mercredi, octobre 08, 2025

la sagesse du vide 

une forme d’intelligence silencieuse 


une compréhension du monde qui ne passe pas par l’accumulation 
mais par le dépouillement


philosophiquement 
elle résonne avec plusieurs traditions 
















chez les bouddhistes 
le vide śūnyatā n’est pas néant 
mais plénitude ouverte l’espace où tout peut advenir

chez les taoïstes
c’est le centre du cercle
la vacuité féconde d’où naît le mouvement du monde

en poésie
c’est le blanc de la page
la pause entre deux souffles 
la musique des choses qu’on ne dit pas




la sagesse du vide c’est savoir s’effacer assez
pour que le monde entre


elle n’est pas résignation mais lucidité apaisée
comprendre que rien ne nous appartient vraiment

dans cet espace d’absence 
tout respire 
les formes
les pensées 
les êtres






la sagesse du vide
ce n’est pas le rien mais l’espace où tout se dépose
là où le bruit se défait où la parole se repose avant de renaître
dans le vide les formes cessent de lutter
le vent y enseigne sa lenteur la lumière y apprend la douceur
la sagesse du vide c’est de comprendre qu’il n’y a rien à posséder
et pourtant tout à accueillir
c’est le lieu sans contour
où l’on devient simplement traversé 
par le monde par le temps par le souffle











































le silence 

la respiration secrète du monde

le rêve

l'aquarium de la nuit


la mémoire 

une lampe sous l’eau

le temps 

une main qui efface en caressant

l’ombre 

la doublure de la lumière

le vent 

l’écriture mouvante de l’invisible

l’aube 

une blessure qui guérit en lumière

















le cœur 

une pierre chaude dans la neige du jour

la solitude 

la chambre d’écho du réel

l’oubli 

un sable qui conserve les formes disparues

la pensée 

un oiseau qui vole à l’envers





le silence dort dans la bouche des horloges

le jour se souvient d’avoir été liquide

la nuit écrit avec l’encre des astres éteints

le vent porte des visages qu’on n’a jamais vus

le temps s’incline pour écouter sa propre chute

la pensée traverse le réel comme une ombre sans corps

le feu rêve d’être un souvenir froid

les murs respirent quand personne ne les regarde

l’éclair est la ponctuation du sommeil des dieux

le regard est une fenêtre que le monde emprunte

























rapide 

comme le vent

le souvenir traverse la pièce


un instant rapide

la lumière s’efface sur le sol


pensées rapides

qui ne se posent jamais


rivière rapide

emporte les feuilles mortes


















rapide frisson

du monde qui se déplie


un regard rapide

et tout change de couleur

















sans titre


rien

que la lumière

sur une table

et le temps

qui s’assoit



un jour de plus augmenté d'un jour

le temps se plie 

comme 

une feuille qui se souvient d’elle-même






















évanescent


le révolu

s’efface sur la rive

du souvenir


méditatif


le révolu

respire encore

dans l’ombre des jours


fugace


le révolu

un instant suspendu

entre deux battements




éclat sur la terre immobile

la lumière tremble un instant

et tout retombe dans le silence



fragile

éclat sur la terre immobile
un souffle traverse l’ombre


fugace

terre immobile
la lumière s’y pose
puis disparaît


contemplatif

éclat sur la terre
silence qui s’étire
comme un souffle ancien

























ne bougez pas laissez parler le vent le paradis est là 


dans le frisson de l’air

dans la phrase inachevée du monde

là où rien ne veut durer et tout pourtant respire.


étrange aisance à n'être rien 



*
















je suis la faille dans la syntaxe du jour

je suis le soupir avant la lumière

je suis la poussière pensante du temps

je suis la mémoire d’un feu sans témoin

je suis ce qui passe et ne s’explique pas

je suis une danse au cœur de l'existence 

je suis un signe cosmologique
















une méditation sur la marche 
la rencontre de soi à travers le monde 




il arrive 
un moment dans la vie 
où l’on ne marche plus pour aller quelque part
mais pour habiter le silence 
du chemin





























on ne cherche plus à fuir ni à découvrir
on avance simplement et soudain le paysage devient un miroir
ce n’est plus le monde extérieur que l’on traverse
c’est le territoire intérieur qui se déplie sous nos pas
arbre pierre souffle de vent
semble répondre à une question qu’on ne savait pas avoir posée
se promener dans son propre paysage
c’est reconnaître que la vie n’est pas ailleurs 
qu’elle a toujours été là
dans le pli des collines
dans la lenteur du ciel
dans cette présence nue qu’on avait oubliée de regarder
alors la marche devient méditation 
un art de consentir à ce qui est
de laisser le monde nous traverser sans vouloir le posséder
dans cette simplicité retrouvée
l’être retrouve son poids juste
ni trop lourd
ni trop léger
à la mesure exacte 
de la terre et du souffle








il vient 
un moment 
où marcher ne sert plus à avancer
mais à rencontrer le monde là où il nous attendait 
dans le silence du chemin quand le paysage devient notre visage























éternellement en joie pour un jour d'exercice sur la terre


ciel pensif

vent discret 

la lumière hésite entre adieu et promesse


me voilà reparti 

dans mes petites notes rapides


le fini s'anéantit en présence de l'infini et devient un pur néant

















cette nuit 

pas question de dormir


au lieu de vous plaindre que Dieu s'est caché 
vous lui rendrez grâces qu'il s'est 
tant découvert 




lune 
haute 
silencieuse 
suspendue 

comme

une pensée 
qui ne veut pas s’éteindre.


















l’enfant regarde le ciel 
comme 
un opticien du mystère


chaque nuage est un phénomène 

chaque silence 

une note


le musicien secret 

tient la clé de l’amour entre deux souffles


les instants se plient

s’inclinent 


inflexion éternelle des moments

mouvement sans fin où se mêlent 

la chair et le nombre

















l’infini des mathématiques palpite derrière les paupières

la logique se fait imprévue comme 

un éclair qui invente sa route


dans cette guerre douce entre le chaos et la clarté

naît l’harmonie



celle que l’on nomme

faute de mieux 

la vie

















les jours sont des fragments d’équations
une cristallisation en cours 


chaque jour peut se penser comme un fragment d’équation
un terme isolé dans un calcul qui ne sera jamais totalement résolu 

nous ne possédons jamais l’intégralité 
de l’inconnue 

nous avançons à tâtons posant des symboles essayant des solutions
cherchant un équilibre entre le connu et l’inconnu

la  cristallisation en cours  suggère que le temps est un processus 
de mise en forme progressive

chaque jour ajoute une facette à la structure 
fragile de notre expérience





























comme dans un cristal
les angles et les arêtes se dessinent peu à peu
mais la lumière passe à travers les imperfections et les vides




le temps n’est pas linéaire mais cumulatif et séquentiel
l’existence est à la fois résolue et indéterminée

chaque moment même minuscule contribue à la structure finale 
même si nous ne la verrons jamais complètement

vivre un jour c’est participer à 
une équation infinie 
où 

chaque geste 
chaque pensée 
chaque émotion 
affine la cristallisation de notre réalité 

la beauté réside dans ce processus
inachevé 

la lumière des jours traverse les fragments
révélant des motifs inattendus

des connexions que la raison seule 
ne pourrait prévoir





*


les jours 

des fragments d’équations
des cristaux qui s’assemblent lentement

chaque geste
chaque souffle
une facette nouvelle dans la lumière qui traverse

on croit tenir le calcul
mais la forme se déploie toujours au-delà
angles imparfaits
lignes brisées
laissant passer l’inattendu

la vie

une cristallisation en cours
où l’infini s’invite dans chaque fragment
et chaque jour éclaire ce qui reste invisible




c'est même une liturgie complexe  en cours qui dans le cas de Proust comporte un pôle fixe qu'il appellera  l'adoration perpétuelle 




















l’enseignement consiste à méditer sans répit sur l’oiseau


méditer sur l’oiseau c’est apprendre 

à penser le mouvement 

la légèreté et la présence sans attache

l’oiseau ne possède rien 

il traverse le monde 

il n’habite que l’instant où il déploie ses ailes


en cela 

il devient 

une image de la pensée libre 

de la conscience affranchie des formes figées
















l’enseignement véritable n’est pas accumulation de savoirs mais affinement du regard Méditer sur l’oiseau c’est observer sans vouloir capturer comprendre sans enfermer C’est voir que la vérité ne se donne pas sous la forme d’un objet mais sous celle d’un élan une trajectoire


philosophiquement l’oiseau incarne la coïncidence de la grâce et de la nécessité  il obéit aux lois de l’air mais il en fait une danse De même apprendre c’est consentir aux limites gravité souffle effort  tout en découvrant comment y inscrire une forme de liberté


ainsi  méditer sans répit sur l’oiseau  c’est se rappeler que penser c’est voler avec le réel non le disséquer Que l’esprit doit apprendre non à tout comprendre mais à s’accorder  comme l’aile s’accorde au vent
















ce qui peut être aussi simple qu’une phrase musicale 

c’est ce qui ne veut rien prouver

une phrase musicale ne démontre pas 

elle passe 
elle respire 
elle relie le silence à lui-même

elle ne contient pas d’argument

seulement 

une évidence d’être
un mouvement pur





























tout ce qui procède ainsi 

un geste juste 
un regard offert
une pensée qui ne cherche pas à gagner
porte la même simplicité



la véritable simplicité n’est pas 
pauvreté 

c’est la transparence du sens quand 
il n’a plus besoin 
de se défendre



























l’œil égaré dans les plis de l’obéissance au vent


ne cherche plus la route


il se laisse tourner comme une feuille de métal

ivre d’espace et de lumière


tout vacille mais tout s’éclaire 


le monde se défait de sa gravité

et dans la danse invisible de l’air

le regard apprend enfin à voir sans vouloir






















l’œil égaré dans les plis de l’obéissance au vent

ne distingue plus la frontière du ciel

il glisse dans la matière des souffles

là où les formes se défont pour devenir passage


le vent ordonne sans parole

il tord les herbes

incline les âmes

il sait la soumission des choses légères


alors l’œil s’abandonne

il cesse de comprendre

il devient lent

poreux

habité par la dérive


les collines respirent

les ombres se déplacent

et tout ce qui pesait s’en va


dans cette obéissance il n’y a plus de maître

seulement la douceur d’être emporté

la confiance d’un grain de poussière

dans la grande respiration du monde

























voici 
le chant du Feu Intérieur

continuation du cycle dans le style fragmentaire et polyglotte 
d’Ezra Pound

il explore le feu de la conscience
l’alchimie de l’esprit et la lumière qui traverse 
la matière et le temps

feu du feu
nom qui s’allume tout seul

avant les mots avant les formes 
il y avait cela 

le battement rouge du monde



ignis ignis 
sous la cendre la flamme palpite




























Vedi les mains du forgeron dans la poussière rouge
le métal chante ferro et flamma
Σιδήρου φλόγα 
le souffle du dragon
au cœur des montagnes
où le minerai dort depuis des siècles
le poète s’agenouille
une étincelle tombe dans la coupe d’eau
transformant le reflet en soleil
Crux lux lux in cruce
火光照心
le feu éclaire le cœur
les ombres s’élancent sur les murs antiques
les statues frémissent
leurs yeux vides respirent l’étreinte du monde
Orphee revisité
la lyre devient flamme
et la corde vibre encore dans l’air 
un mot oublié un souffle retrouvé
dans la ville la forge est silencieuse
mais sous la cendre ignis spiritus
attend patient éternel
comme un tambour cosmique
qui bat le rythme des âges
Hic et nunc 
le feu ne brûle pas seulement
il transforme 
la matière en lumière
le chaos en forme
le doute en éclat
et toi lecteur
si tu tends l’oreille
tu entendras les pierres chanter 
nous sommes le souffle le feu
la mémoire qui traverse le temps







ignis ignis 
ce n’est pas la flamme que l’on voit
mais celle qui brûle dans la flamme
le cœur du cœur

il ne chauffe pas il révèle
il dévore les contours il rend les choses transparentes
il est le secret du souffle la morsure de la clarté

ignis ignis 
l’éveil sans repos
la lumière qui n’a plus besoin du jour



























j’aime le froid vif pur de pluie ou de brume

j’aime la gelée blanche sur les toits

la lumière très crue


j’aime le matin qui ne promet rien

le vent qui mord les doigts

et nettoie la pensée


j’aime la buée sur la bouche des chevaux

les flaques où le ciel se fatigue

les arbres qui grincent comme des portes anciennes

















j’aime le silence avant le pas

le souffle des cheminées dans l’air figé

le linge qui durcit au fil du gel


j’aime la lenteur des jours pâles

la nudité des champs

le gris qui ne cherche pas à plaire


j’aime quand le monde semble en veille

et que tout respire bas


j'aime une beauté sans témoin

















les calculs de côté l’inévitable descente du ciel  


une collision entre la raison humaine et 
l’irruption du sacré 
ou de l’infini


les calculs de côté 

Rimbaud 
rejette
ici 

la logique 
les mesures 
la pensée géométrique et utilitaire 
tout ce qui réduit le monde à des équations 

mettre les  calculs de côté  c’est écarter la raison 
pour laisser parler la vision 
la fulgurance le délire 
créateur



























l’inévitable descente du ciel 
c’est la venue du divin 
de la révélation du bouleversement spirituel

le mot inévitable suggère que ce moment n’est pas choisi  
c’est une fatalité cosmique une grâce violente qui s’abat
qu’on le veuille ou non


une fois la raison écartée la transcendance s’impose

quand l’homme cesse de calculer 
le ciel descend 

autrement dit

l’absolu 
le mystère 
l’inspiration 

tombent sur lui 
comme une pluie de feu.




tension entre la rationalité moderne et l’expérience mystique

l’homme par ses  calculs  croit pouvoir dompter le monde

mais le ciel  symbole de l’infini de l’inconscient du divin de la poésie elle-même  finit toujours par descendre par s’imposer par rappeler à l’esprit sa limite et sa fragilité


c’est une sorte de mystique de la chute

ce n’est pas l’homme qui monte vers Dieu mais le ciel qui descend envahissant le monde humain lorsque celui-ci s’ouvre par fatigue du calcul à l’irrationnel




quand la raison se tait le mystère descend




la nécessité de l’abandon

l’éveil poétique ou spirituel ne vient pas d’un effort de logique
mais d’une ouverture, d’une faille 
d’une descente de lumière











j’ai jeté les chiffres à la mer
les colonnes de raison les angles les règles,
tout ce qui voulait mesurer la fièvre du monde.

alors le ciel s’est ouvert
non pas en douceur mais comme une plaie bleue
éclatant sur mes tempes de feu

les astres sont tombés
l’un après l’autre comme des pierres brûlantes dans la gorge du temps
moi je riais nu sous la pluie du divin

la pensée renversée tournait comme une girouette folle
plus rien ne tenait

ni le calcul
ni la peur 
ni la forme

l’inévitable descendait
épais comme un cri
pur comme la foudre

dans cette chute
je n’étais plus un homme
mais le point incandescent où le ciel enfin
touche la terre



























résonance philosophique 


monde intérieur

le lieu de la conscience
où se forment les représentations 
et les songes qui façonnent notre réalité

horizon de l’âme

la limite mouvante de notre devenir 
ce vers quoi tend l’être sans jamais l’atteindre tout à fait

univers intime

la totalité singulière de nos émotions et de nos pensées
microcosme où se reflète le cosmos





























relief du cœur

la topographie des sentiments 
avec ses sommets de joie et ses vallées de mélancolie

contour de la pensée

la forme invisible que prend l’esprit 
lorsqu’il se heurte au réel et tente d’en tracer les limites




























panorama 

la respiration du monde vue d’un seul regard
un souffle circulaire où le regard devient oiseau

vue

l’instant saisi entre deux battements de cils
la rencontre fragile entre l’œil et la lumière

décor

la scène silencieuse où la nature joue sans spectateurs 
éternel théâtre du vent et des ombres

site

le lieu choisi par le hasard et la mémoire 
un point de la terre qui a appris à retenir le temps

contrée

une terre lointaine qui appelle le pas du voyageur 
et le rêve de celui qui reste



























région

la portion du monde où le cœur se reconnaît
un territoire de fidélité et d’appartenance

horizon

la ligne du désir
là où le visible s’incline devant l’infini

étendue

la lenteur du monde qui respire
l’espace offert au silence et au regard

vaste étendue

l’infini qui s’ouvre comme une promesse
un appel à se perdre pour mieux se retrouver





























géopoésie


une rencontre intime 

entre la terre et la parole

entre le monde physique et le monde intérieur 

une poésie qui naît du paysage

mais qui ne se contente pas de le décrire  

elle l’écoute

elle le traverse

elle le traduit en langage sensible

















géopoésie 

la montagne devient une métaphore du souffle 

le vent écrit dans les herbes 

le poète ne parle plus sur la terre mais avec elle


elle relie
 
le géographique et le spirituel 

le minéral et l’émotionnel  

une manière d’habiter poétiquement le monde 

de sentir que chaque lieu a une âme

et que marcher

c’est déjà écrire








l’art de penser avec les lieux
pour en faire des miroirs 
de l’être
















l’esprit se charge en milieu isolé 


cette belle expression d'André Breton 
évoque l’idée que la solitude n’est pas un vide mais 

un espace de maturation

coupé du tumulte du monde 

l’esprit s’y ressource s’y densifie s’y emplit de pensées neuves 

l’isolement agit comme un catalyseur  

il permet la décantation du bruit extérieur pour laisser émerger 
la clarté intérieure

dans le silence et l’absence l’être se retrouve et la conscience se fortifie 
comme si la solitude rechargeait l’âme 
de sa propre lumière






























dans le creux du silence là où 
tout se retire

quand s’éteignent les voix et que 
le monde expire

l’esprit s’éveille enfin nu 
sans artifices

trouve dans l’ombre ses plus claires 
prémices

chaque absence devient 
un éclat de clarté

chaque souffle un chemin 
vers l’éternité

ce qui semblait désert devient 
source première 

la solitude recharge l’âme de sa propre 
lumière

plus besoin d’échos ni d’yeux 
qui reconnaissent

la vérité s’allume au fond 
de la tristesse

dans ce feu secret purifié de 
chimères

l’être renaît paisible au cœur de sa 
lumière