et dans cette clarté soudaine elle dira que le monde attend parfois
le tintement d’une cuillère contre une assiette
fit revenir tout un été
et soudain
le passé n’était plus derrière moi
mais autour
une odeur de linge ancien
ouvrit une chambre disparue
le temps attendait là
sans impatience
je compris que les jours perdus
ne sont jamais perdus
ils dorment
dans les choses ordinaires
le pavé inégal sous mon pas
rendit à mon corps
une ancienne manière d’être heureux
ce n’est pas la mémoire
qui retrouve le temps
mais un éclair
entre le monde et nous
dans une seconde très pure
les années cessèrent de s’additionner
elles coexistèrent
comme les pièces d’une même maison
le passé ne revient pas
il insiste
à travers une saveur
une lumière
un rythme
je crus reconnaître un visage
c’était seulement
une expression du soir
autrefois vécue
le vrai calendrier
est caché dans les sensations
une serviette pliée
contenait davantage de temps
qu’une bibliothèque d’histoire
l’épiphanie ne révèle pas un souvenir
elle révèle
que nous avons été multiples
tout ce qui semblait détruit
attendait silencieusement
dans la profondeur
d’un instant
la mémoire involontaire
n’explique rien
elle restitue
le temps retrouvé
n’est pas un retour en arrière
mais la découverte
que rien n’a entièrement disparu
entre deux battements du monde
je sentis que la vie entière
cherchait depuis toujours
à devenir phrase
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