une marche solitaire en montagne
n’est pas seulement
un déplacement
c’est une lente désappropriation
le bruit
l’urgence
les pensées inutiles
le corps
trouve un rythme ancien
respiration
pas
silence
peu à peu
la conscience cesse de se disperser
elle s’accorde au relief
au vent
à la lumière changeante
la montagne ne parle pas
elle retire
elle enlève les couches
jusqu’à ce qu’il reste une attention nue
presque minérale
marcher longtemps seul
produit parfois une étrange transparence
on ne pense plus vraiment
on avance
dans cette continuité répétitive
quelque chose bascule
le temps perd ses contours habituels
les heures deviennent espace
chaque pierre semble plus présente
chaque son plus profond
comme si
le monde cessait d’être décor
pour devenir présence totale
la solitude alors n’est plus manque
elle devient densité
non être séparé des hommes
mais être relié autrement
par le souffle
par l’effort
par l’immensité silencieuse
il arrive parfois
dans certaines lumière
dans certains passages de crête
qu’une paix sans objet apparaisse
brève
sans raison
comme si
la montagne ouvrait en nous
une chambre oubliée
où vivre
marcher
respirer
suffisaient enfin
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