samedi, novembre 01, 2025

recueil de l'hermitage

sous 
le toit de chaume 
le vent chante 

les fleurs tombent 
je les ramasse dans ma main 

chaque geste 
une prière sans mot 

le thé fume 
le silence s’étire 

Ryokan marche dans le jardin de l’instant les nuages passent plus vite que la pensée une feuille morte devient maître une pierre un miroir de l’âme le monde s’éloigne doucement le cœur se pose sur le souffle du vent le ciel n’est ni loin ni proche il est là dans le tremblement des bambous 

accueillir 

le poème comme une flamme fragile rester assis laisser tomber tout ce qui n’est pas soi et dans ce repos la vie se révèle dans sa clarté simple comme une goutte de pluie sur le toit de chaume
















 



Gletscherschlucht

Grindelwal

août 2025


au seuil 










je demeure ni dedans ni dehors
je touche l’air qui hésite entre deux souffles


rien n’est encore formé tout déjà s’efface
le monde penche vers son autre visage


ici les contraires se frôlent sans se détruire
le jour garde une ombre dans son cœur


la nuit retient une étincelle d’aube
tout respire dans cette oscillation lente


le seuil n’est pas un passage mais une écoute
le lieu où la présence apprend à devenir silence


où le silence devient substance du visible
où je ne suis plus sujet mais traversée

je ne cherche pas à franchir
j’habite le tremblement


c’est là que tout commence
dans l’entre deux battements de l’être















 





la philosophie du seuil 

n’appartient pas à une école précise  

c’est plutôt une image conceptuelle 
une manière de désigner une attitude de pensée qui se tient 
à la limite entre deux mondes










définition conceptuelle

la philosophie du seuil désigne une pensée qui ne choisit pas entre deux pôles matière/esprit raison/imagination être/devenir vie/mort mais qui s’installe dans leur intervalle leur zone de passage

le seuil devient alors un espace d’expérience où l’on perçoit à la fois la séparation et la continuité

c’est une pensée de la transition de l’ambiguïté féconde du passage comme essence du réel

elle refuse les oppositions fermées  elle regarde comment les contraires se touchent se traversent s’influencent

quelques filiations possibles

chez 
Heraclite le flux du monde  tout s’écoule
le seuil est la tension permanente entre les contraires

chez 
Heidegger
l’éclaircie de l’être Lichtung  
un lieu d’ouverture entre l’être et le néant

chez 
Merleau-Ponty 
la perception  frontière vivante entre soi et le monde
entre visible et invisible

chez 
Bachelard
la rêverie poétique  
passage entre le réel concret et l’imaginaire matériel

chez certains 
mystiques Maître Eckhart Simone Weil  
le seuil devient espace de dénuement  entre le moi et le divin


en langage plus intérieur

penser au seuil c’est penser dans le tremblement 


entre le jour et la nuit 
entre la parole et le silence 
entre le possible et l’acte


c’est refuser les certitudes fixes 
pour habiter le moment où le monde change de peau

le seuil est 

la respiration du réel  
ce moment où quelque chose finit mais n’a pas encore disparu 
où quelque chose commence mais n’est pas encore né





la philosophie du seuil
est une manière d’habiter les passages
elle ne cherche pas à 
savoir 

ce qu’il y a derrière la porte

mais à comprendre 

ce qu’est la porte elle-même



LPDS
























les soirs 
s’enfoncent sous ton regard 
lentement rassemblés 
par la bouche     
des mots le souffle 
effleure les contours        
du cercle muet qui attire la lumière            
en son centre l’étoile 
rampe vers l’intérieur du silence 
la pierre jadis            
posée contre les tempes 
se délie maintenant 
ouverte          
dans la dispersion des soleils 
multiples et dans cet éparpillement 
une clarté se reforme l’âme             
revient glisser 
dans l’éther d’où elle fut tirée 
elle se souvient           
du feu 
premier du lieu sans ombre 
où la pensée 
se respire









une cosmogonie intime une descente et une remontée de la conscience à travers ses propres zones d’ombre et de lumière

les soirs qui se creusent évoquent le passage du visible à l’invisible le moment où le monde extérieur s’efface pour laisser place à la profondeur intérieure — celle du regard qui ne voit plus mais recueille

l’œil ici devient organe spirituel  non plus celui qui observe mais celui qui reçoit absorbe médite

les syllabes les lèvres le cercle en silence parlent du langage comme rite de la parole ramenée à sa vibration pure 

les mots ne décrivent plus  ils rassemblent comme des offrandes les fragments du monde dans un centre immobile

l’étoile qui rampe vers le centre représente la lumière en devenir la connaissance encore enfouie cherchant sa forme au cœur de la matière  peut-être une image de l’âme retournant à son origine

la pierre autrefois proche des tempes évoque la pesanteur de la pensée la densité du mental qui ici s’ouvre et se dissout dans la dispersion des soleils  multiplicité des consciences éclatement du réel en fragments lumineux

dans cette dissémination l’âme retrouve l’éther c’est-à-dire son élément premier sa transparence

une métamorphose intérieure  la descente dans la nuit de la matière la lente fusion du langage et du silence puis le retour à la lumière diffuse du souffle originel  l’esprit réintégré à la vastitude

en somme c’est une alchimie de la parole  la pierre du front devient étoile le soir devient commencement et le verbe dans sa plus pure oscillation retrouve le royaume de l’éther



























 



au premier mois de l’hiver


le nord étend sa loi silencieuse
le froid ordonne la direction et la mesure










dans les courants secrets 
de l’eau

la vertu trouve son 
achèvement


elle glisse
profonde et tranquille


comme 
un lac sous la glace 
comme 

une source qui s’incline vers la lumière





tout se tient 

dans le rythme des saisons

dans le miroir des rivières




le monde se compose et se contemple

dans le premier  mois

de l'hiver















 



La Pierre aux Pieds

Haute Maurienne


MOI

par l’imagination la raison ou le cœur







je chemine par toutes 
les voies

sans préférence sans 
hiérarchie


je prends la forme de ce que je traverse
rêve mystère éclat ou silence


j’avance dans la clarté comme 
dans la nuit


je ne cherche pas à atteindre mais à 
m’accorder

à devenir le chemin 
même


l’instant où la pensée se fait passage













 



BIVOUAC 

Fontaine de la Plante

1652 m

Vercors sud

printemps 2025











voici qu’il fait jour


j’ai patienté 
dans la lenteur des ombres



chaque seconde pesait comme 
éternité close

puis 

la lumière a glissé sur le bord 
du silence

j’ai su que le jour venait


non comme une promesse mais comme une présence
une délivrance sans mot
simple et absolue


le retour du visible après 
le songe


voici qu’il fait jour  j’ai patienté et je l’ai vu venir










ce qui est en lutte ce sont toujours des visions du monde


des manières de voir de sentir de nommer
des respirations qui s’affrontent sous les mêmes ciels


non des armées mais des regards
non des armes mais des images


le monde ne se défait pas par la force mais par la vision

chaque pensée nouvelle est un tremblement dans la lumière
un déplacement du visible
une guerre douce et sans fin entre ce qui veut voir
et ce qui refuse d’être vu















 



la jeune fille au skateboard


je traverse la ville
comme une phrase libre

dit-elle













je fends le vent
mon rire déchire
la poussière du jour

le béton devient mer
la vitesse un chant
sans parole

je glisse entre les regards
comme une étincelle
qui refuse la chute

le monde voudrait me nommer
mais je suis déjà ailleurs

pure trajectoire
corps et souffle
en équilibre sur l’instant

dans mon sillage
le réel perd sa gravité



poésie rapide sur une image
















elle marchait comme on glisse dans un songe 

à contre rythme du monde les yeux ouverts sur un ailleurs sans adresse elle ne cherchait rien seulement à demeurer dans la nuance entre deux souffles son pas dessinait une phrase muette que personne ne lisait elle allait ainsi légère et grave tenant dans ses mains invisibles le fil d’une présence que nul ne pouvait rompre elle parlait peu mais chaque silence autour d’elle prenait feu d’une lumière douce comme une mémoire ancienne














sa façon d’être à laquelle elle était très attachée était 
simplement et indubitablement différente 
de celle des autres... 






















la révolte consiste à regarder la rose
à s'en pulvériser les yeux

Pizarnik Alejandra

*


un livre‑feuille 
de l’âme et des pétales 
un essai ou roman‑essai de l'Agent Secret

Fleurs  
le grand roman de l’érotisme floral  
présente les fleurs comme langage universel 

amour désir 
métaphore et peinture 

d’un continent floral où s’écrivent 
drames secrets parfums et sang dans l’ombre 



















l’auteur part des planches du botaniste du XVIIIᵉ siècle Gérard Van Spaendonck et traverse la littérature peinture métaphysique revisitant Dante Ronsard Shakespeare Rousseau Baudelaire Rimbaud Mallarmé Proust Colette Ponge Genet les fleurs sont mots les mots sont fleurs elles persistent au‑delà du bien et du mal malgré le bruit l’oubli la fureur les cendres un livre de rêverie libre et sensuelle où la nature florale devient miroir de l’érotisme de l’esprit et du monde























un flux de chiffres un murmure métallique 


la langue se défait et reprend son souffle 

dans l’intervalle des nombres 

dans l’œuvre de l'Agent Secret 


Nombres 










l’écriture n’aspire plus à raconter mais à déployer 

la pulsation de la pensée à nu 

les mots glissent 


l’avant du récit l’au‑delà de la narration 


les nombres deviennent corps et souffle 


une expérience d’écriture 

où la forme vacille 

où la langue oscille 

entre le silence et le cri 

où l’auteur défie la syntaxe 

pour que l’instant advienne 

sans artifice 

un roman‑essai 


un chant de la langue à la mesure de l’infini
















111

PREMIER NOVEMBRE



c’est la trinité des uns
la répétition qui insiste et éclaire
le signal d’un commencement absolu 

belle unité amplifiée













111

simple et infini
miroir de soi dans le reflet des trois
passage entre le visible et l’invisible


111


étincelle 
dans la chaîne des nombres
vibration de l’ordre et du mystère













sieste blanche 

le repos du monde sous une lumière 
immobile

suspendu entre sommeil 
éveil

un instant où tout s’éteint 
sans obscurité


où 
la clarté enveloppe 
le corps et le temps


où 
l’esprit flotte 
dans la blancheur 
du silence





















A R C

la mort sourit au bord du temps qui lui donne 
quelque noblesse







poésie

KAIROS INTÉRIEUR

l’occasion juste ressentie de l’intérieur

Synchronicité consciente avec la structure du monde



















clarté fragile 
qui flotte et se dissout


la lumière 
piégée dans 
une forme qui s’évanouit


le cristal 
retient l’instant 

la fumée 
l’emporte

ensemble 
ils dansent sur le fil 
du visible et de l’éphémère
le solide et le volatil se confondent














cristal et fumée

révèlent 
la beauté du 
passage




espace 
entre hier et demain 
entre ici et ailleurs


ni lieu ni temps 
mais 
chemin 

respiration


seuil 

où le monde change de visage
où l’âme glisse de soi vers l’inconnu



ne plus me contenter des géographies solennelles 
des limites humaines


poésie

LUMIÈRE DE L’INTERVALLE

faible éclat entre deux événements qui éclaire l’ensemble de la vie

ne brille que pour ceux qui savent voir












un résumé rapide sans ponctuation

un homme et une jeune femme quittent le monde 

s’installent sur une île où le soleil la mer les sens vivent sans contrainte ils ferment les fenêtres du bruit ils roulent vers la frontière de rien puis se posent respirent maintenant écoutent regardent sentent touchent boivent l’air tout autour de leur corps le narrateur écrit ose se demander ce qu’est un roman il cite les anciens penseurs la culture les médias le sexe l’usure des couples il décrit la peau de la jeune femme sa jeunesse sa liberté et en même temps se regarde vieillir dans ce jeu de l’amour sans lien rigide il refuse les discours moroses et la littérature captive il revendique cette  jouissance d’exister  l’écriture devient promenade dans le monde et dans l’esprit une suite d’illuminations d’aphorismes et d’instants partagés le monde extérieur recule pour que se lève 

une étoile 

Vénus 

celle des amants




























 




surprise 
qui ouvre l’esprit

vertige 
doux 
devant l’être 
des choses















naît du regard 
qui questionne sans présupposé

curiosité 
qui n’exige pas de réponse immédiate







commencement 
de toute 
pensée


le 
souffle 
qui fait 
danser 
l’infini 
dans 
un instant


l'étonnement























sur la terre immobile

le silence enraciné


la patience 
qui ne se plie pas au temps



















elle 
porte tout 
sans frémir accueille 
le ciel et le vent dans son corps 
de pierre et 
de chair




dans 
son immobilité 
résonne 
l’éternité 
du monde



je n'ai rien su avant de m' immobiliser 


























 



retour sur le vent 


le souffle revient sur lui-même
mémoire de l’air en mouvement


il effleure 
il caresse 
il frappe














dans son va-et-vient 
résonne 

la présence invisible



le vent ne s’arrête jamais


il laisse 

une trace dans chaque feuille
un murmure 

parle de l’infini et du passage





matière de poésie comme en soi la matière

matière de mot comprise

matière insignifiante













l’ajour 


le vide 
qui laisse 
passer 
la lumière


la faille 
qui fait respirer 
la forme


l’espace 
entre les choses 
où le monde 
se regarde














non absence mais passage 


le silence 
de la matière


l’ouverture 
dans le plein


le lieu où la clarté prend corps





soi

devenu froid

il me faut passer

par ce froid
















une lampe dans la lumière aride 

c’est la clarté 
qui persiste quand tout brûle

la conscience 
qui éclaire même le désert de la conscience


non pour dissiper la nuit
mais pour rappeler 
qu’

il y a 

un feu au cœur du vide


la présence nue sans ombre












la 
flamme 
qui éclaire 
non ce qu’elle voit
mais le fait 
même 
de voir




pendant la lueur qui précède la chute du sommeil 
je déchiffre le mur



























 un chant libre tissé de fragments d’images et de citations


CHANT DE L’UNITÉ 

La Philosophie éternelle 

Aldous Huxley

tat tvam asi  tu es cela
le Royaume des cieux est au-dedans de vous


sous les siècles les temples les langues et les noms
une seule source murmure 
la même eau dans mille coupes
Huxley écoute 
non les prêtres mais le vent entre les colonnes
la lumière qui traverse les sutras
le silence où Maître Eckhart et Shankara
se reconnaissent
















un est le monde un le feu
un le souffle divin dans la poussière
et nous étincelles dispersées dans le vent des jours
oubliant la braise dont nous sommes nés

le moi dit 

je veux je pense je suis


le Soi répond 

celui qui perd sa vie la trouvera

alors   chute du masque
éclat du réel 


le cœur devient miroir
et le monde 

reflet



l’amour est plus vaste que les religions
là où s’éteint le moi
s’allume la compassion

ce n’est pas le monde qu’il faut fuir

mais l’ego qui nous sépare du monde


l’arbre du Bouddha pousse dans le désert d’Égypte
Rûmî danse avec François d’Assise
dans chaque regard lavé du désir
se glisse le sourire de Dieu


la science pèse les astres
mais ignore la lumière qui les fait brûler
l’homme a fait du ciel un moteur
de l’âme un oubli

Huxley parle au siècle des machines 


reviens au silence avant le bruit
au cœur avant la pensée
à l’unité avant la forme



la gnose n’est pas savoir
mais reconnaissance 


comme se souvenir d’un rêve ancien
devenu vrai


le sage ne fuit rien 


il agit sans attachement
il aime sans saisir
il connaît sans nommer

ce n’est pas ce que l’on fait qui compte

mais 

l’esprit dans lequel on le fait




Ô Perennial Philosophy
flamme qui brûle sous tous les dogmes
tapis de lumière sous les pas des saints
ombre portée du Tout dans le cœur de chacun

unité sans temple
vérité sans drapeau
amour sans nom




quand le dernier mot s’éteint
quand le dernier je se tait
alors commence le vrai chant 


le souffle de Brahman dans la poitrine du monde
le silence du Tao entre deux battements
le Verbe qui se fait lumière
et dit 

Je suis


celui qui s’oublie 

découvre l’infini en lui-même


toutes les voies 

mènent à la même cime 

mais 

les chemins sont nombreux


 

Fin du Chant

à lire 

comme 

une respiration 

une prière sans religion

un poème d’unité




***


SONG OF THE ONE

Aldous Huxley  The Perennial Philosophy

tat tvam asi tu es cela the kingdom of heaven is within you
une seule source beneath all temples all tongues all ages
a single spring murmuring under a thousand names
Huxley écoute les voix des éveillés 

Maître Eckhart Shankara Lao Tseu Bouddha sous le figuier
tous parlent la même lumière que nul mot ne peut dire

le monde est image shadow of light reflection of the Real
and the light is within non au-dessus mais au-dedans
the self is of the same nature as the divine ground
je veux je pense je me nomme puis le silence
he that loseth his life shall find it
le miroir s’efface devient pure transparence

love beyond doctrine au-delà des mots au-delà du désir
ce n’est pas le monde qu’il faut fuir mais l’ego qui nous sépare du monde

Kabir chante François d’Assise répond 
Rûmî danse avec Thérèse d’Avila
une flamme mille langues one flame many tongues
la compassion respire là où le moi s’oublie

the mind has measured the stars mais oublié la lumière qui les brûle
la science pèse les cieux mais ignore le cœur
les temples d’acier les autels de verre et l’âme sans autel
return to the silence before thought to the heart before form
reviens à la flamme cachée au battement premier

gnosis n’est pas savoir mais souvenir de ce que nous sommes avant les noms
the saint does not flee the world he walks in it transparent
ce n’est pas ce que l’on fait qui compte mais l’esprit dans lequel on le fait
ainsi le travail devient prière le souffle devient offrande
et le monde visage de dieu

o philosophie éternelle perennial flame under dogmas
vérité sans temple amour sans drapeau unité sans nom
the immanent and the transcendent one ground one breath
tout respire en tout rien n’est séparé

when the last word falls and the last I is still
then begins the true chant le souffle de Brahman dans la poitrine du monde
the Tao between two heartbeats the Logos shining through all forms
ceux qui se connaissent eux-mêmes connaissent l’éternel
he who forgets himself discovers the infinite within

et tout ce qui fut divisé se rejoint dans la lumière
there is no elsewhere only the one seeing through all eyes