la poésie fuit encore sous l’évier
normal elle passe toujours par les conduites secondaires
j’ai trouvé trois syllabes dans le siphon
garde-les au sec elles rouillent vite
tu crois qu’un vers peut traverser le cuivre
seulement s’il perd ses voyelles en route
cette maison est pleine de plomberie métaphysique
chaque robinet médite une catastrophe
écoute ce bruit dans les murs
c’est un alexandrin démonté pièce par pièce
pourquoi les tuyaux tremblent-ils à minuit
ils se souviennent des anciennes pressions
j’ai vu un mot coincé dans un coude
lequel
ruissellement
beau mot pour une fuite lente
beau mot pour une pensée qui cherche la sortie
tu parles comme un manuel technique écrit par un fantôme
les fantômes adorent les notices incompréhensibles
regarde ce segment de plomberie sur la table
on dirait un fragment de phrase industrielle
il manque une jointure
comme dans toutes les conversations importantes
pourquoi collectionnes-tu des boulons
pour fixer les idées quand elles vibrent trop fort
le hasard a encore déplacé les raccords
le hasard est un plombier sans diplôme
et la poésie
une fuite que personne ne veut vraiment réparer
tu crois qu’on pourrait habiter dans un tuyau
nous y habitons déjà le langage est tubulaire
alors pourquoi tant de silence
parce que l’eau pense avant de couler
et quand elle cesse
les mots commencent à goutter
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