mardi, octobre 07, 2025

voici 
une liste de choses qui sentent bon 
dans leur diversité 
tendre ou sauvage 


le pain qui sort du four

la peau salée après la mer

le café fraîchement moulu

la terre après la pluie

le linge séché au soleil

une fleur de jasmin au crépuscule

le bois chauffé dans une cheminée

les herbes coupées en été
















l’encre d’un livre ancien

l’orange qu’on épluche

le miel encore tiède dans la ruche

le vent dans les pins

un drap propre au matin

le chocolat fondu

le parfum oublié sur une écharpe

la menthe froissée entre les doigts

la cire d’abeille des vieilles églises

le lilas au printemps

le cuir neuf d’un carnet

le souvenir d’un jardin qu’on aimait

















voici 
une liste de choses
simples ou profondes qui donnent souvent 
un sentiment de paix 


le bruit régulier de la pluie sur les feuilles

le souffle lent d’une respiration consciente

la lumière douce d’un matin d’hiver

le regard calme d’un animal

le parfum du bois ou de la terre après l’orage

le silence d’une bibliothèque
















le contact d’une main aimée

une marche lente sans but dans la nature

le ciel au crépuscule quand tout semble se suspendre

un bol de thé fumant tenu entre les paumes

le bruit des vagues qui se retirent

une musique sans paroles jouée au loin

le feu qui crépite dans une maison tranquille

un souvenir heureux qui revient sans douleur

la conscience du moment présent nue sans attente


















narration d’équilibre 


voix posée sur le fil du monde

oscillant entre le dire 

et le taire


chaque mot pèse son ombre

chaque silence porte

un sens


c’est l’histoire 

qu’on écrit sans jamais tomber

avec le vent pour mesure et le souffle pour vérité



















respiration articulée dans le secret 

comme

une prière muette que le monde écoute sans comprendre
dont chaque souffle façonne
la lumière.
















nous sommes un voyage dans la nuit de la parole


des êtres qui marchent à tâtons dans le langage
cherchant la lumière au creux des mots

chaque phrase est une lanterne fragile 
oscillant dans le vent de l’inconnu

nous avançons non pour dire
mais pour écouter ce que la nuit murmure à travers nous

la parole n’éclaire qu’en partie 
elle est ce feu tremblant qui révèle autant qu’il cache

et pourtant 
c’est en traversant son obscurité que nous découvrons la présence du sens
non comme certitude mais comme étoile passagère

ainsi 
vivre c’est parler à voix basse dans la nuit
espérant qu’un mot un seul saura répondre
à la distance qui nous sépare 
du silence






















































il est difficile de se détourner de l’eau qui bouge

son murmure appelle l’âme 

à suivre son flux


chaque vague 

entraîne avec elle des souvenirs

des rêves 

et 

la promesse 

d’un passage vers l’inconnu
















chaos brûlant

matière première de toute création 

ce moment incandescent où rien n’est encore formé mais où 
tout devient possible

l’ébullition du monde 
avant qu’il ne prenne forme 

la forge du réel


le chaos brûlant 
c’est la vie à l’état d’origine  

sans contour 
sans loi 

traversée de forces contraires qui s’affrontent 
et se fécondent

il est à la fois destruction et germination 
feu et promesse





























philosophiquement il représente ce point d’équilibre instable entre désordre et naissance ce lieu où l’esprit en se brûlant à l’intensité du monde découvre la clarté cachée dans la confusion  la braise d’un sens qui s’invente en plein tumulte












la sagesse des abeilles

évoque
une intelligence du monde qui ne se dit pas mais 
se tisse dans l’action et l’harmonie

les abeilles ne raisonnent pas  
elles répondent

au soleil 
aux saisons 
au parfum du pollen

leur sagesse est celle du rythme juste
du lien entre chaque geste et 
la totalité du vivant

elles connaissent 
l’économie du nécessaire 
 
rien de trop 
rien d’inutile 





























leur ruche est 
un poème collectif 
où chaque cellule contient à la fois

travail
beauté et offrande

la sagesse des abeilles c’est peut-être cela 

faire de sa vie 
un miel
 
discret 
patient 
né de la circulation entre soi 
et le monde 

une sagesse de lumière et de ferveur silencieuse




























je place un mot et le temps s’ouvre 


un battement d’aile entre moi et ce qui écrit

dans le geste de tracer
je m’efface peu à peu 
 
la main devient ombre
la pensée se dissout dans la phrase qui la porte 

écrire
c’est apprendre à disparaître dans la lumière du mot 
à laisser le livre respirer à ma place 

ce n’est plus moi qui écris  
c’est le temps qui un instant se souvient de moi



*

















jamais encore chose pareille 
m’était arrivée 

ce moment où la pensée s’interrompt
suspendue dans un vide 
plus vaste qu’elle

ce n’est pas l’absence mais la présence trop dense du réel 
qui abolit les mots 

ne plus penser à rien 

c’est toucher l’origine même de la pensée 
là où elle n’est plus réflexion mais
pure existence 

dans ce silence intérieur
le monde ne se conçoit plus 

il se respire




























tout manque 

parler
c’est déjà perdre 
une part du silence d’où vient la parole. 

notre voix ne nous appartient pas 

elle est traversée par des mémoires des souffles anciens des mots qui ont vécu avant nous Nous croyons dire mais ce sont les écrits  invisibles suspendus dans le temps  qui nous disent à travers eux Nous ne faisons que prêter chair à un langage plus vaste que nous comme un instrument à la musique du monde 

ainsi 

écrire ou parler 

c’est se laisser traverser  

devenir passage 

non source




















vivre encore  ce mince fragment du temps  

résister à l’effacement
tenir la lampe vacillante du sens dans la brume 

vouloir encore 

refuser le repos du silence 
tendre vers ce qui échappe même sans promesse 

user la parole 

en éprouver la matière jusqu’à la transparence 
jusqu’à ce qu’elle ne dise plus rien et pourtant tout 

le battement nu de l’être
fragile 

persistant
dans le souffle du monde

















Chant Quantique

Ψ(x,t) — l’onde oscille
dans l’espace de Hilbert
Schrödinger 1935 le chat,
vivant-mort
Δx·Δp ≈ ħ / 2 — Heisenberg chuchote
l’incertitude est la chair du monde.
Photon — E = hf 
vibre sur la corde du vide
entrelacé avec son jumeau
Einstein-Podolsky-Rosen 1935
non-local instantané irréversible
comme la lumière d’Aldebaran
Quarks leptons gluons
matrice de Pauli spin ½,
couleur rouge-vert-bleu
dans le ballet des hadrons
Minkowski murmure Δs²,
temps-espace ruban de Möbius
Champ de Higgs  1964 
0 ≠ 0, le vide pulse
vacuum fluctuation
paires virtuelles naissent et meurent
dans le souffle de Planck
10⁻³⁵ secondes
un battement de cœur cosmique
Feynman diagrammes
lignes de vie chemins multiples
sum over histories 
chaque trajectoire un poème
chaque probabilité une note suspendue
L’Univers est onde et particule
matière et énergie
tau neutrino boson photon
les étoiles respirent dans mon corps
le vide frissonne
et je deviens superposition 
particule onde souffle néant tout
ΛCDM inflation cosmique,
Big Bang microsecondes
cendres et photons
l’éther moderne 
quelqu’un murmure 
tout est intriqué
tout est visible dans l’invisible
Je lis les constantes 
c, G, ħ, α,
les chiffres dansent
comme hiéroglyphes sur le ciel
et dans chaque symbole
une vibration
une étincelle de conscience quantique
l’écho du monde
avant que je ne le mesure





























le feu est la monnaie de toutes choses

et toutes choses sont la monnaie du feu


tout s’achète dans la flamme 


le jour contre la nuit

le souffle contre la cendre

le rêve contre la forme


le feu pèse l’existence sur sa balance invisible

il consume pour révéler

il prend pour rendre plus pur

















chaque pierre contient sa braise endormie

chaque regard un éclat d’incendie ancien

les étoiles monnaies célestes

paient l’obscurité pour briller un instant


rien n’échappe à ce commerce secret 

la parole brûle pour naître

le silence se paie en étincelles

même le cœur en aimant se dépense


ainsi le monde tourne

non sur un axe

mais sur un feu intérieur 

échange éternel

où tout devient flamme

puis poussière

puis flamme encore


















un poème est 
la manifestation corpusculaire 
de l’onde 
du livre

il surgit comme 
une condensation du flux invisible du langage
une particule de sens née de la vibration plus vaste du verbe 

le livre dans sa totalité est onde  

il déploie 
un champ de possibles
une résonance qui traverse les pages avant même qu’elles ne soient lues

le poème lui se cristallise 
il donne forme 
densité 
présence à cette oscillation du sens

il est le point 
où la vibration devient corps
où l’invisible prend un poids de réalité





























ainsi
écrire un poème c’est interrompre momentanément 
le flux infini du langage pour en capter 
une parcelle de lumière 

un quantum de signification

c’est observer 
le mouvement de la pensée comme on observe 
un photon
  
à la fois 
onde et particule 
mouvement et présence
passage et empreinte


et lorsque tu dis 
départ départ / dans l’affection et le bruit neuf 
c’est le moment où le poème quitte le champ du livre 
comme une onde quittant la source

ce départ n’est pas une fuite  c’est une propagation

l’affection
c’est la trace sensible 
laissée dans l’esprit du lecteur 
 
le bruit neuf
c’est le frémissement 
du monde après le passage du verbe

chaque poème 
en se détachant du livre recrée le monde à neuf 
il le fait vibrer autrement 
comme si 
l’univers venait d’être prononcé pour
la première fois







le poème est la condensation du souffle du livre 

une goutte de feu tombée d’une mer de silence

il éclot dans l’instant où le verbe se fait chair de lumière

chaque mot né du tremblement recrée le monde

départ départ  le poème s’arrache du livre

comme l’étincelle quitte la braise 

dans l’affection

dans le bruit neuf

l’univers recommence à parler






















les fragments s’y superposent comme des couches de mémoire 
grec ancien latin italien et quelques échos d’orient

le poème ne cherche pas à  expliquer 

il évoque
il résonne


chant du vent et de la poussière

Ecbatana sub sole
ubi lapides loquuntur
Χρόνος, fleuve sans lit
le sable mange les noms des rois
le vent passe sur Ninive
ventus aeternus
et rien ne demeure
sinon l’ombre des lettres sur les briques brûlées



























Lux in tenebris lucet
disait le moine
avant que le temple ne devienne un marché
et les marchands vendent encore le souffle
à la mesure du temps
Λόγος, perdu
le mot tombe comme une épée dans l’eau
les dieux se taisent
mais la mer parle toujours
dans la langue des coquillages
Ah Venezia
or sur l’eau masque sur masque
le lion dort sur la lagune
le poète y chercha un nom pour la beauté
trouva un écho — rien d’autre
雨落山靜
la pluie tombe la montagne demeure
sous la tour de Babel
les pierres s’effritent en syllabes
un enfant écrit sur le mur 
je suis le souffle qui revient
sic transit sic resurgo
rien ne commence rien ne finit
les siècles tournent comme les moulins de la mer Égée
une voix très basse 
le monde est fait de lumière ralentie
et dans l’air au-dessus des ruines
le mot jamais dit
le mot avant les mots 
passe