notre espèce animale
n’est ce qu’elle est que parce qu’elle se raconte
Michel Foucault
exprime une idée fondamentale de l'anthropologie philosophique
l'être humain ne vit pas seulement biologiquement
il vit dans des récits
l'animal habite un milieu
l'homme habite aussi une histoire
il ne se contente pas de respirer de manger ou de se reproduire il se souvient il anticipe il interprète il tisse son existence à partir de récits personnels familiaux religieux scientifiques politiques ou poétiques
en ce sens
l'homme est
un animal narratif
nous nous racontons notre naissance notre enfance nos amours nos échecs nous racontons l'origine du monde la naissance des peuples l'histoire des étoiles même la science raconte mais avec ses propres règles elle construit des récits explicatifs fondés sur des observations et des hypothèses
le récit
ne vient donc pas s'ajouter à l'existence
il la configure
mais cette formule invite aussi à une vigilance
les récits peuvent libérer
ils peuvent également enfermer
celui qui ne connaît qu'une seule histoire du monde finit par croire qu'elle est le monde lui-même la philosophie commence souvent lorsque les récits deviennent transparents et que l'on découvre qu'ils sont des interprétations plutôt que des absolus
la poésie
accomplit alors un geste singulier
elle ne remplace pas un récit par un autre
elle ouvre le langage
elle rappelle que le réel
excède toujours ce que nous en racontons
***
l'homme est l'animal qui habite les histoires
avant d'habiter les maisons
nous naissons une fois du corps
puis mille fois des récits
chaque civilisation est une bibliothèque
qui se prend pour un paysage
la conscience tisse le temps
avec des histoires
le silence commence là où les récits
cessent de suffire
la pensée raconte
la présence demeure
le monde n'est pas un récit
c'est le récit qui cherche
à rejoindre
le monde
le poème est peut-être le moment où le récit
consent à devenir lumière
L'homme est
l'animal qui se raconte
le sage est
peut-être
celui qui sans renier les récits apprend aussi
à écouter ce qui dans le silence
précède toute histoire
ce n'est
qu'une histoire
et pourtant
nous y avons
cru
les mots
ont bâti
des murs
puis des chemins
un nom
a suffi
pour oublier
le silence
l'histoire
passe
ce qui voit
demeure
quand le récit
s'efface
il reste
l'ouvert
où rien
n'avait jamais
commencé
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