notes préparatoires sur l'étrangeté
observations minutieuses de l'inquiétude métaphysique
observations minutieuses de l'inquiétude métaphysique
le matin possède
une innocence que l'homme perd
dès qu'il se reconnaît
une porte fermée semble toujours savoir davantage
que celui qui hésite
devant elle
l'habitude est un sommeil qui garde
les yeux ouverts
je regarde longtemps une chaise vide
elle attend quelqu'un avec plus de patience
que n'importe quel être vivant
il existe des jours où le monde paraît légèrement déplacé
comme si l'on avait remis chaque chose à sa place
avec une précision imparfaite
le silence des maisons la nuit ressemble à une pensée
qui ne veut pas être interrompue
chaque objet abandonne
peu à peu son usage pour devenir
une énigme
on croit entrer dans une pièce
peut-être est-ce la pièce qui nous reçoit
le visage des inconnus porte une fatigue
qui semble avoir commencé avant leur naissance
il est étrange que le ciel n'ait jamais besoin
de convaincre
le vent ouvre parfois
les mêmes questions que les livres
je soupçonne que les murs
entendent davantage qu'ils ne séparent
une horloge mesure le temps
elle ne sait rien
de l'attente
l'arbre ne grandit pas vers le ciel
il approfondit silencieusement la distance entre
la terre et la lumière
les mots arrivent souvent après les événements
comme des témoins
en retard
nous habitons moins une maison que l'habitude
de ses ombres
chaque marche d'un escalier
est
une décision oubliée
les fenêtres donnent autant sur l'intérieur
que sur le dehors
l'inquiétude est peut-être une mémoire
dont nous avons perdu
le souvenir
le plus difficile
n'est pas de trouver son chemin,
mais de reconnaître que l'on marche déjà depuis toujours
il arrive que la lumière
rende les choses plus secrètes
la poussière est la lente écriture
du temps sur les objets
il existe une solitude qui ne demande pas la compagnie
seulement une présence
le regard fatigue avant les yeux
On finit par ressembler aux questions
que l'on n'a jamais cessé de porter
le monde paraît solide jusqu'au moment où l'on cesse
d'y croire sans raison
les arbres semblent connaître une forme de repos
inaccessible aux hommes
chaque seuil contient encore l'hésitation
de ceux qui l'ont franchi
il est possible que la peur soit une manière maladroite
de pressentir l'infini
les oiseaux ignorent
qu'ils traversent nos métaphores
l'ombre d'une branche possède parfois davantage
de vérité que son feuillage
le soir ne tombe pas
il retire lentement la certitude des formes
la pensée cherche des réponses
le réel semble préférer les questions
il est plus facile d'habiter
une conviction qu'une évidence
Nous passons notre vie à reconnaître
des lieux que nous n'avons
jamais vus
la fatigue rend visibles des détails
que l'énergie efface
il existe des silences qui semblent réfléchir
le temps ne passe peut-être pas
c'est nous qui glissons sur sa surface
chaque rencontre laisse derrière elle un espace invisible
où quelque chose continue
d'avoir lieu
le monde est d'une précision si parfaite
qu'elle devient presque
inquiétante
il suffit parfois qu'une feuille tombe
pour que l'univers paraisse changer de direction
peut-être
que la vérité
ne nous attend nulle part
peut-être
marche-t-elle simplement
à une vitesse différente de la nôtre
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