la marche
à pied dans la forêt
est une cérémonie de purification
la phrase peut être entendue
comme une petite liturgie sans religion
où le corps accomplit par le déplacement
ce que la pensée chercherait
vainement à accomplir par
la seule volonté
la forêt ne purifie pas au sens où elle enlèverait
magiquement quelque chose
elle purifie parce qu'elle déplace
les proportions
en entrant dans la forêt l'homme cesse
momentanément d'être
le centre du
monde
l'arbre est plus ancien
la roche est plus lente
le ruisseau ignore nos préoccupations
le vent ne connaît pas nos projets
La marche remet ainsi
le marcheur dans une échelle qui le dépasse
le premier geste quitter
toute purification commence par une séparation
quitter la maison
quitter les écrans
quitter les conversations
quitter les habitudes du moi
le premier pas dans la forêt est déjà
un pas hors
de soi
le deuxième geste ralentir
la forêt impose naturellement une autre vitesse
on ne marche plus selon l'horloge
mais selon le terrain
une racine une pierre une pente une flaque
une branche basse
le corps retrouve une temporalité élémentaire
le pas devient mesure
peu à peu
le mental perd son excès de vitesse
le troisième geste regarder
la purification consiste
alors moins à enlever qu'à désencombrer le regard
une feuille
une écorce
une lumière
une ombre
un oiseau invisible
le monde recommence à apparaître parce que le regard
cesse de demander au monde
quelque chose
c'est une véritable ascèse
de l'attention
le quatrième geste respirer
la marche transforme la respiration en rythme
pas après pas
souffle après souffle
le corps retrouve
une musique antérieure aux pensées
on pourrait dire
la forêt ne parle pas au marcheur
elle lui apprend à respirer avec ce qui ne parle pas
enfin revenir
la purification n'est pas
une fuite définitive du monde
on ressort de la forêt
mais quelque chose a changé dans la manière
d'habiter le monde ordinaire
le bruit est redevenu bruit
la vitesse est redevenue vitesse
les objets sont redevenus objets
mais le regard
porte encore quelque chose
de la forêt
c'est pourquoi cérémonie
est peut-être le mot le plus beau de la phrase
une cérémonie est une action répétée selon un rythme
qui transforme celui qui l'accomplit
la marche devient alors
entrée → ralentissement → attention →
respiration → silence →
retour
une liturgie sans autel dont les éléments
sont le chemin
l'arbre
le souffle et le temps
la purification
pourrait finalement être définie
très simplement
marcher dans la forêt
jusqu'à ce que le bruit que l'on porte en soi
devienne moins fort que le silence qui nous entoure
la forêt ne purifie pas le marcheur du monde
elle le purifie de l'idée
qu'il en est
séparé
en marche l'enfant dans la forêt
un pas
sur la mousse
un rayon
entre les branches
il ne sait pas
encore
où mène
le chemin
et c'est pourquoi
il avance
le monde
n'est pas encore
séparé
les arbres
le ciel
la terre
le souffle
tout vient
à lui
sans explication
l'enfant marche et la forêt marche en lui
quelque chose
commence
à chaque pas
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