la machine Enigma
des Ardennes
sous les arbres
un langage
tourne
roue après roue
chiffre après chiffre
la forêt
ne dit rien
elle brouille
les pistes
la pluie efface les messages
la mousse
recouvre
les anciennes machines
et pourtant
quelque chose
continue
de tourner
dans l'ombre
une pensée
sans clé
un mot
qui change
à chaque lecture
les Ardennes sont peut-être cela
un immense
cryptogramme
où le vent
déplace
les lettres
où les feuilles
recomposent
la phrase
où le silence
n'est pas
absence de message
mais
message
indéchiffré
et nous marchons dans le chiffre sans chercher la clé
car peut-être
le mystère
est précisément
la machine
qui nous fait
marcher
inintelligible
ce qui demeure avant le sens
un bruit
une forme
un tremblement
quelque chose parle sans devenir parole
le monde
n'est pas muet
il est
trop plein
de signes
la pierre ne signifie rien et pourtant
elle insiste
le vent ne dit rien et pourtant
il transforme
l'inintelligible
n'est pas
le contraire
du sens
il est
ce qui résiste
au sens
une profondeur qui ne se laisse pas réduire
et peut-être
comprendre
commence
là où l'on accepte de ne pas comprendre
objet sentinelle
dans la confusion
nocturne
quelque chose
veille
une forme
à peine visible
au bord
du regard
un arbre
ou une ombre
une pierre
ou un corps
la nuit ne distingue plus elle mélange les contours
le proche
et le lointain
le réel
et l'apparition
l'objet
demeure
sentinelle
sans savoir
ce qu'il garde
peut-être rien peut-être le passage
entre le visible
et l'invisible
un point fixe
dans le trouble
et nous passons devant lui sans savoir s'il nous regarde
ou si
c'est nous
qui le regardons
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