le bivouac est un paradis terrestre
non parce qu’il offre davantage
mais parce qu’il retire presque tout
un peu de toile
un peu de feu
un peu d’eau
et soudain
cela suffit
la nuit retrouve son épaisseur
les étoiles ne décorent plus le ciel
elles l’habitent
le vent devient un compagnon
la terre un lit
le silence une demeure
au bivouac on ne possède rien mais tout est proche
la lumière de l’aube
l’odeur des herbes
le premier oiseau
la fraîcheur de la pierre
on découvre que le confort n’est pas toujours la paix
et que le dénuement peut être une abondance
il n’y a
plus de murs seulement l’horizon
plus d’horloge seulement le jour
plus d’adresse seulement un lieu où l’on est pleinement présent
le bivouac est peut être le dernier luxe
celui d’habiter le monde
sans presque rien
entre la terre
et le ciel
comme si le paradis
n’était pas un ailleurs
mais une nuit simple
où l’on s’endort
sous les étoiles
abri de fortune
quelques branches
une toile tendue
un mur de pierre
et déjà
le monde change
l’abri ne chasse pas la nuit
il lui donne une mesure humaine
il ne supprime pas le vent
il en adoucit le passage
ce qui protège
n’est pas toujours solide
une bâche
un rocher en surplomb
une cabane oubliée
suffisent parfois
à rendre la pluie hospitalière
l’abri de fortune
enseigne une vérité discrète
il faut peu de chose
pour retrouver la confiance
un toit provisoire
une flamme
un peu de pain
et le sentiment profond
d’être à sa place
non malgré
mais au milieu du monde
peut être que les demeures les plus essentielles
sont celles
que l’on ne possède pas
mais que l’on rencontre
au détour d’un chemin
comme une grâce
offerte
pour une nuit
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