on peut soutenir que le changement climatique
n’est que le symptôme physique d’une crise plus profonde
une crise de notre manière d’habiter le réel
elle est axiologique
parce que nos systèmes de valeur ont placé l’accumulation
la croissance, la vitesse et l’exploitation
au-dessus de la mesure de la limite
de la durée et de la relation
elle est ontologique
parce que nous avons construit une représentation de l’être comme stock disponible la montagne devient ressource la forêt devient matière première l’animal devient production le sol devient surface exploitable le temps devient rendement
le monde n’est plus rencontré comme ce qui existe avec nous
mais comme ce qui est à notre disposition
elle est enfin poétique au sens le plus profond du terme nous avons perdu une certaine capacité à faire monde à percevoir les correspondances les interdépendances les rythmes et les présences la crise écologique est aussi une crise de perception
nous ne savons plus suffisamment
voir ce dont nous dépendons
le climat devient alors
le lieu où ces trois crises se rencontrent
axiologique
qu'est-ce qui mérite d'être préservé
ontologique
qu'est-ce qu'un être
si aucun être n'existe séparément
poétique
comment réapprendre
à habiter un monde qui n'est pas notre propriété
la question décisive
n'est donc peut-être pas seulement
comment sauver le climat
mais
quel monde devons-nous devenir capables d'habiter
pour que le climat cesse d'être le symptôme
de notre séparation d'avec le vivant
et peut-être
la poésie commence-t-elle précisément là
non pas après la catastrophe mais
dans la transformation
de notre regard qui rend une autre relation
au monde pensable

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