l’ordre des mots est indifférent
dit parfois la pensée lorsqu’elle croit atteindre un noyau pur
une région où le sens existerait avant toute syntaxe
comme une matière indépendante de sa forme
les mots déplacés déplacent aussi les forces
ils modifient les vitesses les appuis les attentes
le sens n’habite pas seulement les termes
il circule dans leurs intervalles
dans la direction du souffle
dans l’ordre discret de l’apparition
pierre sur pierre
n’est pas tout à fait
sur pierre pierre
quelque chose change
non dans la définition
mais dans la gravité intérieure de la phrase
il existe des moments rares
où l’intensité d’une vision traverse l’ordre lui-même
comme une lumière passant à travers plusieurs vitres
alors les mots semblent interchangeables
parce qu’ils obéissent tous à une même nécessité centrale
l’ordre des mots est indifférent
seulement lorsque la phrase atteint
une cohérence plus profonde que la grammaire
une cohérence
de champ
de rythme
de présence intérieure du sens
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