l'étonnement philosophique
il ne vient pas
d'une réponse mais d'un arrêt
le monde
soudain
n'est plus
évident
une pierre
un arbre
la lumière
tout est là
et rien
ne va plus de soi
l'étonnement ne cherche pas
il ouvre
une brèche
dans l'habitude
où le regard
recommence
à voir
penser
naît peut-être
de cette suspension
où la première question
n'attend pas encore
de réponse
mais seulement
que le monde
demeure
assez longtemps
devant nous
le pouvoir de l'instant présent
l'instant
ne possède rien
et pourtant
tout passe
par lui
il ne retient pas
il ouvre
avant le souvenir
avant l'attente
il y a
cette présence
sans réserve
où le monde
advient
le pouvoir de l'instant
n'est pas
de suspendre le temps
mais de le rendre
entièrement vivant
une pierre
un souffle
la lumière
sur une herbe
suffisent
lorsque rien
n'est distrait
de ce qui est là
l'instant
ne promet pas
il donne
sans lendemain
sans hier
une plénitude
qui ne dure pas
mais qui ne manque
de rien
les stoïciens disent
celui qui désire
ce qui ne dépend pas de lui
est déjà
enchaîné
car il remet
sa paix
entre des mains étrangères
la faveur
la renommée
la richesse
l'avenir
le regard des autres
le hasard
tout cela
vient
et s'en va
qui attache son bonheur
à ce qui fuit
fuit avec lui
la liberté
commence peut-être
là
où le désir
revient
vers ce qui dépend
de nous
notre jugement
notre parole
notre courage
notre manière
d'accueillir le jour
les stoïciens
ne demandent pas
de posséder moins
mais d'attendre moins
du monde
afin de recevoir davantage
de soi-même
alors
les événements
cessent d'être
des maîtres
ils deviennent
des circonstances
et l'homme
sans cesser d'être exposé
cesse enfin
d'être
esclave
la vraie liberté
n'est peut-être pas de pouvoir tout choisir
mais de reconnaître
au plus profond
ce qui ne peut être autrement
la nécessité
non comme une contrainte
mais comme la respiration
de la substance
ce qui est
est
non par hasard
mais par une fidélité
à son propre être
la liberté
cesse alors
d'être opposition
elle devient accord
non résignation
mais consentement lucide
à l'ordre profond
du réel
comme chez Baruch Spinoza la liberté n'est pas le contraire de la nécessité Elle est l'intelligence de la nécessité Plus nous comprenons la nature de la réalité moins nous sommes esclaves de nos passions de nos illusions et des causes extérieures
être libre
ce n'est plus vouloir
que le monde obéisse
à notre désir
c'est laisser
notre désir
retrouver
la nécessité
qui soutient
toute chose
alors
la substance
ne paraît plus
comme une force
qui nous détermine
mais comme
la profondeur même
de notre être
la liberté devient la joie silencieuse de participer
sans résistance à ce qui est
depuis toujours