il portera en lui la pensée qui empêche d’agir
et dans son doute sans repos il dira
que trop voir le monde peut briser le geste
il demeurera dans le creux des mots
et dans son ombre fragile il dira
que certains êtres continuent d’exister
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
l’absolu est là
il est là parce qu’il est là
il est là sans être là il est là totalement là
absolument là
le relatif arrive après ou avant ou en même temps
le relatif se glisse dans le là
le là devient un là qui dépend
un là qui bouge
un là qui se déplace dans le là
je dis absolu absolu
absolu
et plus je dis absolu
plus ça se mélange
plus ça devient relatif à la répétition du mot absolu
le mot absolu dépend du nombre de fois où je dis absolu
donc il devient relatif
donc l’absolu contient du relatif
donc l’absolu n’est pas pur absolu
je recommence
absolu seul
absolu isolé
absolu sans relation
mais dire sans relation
c’est encore une relation avec l’absence de relation
donc le relatif revient
il revient dans l’absence
il revient dans le sans
le relatif prolifère
il s’accroche à tout
il s’accroche à l’absolu
il s’accroche au mot absolu
il s’accroche à moi qui dis absolu
alors je dis
il y a une pâte
une pâte d’absolu relatif
une pâte qui colle
une pâte qui mélange le fixe et le dépendant
le total et le partiel
le sans-condition et le conditionné
je prends un morceau d’absolu
il fond
il devient relatif à ma main
je prends un morceau de relatif
il durcit
il devient absolu dans sa forme
ça échange
ça bascule
ça se renverse
ça ne tient pas en place
l’absolu veut rester
le relatif veut varier
mais rester c’est encore une manière de varier moins
et varier c’est encore rester dans la variation
alors tout se tient
tout se tient mal
mais tout se tient quand même
et je dis encore
absolu relatif relatif absolu
absolu relatif absolu relatif
jusqu’à ce que les mots deviennent
une masse
une pâte
un bloc qui bouge
elle se tient
dans la clarté comme
dans une fidélité ancienne antérieure à toute
division
pour elle
le monde visible n’est qu’un voile
non pour être rejeté mais pour être traversé
chaque forme porte en elle
une trace
chaque beauté
un reflet
chaque vérité
une résonance de ce qui ne change pas
elle ne cherche pas à inventer mais à reconnaître
il y a
en elle la certitude silencieuse
qu’une sagesse primordiale irrigue toutes les traditions
comme une source unique dispersée
en multiples rivières
elle écoute
les doctrines les symboles les rites
non pour les comparer
mais pour y retrouver l’empreinte d’une même lumière
sa pensée ne sépare pas
elle unit
elle voit dans les différences
des expressions diverses d’une vérité essentielle
immuable
verticale
ce qui importe n’est pas la surface des formes
mais leur transparence à l’Absolu
elle habite cette verticalité avec une rigueur tranquille
presque souveraine
la beauté a pour elle
une valeur
métaphysique
elle n’est pas un agrément
mais une preuve
une icône
un chant
un geste juste
tout cela devient
signe rappel ouverture
le beau élève
parce qu’il participe à ce qui dépasse le monde
parce qu’il en garde la mémoire
elle parle peu de l’époque
le temps historique l’intéresse moins que l’éternel qui le traverse
là où d’autres s’inquiètent du devenir
elle se tourne vers l’essence vers ce qui ne se dégrade pas
il ne s’agit pas
de fuir le monde mais
de le situer
de le replacer
dans un ordre plus vaste
son exigence est intérieure
elle appelle à une transformation de l’être
à une connaissance qui ne soit pas seulement intellectuelle
mais vécue
incarnée
savoir pour elle
c’est devenir conforme à la vérité que l’on contemple
elle ne conteste pas
elle rappelle
et dans ce rappel
quelque chose se redresse
une mémoire profonde
une orientation vers le haut
une invitation à dépasser la dispersion pour retrouver l’unité
non comme une idée
mais comme une présence à laquelle consentir
mort à jamais qui peut le dire
peut être que la mort n’est pas une fin mais un changement de seuil
une disparition pour le regard et non pour ce qui est
ce que nous appelons fin est peut être seulement un retrait
une manière pour la présence de se défaire de sa forme visible
car dire jamais suppose un point fixe
une certitude que rien ne viendra démentir et pourtant
tout dans l’existence déjoue ces certitudes
ce qui disparaît se transforme
ce qui se tait continue autrement dans des couches
que nous ne savons plus entendre
la question ne demande pas de réponse elle ouvre un espace
où le doute devient respiration
mort à jamais ou autrement présent
nous ne savons pas et peut être que ce non savoir
est la seule fidélité possible à ce qui nous dépasse
car affirmer serait fermer et cette phrase refuse de fermer
elle laisse la porte entrouverte
sur un mystère qui ne cherche pas à être résolu
mais simplement reconnu comme tel
une énigme calme
où la fin elle même hésite à être une fin