ne courez pas
celui qui marche lentement arrive rapidement
cette phrase
contient un paradoxe de la marche
la lenteur n'est pas l'opposé de la vitesse
elle peut en être la forme
la plus profonde
courir c'est souvent vouloir
abolir la distance
le coureur se précipite vers l'arrivée et ce faisant
traverse le chemin comme un obstacle
la marche lente au contraire
habite la distance
elle ne cherche pas à supprimer le temps
elle en fait son allié
celui qui marche lentement arrive rapidement
parce qu'il ne perd rien de ce qui
permet d'arriver
son souffle son équilibre son attention
son orientation
il avance
sans se disperser
il y a aussi une distinction entre aller vite
et avancer réellement
on peut courir et rester intérieurement
immobile
on peut marcher lentement et traverser
de grandes distances
la lenteur possède ainsi une efficacité paradoxale
elle réduit les détours de l'impatience
dans une perspective plus philosophique arriver
ne signifie peut-être plus atteindre
un point final
arriver c'est être pleinement
là où l'on est
celui qui court vers demain est toujours
en retard sur le présent
celui qui marche lentement arrive
à chaque pas
la phrase pourrait alors devenir
une petite maxime
de la randonnée
ne courez pas
la montagne ne fuit pas
le chemin ne demande pas à être vaincu
marchez lentement votre pas connaît une vitesse
que votre impatience
ignore
celui qui ne gaspille aucun pas arrive
avant celui qui en précipite
mille
et plus radicalement encore
la lenteur n'est pas une manière
de retarder
l'arrivée
elle est une manière de rendre
chaque instant
arrivant
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