Eriophorum scheuchzeri
d’abord le bord de l’eau
un miroir de mercure liquide ridé vert-gris
là-haut
en bas des masses lourdes fracturées
gris granit
des faces planes d'autres brisées
une tectonique de débris rocheux
d'éboulis glaciaires
ici
sur cette table de pierre
l'horizontalité est défaite
la pierre est là
point
émergeant
des touffes
sphaignes et mousses vert-brun
denses matelas qui retiennent l'eau
et puis les tiges Eriophorum scheuchzeri.
des hampes florales,
fines
rigides vertes
elles se dressent verticalement
perpendiculairement à la pierre
un contrepoint de lignes
un réseau de tiges
les têtes
ce n'est pas du coton
ce sont des têtes
Eriophorum
un agregat de poils longs soyeux
entortillés autour d'un axe central
une structure
une condensation de lumière
de la fibre
du poil
les têtes ne sont pas seules
elles sont multiples
dix vingt trente
des sphères blanches
certaines compactes
d'autres échevelées
dispersées sur le champ de pierres
un patron aléatoire
répété
un motif de blancheur sur le gris
l'objet est là sans commentaire pas de métaphore pas de symbole
seule la présence la pierre l'eau
les tiges les têtes
un relevé cartographique d'une réalité
une description de ce qui est
et rien de plus

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