le lichen ne pousse pas il prend son temps
il ne prétend ni au tronc ni à la fleur
il choisit la pierre
l'écorce les vieux murs
tout ce qui semble avoir cessé d'attendre
là
il s'étend sans bruit
moins en épaisseur qu'en présence
on le dirait appliqué au monde plutôt qu'issu de lui
il adhère avec une telle discrétion
qu'il paraît être la pensée même du rocher
sa réflexion venue à la surface après plusieurs hivers
sa couleur hésite
elle emprunte au cendre au soufre à la sauge
parfois à la rouille
rien d'éclatant
le lichen préfère les nuances que le temps fabrique lui-même
il n'avance pas
il insiste
chaque année lui ajoute une mince syllabe
son discours est celui des siècles
là où les herbes s'empressent et où les feuilles se dépensent
il demeure
il ne conquiert rien
il occupe fidèlement ce qui lui est accordé
le vent le frôle sans le convaincre
la pluie le visite
le soleil l'éprouve
il reçoit tout
refuse de choisir
et compose avec ces hôtes
une existence de patience
le lichen est le plus modeste des géomètres
il épouse les fissures
souligne les reliefs
révèle les surfaces que l'œil négligeait
il ne couvre pas la pierre
il la rend visible
ainsi
à force de persévérance silencieuse
il obtient ce privilège rare
donner au minéral
l'apparence d'une lente respiration
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