ô
toi qui reviens trois fois
retire-toi de la profondeur
quitte la chair de la parole
laisse une place au silence
ô
trois fois
ce qui fait mal
se retire
et l'espace commence
***
remarquer l’absence
apprendre à voir par soustraction
cette formulation contient
une véritable phénoménologie de l’absence
ce qui manque fait parfois signe
plus silencieusement
que ce qui
demeure
le paradoxe est que l'absence
n'est pas le néant
quelque chose peut manquer et pourtant
continuer à agir sur notre
perception
une chaise vide une voix qui ne répond plus
une maison sans lumière
une trace interrompue
le manque produit une forme
de présence
négative
ce qui demeure occupe l'espace
ce qui manque le dessine
l'absence devient ainsi une sorte
de contour invisible
elle révèle parfois davantage la structure d'une chose
que sa présence immédiate
nous remarquons la fenêtre
parce qu'une lumière
n'y est plus
nous percevons le silence parce
qu'une voix était
attendue
remarquer l'absence demande alors
une attention particulière
il ne suffit plus de regarder
ce qui apparaît
il faut apprendre à percevoir ce que l'apparition
laisse en dehors d'elle
d'où
cette magnifique
formule
apprendre à voir par soustraction
voir par soustraction ce serait retirer progressivement
tout ce qui encombre le regard pour découvrir
ce que le regard ne savait pas
qu'il cherchait
c'est une méthode presque ascétique
ne pas ajouter
ne pas interpréter trop vite
ne pas remplir les blancs
ne pas remplacer le silence par une explication
mais demeurer devant le manque
jusqu'à ce qu'il
commence à
parler
la soustraction devient alors une méthode de connaissance
comme en peinture monochrome où presque rien
n'est donné au regard
c'est précisément la réduction des signes
qui intensifie la perception
comme dans certaines écritures d'André du Bouchet ou
d'Anne-Marie Albiach
le blanc
l'interruption
l'espace entre les mots
cessent d'être des
vides
ils deviennent
des opérateurs de présence
on pourrait pousser
la proposition jusqu'à cette formule
voir ce qui est c'est regarder
voir ce qui manque c'est apprendre à voir
et peut-être
plus radicalement
l'absence n'est pas ce qui reste
quand la présence
disparaît
elle est parfois la forme la plus discrète
sous laquelle la présence
nous atteint
ainsi
voir par soustraction
ce serait parvenir à un regard qui ne cherche plus à remplir le monde
mais qui accepte que quelque chose demeure
inexpliqué absent en retrait
et qui fait de ce retrait même
un lieu d'apparition
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire