Le divin retiré n’est ni là ni rien : il est absent, et l’absence n’est pas un vide, c’est une relation. Un il y a sur le mode du n’être-pas-là. Une tension, une traction. De sorte que la question d’une civilisation tout entière se ramène à une seule : peut-elle tenir une relation à ce qui est absent — peut-elle continuer à dire tu à ce qui ne répond plus —, ou bien convertira-t-elle l’absence en quelque chose qu’elle sache manier ?
ce texte développe
une intuition très profonde
proche de certaines pensées de
Martin Heidegger Karl Jaspers Emmanuel Levinas
ou encore de la théologie
négative
l'absence n'est pas le néant
elle peut être une modalité de la présence
la phrase décisive
est peut-être celle-ci
l'absence n'est pas un vide c'est une relation
elle renverse notre manière ordinaire de penser nous avons tendance à croire que ce qui n'est pas là n'est rien le texte affirme au contraire qu'il existe une manière d'être absent qui continue d'exercer une puissance d'appel
le divin retiré ne disparaît pas comme un objet perdu il se retire du champ de la maîtrise il cesse d'être disponible son retrait oblige l'homme à une autre qualité de présence non plus la possession mais l'attente la fidélité l'écoute
l'expression
un il y a sur le mode du n'être-pas-là
est remarquable
elle signifie qu'il existe une présence
qui ne se donne précisément qu'en se dérobant.
le retrait devient
une forme d'apparition
on retrouve ici un thème cher à Heidegger le retrait Entzug ce qui est le plus essentiel ne se manifeste pas comme un objet parmi les objets il se retire et c'est ce retrait même qui ouvre la pensée
Jaspers parlerait sans doute de la transcendance comme de ce qui ne peut jamais être possédé mais seulement indiqué à travers des chiffres Levinas lui verrait dans cette absence une altérité irréductible qui interdit toute appropriation
la dernière question
élargit la réflexion à toute une civilisation
peut-elle continuer à dire tu
à ce qui ne répond
plus ?
il ne s'agit pas seulement de religion
il s'agit de savoir si une culture peut vivre
sans réduire toute absence à un objet manipulable
le texte
oppose deux attitudes
maintenir
une relation avec ce qui échappe
transformer l'absence en quelque chose
que l'on puisse administrer expliquer ou exploiter
la première
suppose la patience l'humilité
la capacité de demeurer dans une question
la seconde
cherche à supprimer l'énigme
j'aime condenser
cette pensée dans des fragments
le retrait n'est pas une disparition
il est une autre manière d'approcher
ce qui répond immédiatement
n'est pas toujours ce qui appelle le plus profondément
l'absence est parfois la forme
la plus exigeante de la présence
le divin ne s'éloigne pas
il cesse simplement d'être disponible
une civilisation
se mesure à la qualité de son attente
il est des silences qui ne sont pas muets
ils demandent une autre écoute
dire tu à l'absence
c'est refuser que le réel soit limité à ce qui est utilisable
le retrait
n'est pas le contraire de la présence
il est peut-être
la manière dont la présence
protège son mystère
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