cette question de Lucrèce
est d'une simplicité désarmante
pourquoi ne quittes-tu pas la vie comme
un convive rassasié ?
elle ne célèbre pas la mort
elle interroge notre manière de vivre
le convive rassasié ne quitte pas la table par dégoût
il se lève parce que le repas a été pleinement goûté
il ne cherche pas à emporter les plats
il ne réclame pas un dernier service
il remercie silencieusement l'abondance reçue
pour Lucrèce
le malheur ne vient pas de la fin de la vie
mais de l'illusion qu'il faudrait toujours davantage
plus de temps
plus de biens
plus d'expériences
plus de lendemain
être rassasié
ce n'est pas avoir tout connu
c'est avoir cessé de croire que le bonheur est toujours devant soi
c'est avoir cessé de croire que le bonheur est toujours devant soi
alors la vie devient un don plutôt qu'une dette
chaque jour est accueilli non exigé
cette image est profondément épicurienne
elle invite à une plénitude sans avidité
à une gratitude qui ne s'accroche pas
peut-être
est-ce cela finalement la sagesse
vivre de telle manière
que lorsque viendra l'heure de partir
on puisse se lever
sans regret
sans précipitation
sans amertume
comme un voyageur
qui remercie l'auberge
avant de reprendre
un chemin
dont il ignore encore
le paysage
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