la terre
le temps passe dans l’être
le vent souffle dans le lieu
la lumière éclaire le vide
le mot est dit
le son se produit
la forme change
le lien se maintient
la différence est mesurée
la coïncidence a lieu
le passage se fait
le flux circule
la structure tient
le sens est posé
le monde se lit
la voie demeure
combine n’est pas seulement joindre mais faire apparaître entre
ce qui se rencontre ne s’additionne pas
cela se transforme
dans la combinaison chaque élément cesse d’être isolé
il devient relation
la relation produit plus que les termes
elle engendre un troisième invisible
un espace nouveau
combiner c’est accepter que rien ne reste intact
que chaque chose se modifie au contact
les formes se traversent
les sens se déplacent
et quelque chose émerge qui n’était contenu nulle part
ce n’est pas un calcul
c’est une alchimie discrète
une tension fertile où le disparate trouve
une cohérence imprévue
combiner c’est penser en passages
en croisements
en devenirs
dans ce jeu
le sens n’est plus fixé
il circule
il se reconfigure
il se redonne autrement
sans plan
sans fin
mais avec une précision
qui ne se révèle
qu’à ceux
qui acceptent
de relier
sans posséder