Le Gangkhar Puensum
montagne absente
au cœur des montagnes
son sommet n'a jamais reçu
le poids d'un pas humain
elle demeure dans sa propre altitude
gardienne d'une neige que personne n'a nommée
depuis son point le plus haut
le vent seul connaît l'arrête sommitale
les nuages
s'y reposent un instant
comme des animaux blancs
le Gangkhar Puensum
n'est pas seulement un sommet
il est une limite consentie
une hauteur
laissée à elle-même
il rappelle
que tout n'a pas vocation
à être conquis
il existe encore
des lieux
qui appartiennent davantage
à leur silence
qu'à notre histoire
montagne invisible
dans l'imaginaire du monde
présence verticale
où l'altitude devient
une forme de pudeur
le regard s'y élève
sans désir de victoire
on comprend alors
qu'il est des sommets
dont la plus haute ascension
est de demeurer
infranchis
et le Gangkhar Puensum
dans la lumière bleue des grands froids
continue d'écrire
avec le vent
la neige
et les étoiles
un livre
que personne
ne refermera
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