elle avance dans la nuit
comme dans une promesse inversée
non pas vers la lumière mais à travers son absence
là où d’autres cherchent des signes
elle consent à l’effacement
elle dépouille son regard
son désir
jusqu’à ce qu’il ne reste presque rien
sinon une attente nue
tendue vers ce qui ne se laisse pas saisir
la nuit
chez elle
n’est pas une chute
mais un passage
une traversée où tout ce qui rassurait se retire
où les appuis se dérobent
où même la présence semble s’absenter
c’est là que quelque chose se joue
une rencontre sans forme
sans image
sans garantie
une union qui ne se donne qu’à celle
qui accepte de ne plus voir
elle ne parle pas beaucoup
ou bien en métaphores
brûlées
le feu
la nuit
la blessure
autant de figures pour dire ce qui excède toute parole
ce qu’elle éprouve ne peut être dit directement
il faut l’approcher
le suggérer
le laisser rayonner dans le retrait du langage
elle connaît la sécheresse
l’abandon
le vide
mais elle n’y voit pas une perte pure
elle y reconnaît
une purification
une manière d’être rendue disponible à
une présence plus profonde
plus exigeante
comme si
l’amour véritable demandait d’abord
une traversée du désert intérieur
son chemin est rigoureux
presque austère
il ne promet
ni consolation facile
ni extase immédiate
il exige patience
persévérance
fidélité à ce qui ne répond pas
dans cette fidélité même
une transformation
s’opère
ce qui était désir devient offrande
ce qui cherchait devient
accueil
elle ne possède rien
elle reçoit
dans ce dépouillement
quelque chose s’illumine sans éclat
une présence silencieuse
une joie sans forme
une paix qui ne vient pas du monde mais qui
pourtant
le traverse de part en part
elle ne montre pas
elle conduit
dans cette conduite
elle ouvre un espace où l’absence devient passage
où la nuit devient chemin
où perdre devient
peut-être
la seule manière de rejoindre pleinement
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