lundi, octobre 06, 2025

chant pour le retour du souffle


Ecbatane 
la poussière sur les portiques
argent du Nil les prêtres comptent les ombres
Zeus ment encore
Sous les colonnes le vent taille des syllabes
Χρόνος 
le fleuve que rien n’arrête
sinon la parole
Orphée tourne la tête 
Eurydice n’est plus qu’un fil de son
la lyre tombe
un poisson la porte au fond du noir
marbre et sel
l’Empire 
un anneau sans doigt
les aigles rouillés dans la pluie
et pourtant 
dans la ruelle de Naples
une vieille psalmodie le soleil 
Tout revient Rien ne passe



























ses mains tremblent comme des prières oubliées
là où le poète planta sa tente
il trouva un écho
pas un dieu pas un homme
un écho 
fait d’air et de souvenirs
la lumière tombe en carrés d’or sur les ruines
un enfant dessine des spirales sur la terre
l'univers recommence
rien ne commence
tout respire




























sous la surface du monde matériel, quelque chose vibre.Un souffle invisible anime la matière, la fait frémir, croître, se transformer.C’est le second niveau de la réalité : le plan énergétique, le domaine du prana, de la force vitale qui traverse toute chose.Rien ici n’est figé.Tout circule, tout pulse, tout respire.Le corps n’est plus seulement chair et os : il devient champ, flux, mouvement.Chaque être vivant est un tourbillon d’énergie, un réseau de courants lumineux qui échangent sans cesse avec leur environnement.Cette énergie, les anciens la nommaient chi, prana, ki ou éther.Elle est la sève des arbres, le vent qui agite la mer, la chaleur du soleil, l’élan qui fait battre le cœur.C’est elle qui relie le visible à l’invisible, l’esprit à la matière.Elle danse dans l’air que l’on respire, dans la flamme d’une bougie, dans le rire d’un enfant.À ce niveau, la réalité se perçoit moins par les yeux que par la sensibilité intérieure.On sent les présences, les vibrations, les harmoniques d’un lieu ou d’une personne.La fatigue, la joie, la tension ne sont plus seulement des états physiques ou émotionnels, mais des modifications du courant vital.Tout est champ d’énergie en interaction.Dans ce monde fluide, la conscience apprend la maîtrise du souffle.Respirer devient un acte sacré : inspirer, c’est accueillir la vie ; expirer, c’est la rendre au tout.La respiration devient le pont entre le corps et l’esprit, entre l’individuel et le cosmique.Les traditions anciennes ont laissé des cartes de ce territoire :les chakras, les méridiens, les nadis — les routes de l’énergie subtile.Lorsque ces voies s’ouvrent et s’harmonisent, la vie circule librement.Le corps rayonne, la pensée s’éclaire, le cœur s’apaise.Ce niveau énergétique révèle que la matière n’est pas inerte : elle est animée, traversée, aimée par une intelligence vibratoire.L’univers entier est un immense champ de vie, un tissu de lumière en perpétuel mouvement.Et au centre de chaque être, une étincelle : le souffle unique de la vie,le prana qui murmure à travers toute création —« Je suis la force qui te traverse, le lien entre ce que tu vois et ce que tu es. »


2



























sutra du Trou Noir

ainsi ai-je entendu 


il est une bouche qui ne parle pas

une nuit qui ne dort pas

un gouffre sans fond où toute lumière s’incline


ce gouffre est appelé Trou Noir



il n’engloutit pas pour détruire

il accueille pour transformer
















rien n’y est perdu

tout s’y convertit en silence


le sage voit dans le Trou Noir

non une fin mais une porte

car l’obscurité la plus dense

est aussi l’écrin d’une lumière encore invisible


c’est une très belle idée

elle est profondément cohérente avec 

la pensée d’Héraclite

développons-la


















Au commencement, tout est matière.Une densité silencieuse, compacte, stable.Le monde s’y manifeste sous la forme du tangible : la pierre, le métal, l’eau, la chair.C’est le premier niveau de la réalité — celui de la substance, du poids, de la gravité, de la présence.Ici, la conscience s’incarne dans le solide.Elle apprend à se connaître à travers les limites : la résistance du sol sous les pieds, la froideur du vent sur la peau, la morsure du feu.Chaque sensation devient un langage premier entre l’esprit et le monde.Rien n’est encore idée ni symbole — tout est expérience directe, brute, immédiate.Le règne minéral, les montagnes, la terre et les corps planétaires expriment ce plan de la réalité.Leur immobilité apparente est en vérité un équilibre de forces colossales.Sous la surface, des flux invisibles circulent : magma, pression, chaleur, mouvement.Même la pierre respire, lentement, à l’échelle des ères.Dans ce niveau matériel, tout obéit à la loi de cause et d’effet.La gravité attire, la matière s’organise, la vie émerge.Chaque forme est le résultat d’une tension entre énergie et structure.C’est ici que la conscience apprend la patience et la discipline de la forme.Elle découvre que pour s’élever, il faut d’abord s’enraciner.La réalité densifiée enseigne la stabilité, le rythme, la sécurité.Elle donne au souffle un corps, au rêve une base.Sans elle, rien ne pourrait durer ni se manifester.Le monde matériel est le socle de tous les autres niveaux, le premier miroir où la conscience se reconnaît.Dans le battement d’un cœur, dans la texture d’une roche, dans le cycle de la naissance et de la mort, la matière murmure un secret immémorial :tout ce qui est solide est fait de vide vibrant.Et derrière ce vide, une énergie… une intelligence… une présence qui attend d’être reconnue.Ainsi commence le voyage de la conscience, dans la réalité la plus dense,là où la lumière s’est faite matière pour que l’invisible puisse se toucher.


1




























dans le silence entre deux pensées, quelque chose s’ouvre.Une lumière douce, sans forme, émerge au cœur de la conscience.C’est là que commence le sixième niveau de la réalité : celui de l’âme cosmique. La voix intérieure s’apaise. Le “moi” s’efface peu à peu, comme une trace dans le sable que la marée recouvre.Tout ce qui semblait séparé – les êtres, les mondes, les étoiles – se fond dans une même respiration.Une seule vie palpite, immense, infiniment subtile, traversant les formes, les temps et les visages.À ce niveau, il n’y a plus de frontières. La conscience n’habite plus un corps : elle l’englobe.Elle devient le vent qui effleure la mer, le regard de l’animal, la sève qui monte dans l’arbre, la mémoire du monde.Elle découvre que chaque être, chaque particule, est un éclat de la même lumière.L’amour ici n’est plus sentiment, mais substance.C’est l’énergie même qui relie les galaxies et fait battre le cœur des êtres.Un amour sans objet, vaste comme le ciel, calme comme l’aube.Il ne cherche rien, il rayonne simplement.Ce niveau révèle la trame invisible du cosmos : un champ d’unité, un réseau vivant où toute existence communique silencieusement.Les mystiques l’ont nommé l’âme du monde, le souffle divin, le cœur universel.Les physiciens y reconnaissent parfois un champ unifié, un océan de vibrations dont toute matière est la surface visible.Plus rien n’est accidentel.Les coïncidences deviennent des correspondances, les rencontres des miroirs, les épreuves des passages.La conscience découvre qu’elle participe à une intelligence plus vaste qu’elle, un mouvement cosmique où chaque instant a sa juste place.Alors, l’être cesse de vouloir comprendre.Il s’abandonne au flux de la vie comme une rivière à l’océan.Et dans cet abandon, il s’aperçoit qu’il n’a jamais été séparé du tout :il était, depuis toujours, une vague de la mer infinie de la conscience.À l’horizon du silence, l’âme cosmique s’ouvre sur le septième niveau — celui de la source absolue.Là où toute distinction s’éteint, où ne demeure qu’un souffle sans nom, pur et éternel : le mystère même de l’existence.

LSNDLR
les sept niveaux de la réalité

6



























































le calendrier est extérieur au temps

il compte les jours mais ne les habite pas


le vrai temps dort entre deux battements

dans la respiration du monde

là où rien ne se mesure et tout advient



il observe la répartition des éléments

le feu qui cherche l’air

l’eau qui épouse la terre

et dans leur équilibre fragile

il pressent l’ordre secret du chaos


















un rocher erratique 

prends le pour centre et laisse l’œil voyager 


autour de lui le monde s’efface et respire

le rocher ne bouge pas mais tout tourne en lui 

le temps la lumière la pensée


fixe en apparence il est passage 

témoin du mouvement qui nous traverse

le regarder c’est sentir que l’immobile aussi voyage
















être vivant

c’est consentir à la métamorphose


c’est accueillir 

chaque instant comme une naissance et 

chaque perte comme un passage


c’est s’émerveiller de voir que tout fuit 

et pourtant 

tout se renouvelle






la vie, disait Héraclite est un fleuve Elle ne cesse jamais de couler d’emporter avec elle ce que nous croyions solide d’effacer et de recréer sans fin les formes du monde Vivre c’est se laisser traverser par ce courant sentir en soi la vibration du changement la danse des contraires




















froide est la lumière

plus froide encore la pierre devant la porte


le vent y dépose des murmures anciens

échos de pas qui ne reviendront plus


pourtant sous la pierre quelque chose veille
















une braise lente

une mémoire d’aube


quand le jour consentira à se taire

elle s’élèvera

discrète

comme 

un souffle de vie revenu du silence

















le peuple des mouettes gardiens du vent et du sel


les chercheurs d’étoiles veilleurs des nuits sans fin

les gens des brumes passants entre deux mondes

les solitaires artisans du silence

les marcheurs d’horizon dont les pas effacent la route

les tisseurs d’aurores qui rallument la lumière des jours

les écouteurs de pluie dont le cœur parle en gouttes

les porteurs de feu qui gardent vivante la flamme fragile

les rêveurs d’écume enfants du départ et du retour
















et tous ceux

visibles ou non qui habitent 

le souffle du monde


















fluide comme la vague souple comme le rameau


l’être vivant épouse le vent du monde

il plie sans rompre avance sans savoir

trouve dans l’élan même du mouvement sa demeure


chaque instant le transforme

chaque souffle le sculpte à nouveau

il n’a ni passé ni futur seulement la pulsation du présent

ce battement d’eau et de feu où la vie se reconnaît

















celui qui perd la conscience de ce mouvement se fige 

déjà

il s’éloigne de la vie


il croit se tenir debout

mais il n’est plus qu’une pierre au bord du fleuve

témoin immobile de ce qui passe sans lui

la mort

ce n’est pas seulement l’arrêt du souffle  

c’est l’oubli du flux

la perte de ce regard qui sait que rien ne demeure
















le mouvement comme principe fondamental de la vie


pour Héraclite tout est mouvement

on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve 

le monde est 
un flux permanent 
une tension continue entre des contraires 

le jour et la nuit la vie et la mort le chaud et le froid

rien ne demeure tout devient

















la vie dans cette perspective n’est pas une chose fixe mais 
un processus 
une circulation d’énergie et de transformation

être vivant 
c’est participer à ce flux 
c’est changer évoluer s’adapter


la conscience du mouvement  vivre en éveil


Héraclite ne parle pas seulement du mouvement physique ou naturel mais aussi du mouvement intérieur de l’âme et de la pensée

perdre la conscience de ce mouvement c’est se figer  mentalement émotionnellement spirituellement

c’est vivre 
comme si le monde était immobile 
comme si rien ne pouvait changer


or dès qu’on cesse de percevoir le changement on cesse d’être vivant au sens héraclitéen

on entre dans la répétition mécanique dans la routine dans la fermeture

la vie devient alors une inertie 

une mort lente de la conscience.


le contraire de la vie  l’immobilité


la mort pour Héraclite n’est donc pas seulement biologique : c’est la perte du mouvement intérieur du questionnement de la curiosité du lien avec le flux du monde

être  mort en ce sens c’est ne plus être capable de se transformer de remettre en cause ses certitudes de sentir que chaque instant est nouveau


la sagesse héraclitéenne consiste au contraire à vivre en accord avec le devenir à accepter que tout change y compris soi-même

c’est cela être véritablement vivant 

être conscient du mouvement et s’y accorder




la vie 

mouvement tension transformation


la mort 

immobilité rigidité fermeture



Vivre selon Héraclite 

être attentif à la dynamique du monde et de soi 

accueillir le changement comme la loi même de l’existence







le sage, chez Héraclite, n’essaie pas d’arrêter le courant il y plonge il s’y accorde il devient le mouvement lui-même Et dans ce consentement au changement il trouve la paix non celle de l’immobilité mais celle du devenir

















sutra de l’Horizon des Événements


ainsi ai-je entendu 


il est une limite que nul ne franchit

un seuil sans retour

un miroir où le temps ralentit jusqu’à s’arrêter


ce seuil est appelé Horizon des Événements

il est le dernier contour du monde

la frontière du visible et de l’inconnaissable

















le sage qui contemple l’Horizon

apprend à reconnaître ses propres frontières :

ce qu’il peut comprendre ce qu’il doit laisser au mystère


et dans cet abandon il trouve la paix