voici
la pierre
posée
sur
une pierre
le poids répond au poids
la forme accepte la forme
rien ne triomphe rien ne cède
une gravité simple organise l’équilibre
dans cette répétition élémentaire
commence déjà l’architecture
la pierre du dessous porte sans discours
la pierre du dessus demeure sans orgueil
entre elles circule une ancienne entente
faite de pression de silence et de temps
voici
la pierre
posée
sur
une pierre
première phrase du mur
première pensée de l’abri
première géométrie tirée du sol
et peut-être aussi la preuve discrète
que toute construction humaine
commence par un accord avec le poids du monde
sur
la montagne
est
un lac
une immobilité suspendue dans l’altitude
l’eau recueille le ciel sans le retenir
les pierres plongent dans une transparence froide
le vent traverse la surface
comme
une pensée
qui hésite à devenir
parole
le lac ne domine rien
bien qu’il soit plus haut que les vallées
il demeure dans sa cuvette de roche
retenu par la géologie lente
par l’ancien travail des glaces
par l’équilibre silencieux des pentes
sur
la montagne
est
un lac
dans cette réserve d’eau sombre et claire
la lumière apprend une autre manière de durer
les nuages passent
les reflets se déplacent
le bassin demeure
une conscience minérale
ouverte au
ciel
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