ce quatrain de Li Bai est un chef-d'œuvre de simplicité en quelques images il fait basculer le lecteur dans une expérience où la montagne le ciel et le silence ne sont plus séparés
Nuit au Temple-du-Sommet
Lever la main et caresser les étoiles
Mais chut Baissons la voix
Ne réveillons pas les habitants du ciel
le poème repose sur une double illusion
la première est spatiale
le temple est si haut que lever la main semble suffire
pour toucher les étoiles
la montagne abolit la distance entre
la terre et le ciel
l'altitude devient une proximité
spirituelle
la seconde est plus subtile
les étoiles ne sont plus des astres mais
des êtres endormis.
le ciel cesse d'être un espace physique il devient
une demeure habitée.
ce glissement est caractéristique de Li Bai
le cosmos est traité avec la familiarité d'un paysage quotidien
puis vient l'injonction
baissons la voix
ce n'est pas seulement une marque de politesse
envers les habitants du ciel
c'est une leçon métaphysique
plus on approche de ce qui est immense moins
il est nécessaire de parler
le sommet enseigne la discrétion
la hauteur demande une voix basse
le silence devient
la véritable mesure de la proximité avec l'infini
ce poème suggère enfin
une autre manière d'habiter le monde
il ne s'agit pas de conquérir les étoiles
ni de les expliquer
mais de vivre
assez légèrement pour ne pas troubler leur sommeil
c'est une cosmologie de la délicatesse
dans un esprit voisin on pourrait écrire
plus la montagne s'élève
plus la voix devient légère
les étoiles
ne sont pas loin
c'est notre bruit
qui les éloigne
les sommets
ne rapprochent pas du ciel
ils apprennent
à parler plus bas
il existe des hauteurs
où l'on cesse de regarder les étoiles
parce que l'on commence
à leur tenir compagnie
ou encore dans une forme très brève
la nuit est si proche
qu'un murmure
pourrait déplacer
une constellation
chez Li Bai le merveilleux n'est jamais spectaculaire
il naît d'un changement d'échelle
la montagne devient un seuil
le ciel une maison
les étoiles des voisins
et le silence la plus haute forme de la parole
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