l’art de savoir disposer librement les circonstances
ce n’est pas dominer les événements
c’est les orienter
comme on oriente une voile
sans jamais commander le vent
il ne s’agit pas de contraindre le réel
mais de créer les conditions où les forces peuvent s’accorder
déplacer un objet
choisir une heure
changer de chemin
attendre plutôt qu’agir
de très faibles gestes et pourtant
tout le paysage se transforme
la liberté n’est peut être pas de faire ce que l’on veut
mais de disposer les circonstances
avec assez de justesse
pour que les choses trouvent d’elles mêmes
leur équilibre
on ne pousse pas le monde
on l’incline
un peu
et cette légère inclinaison
suffit parfois
à libérer des puissances
qui attendaient seulement une configuration favorable
l’art consiste alors à sentir les lignes invisibles
les courants
les affinité
les résistances
à composer avec elles plutôt que contre elles
comme un jardinier qui ne fait pas pousser les fleurs
mais prépare la terre
la lumière
l’eau
et laisse ensuite
la vie accomplir son œuvre
agir devient alors
moins un acte de volonté
qu’une intelligence des situations
une manière discrète
de disposer le monde
pour que le monde
se mette lui même
à fleurir
tous les vents sont bons
aucun vent n’est inutile
le vent contraire apprend la patience
le vent de face allège les illusions
le vent arrière rappelle que la grâce existe aussi
le vent d’ouest ouvre l’horizon
le vent du nord éclaircit le regard
le vent du sud ralentit le temps
aucun vent ne décide du voyage
il révèle seulement
la manière dont nous avançons
celui qui attend toujours le vent parfait
reste au port
celui qui accueille chaque souffle
apprend peu à peu que la route appartient autant au vent
qu’au navigateur
et peut être
que tous les vents sont bons
parce qu’ils empêchent de croire
que nous sommes seuls
à conduire
notre vie
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