Le livre et le chemin
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
mercredi, décembre 10, 2025
Transfluence
passage d’une forme dans une autre
glissement sans heurt presque invisible
où la matière change de rive
et l’esprit suit le courant
sans savoir quand il a basculé
Transgression flandrienne
montée lente de la mer dans la terre
âge où l’eau regagna son empire
effaçant les frontières anciennement sûres
souvenir géologique d’un monde mouvant,
Urstromtal
vaste lit façonné par les glaces
couloir ancien où les eaux s’égarèrent,
paysage sculpté par le retrait du froid
une vallée primordiale
empreinte du monde avant le monde
poésie
moment où le monde perd sa densité et devient traversable
ne dure jamais plus qu’un souffle
Le ciel du jour
lumière
tissant des ombres légères
où se loge la rumeur du temps
10 novembre milieu de l'après-midi vers le Mt Clocher
Rocher
silence compact sous le vent
un fragment d’éternité posé au milieu des heures
résistant au passage du monde
un rendez-vous
un livre
celui qui
connaît le fil tendu
connaît la grande essence
le gravier
se revêt de la terre
la poésie est la langue qui se décale pour mieux toucher
l’énigme elle est ce qui résiste
entre poésie et énigme
ainsi la poésie fait de l’énigme
reflet dans un seau d’eau
c'est la grande déesse de l'Aurore
la brillante
l’embarcadère
poussière
la clé
Andante
un dîner au restaurant
le regard du tigre
la montre
le portrait d’Ivan
un chien
le ticket de métro
Orion
le téléphone
un appartement
chaîne alimentaire
le marché aux voleurs
un Flamand
un quatuor
le rire de l’orang-outan
une place dans un train
Fragment 1
Page unique mot-sillage
Ryrkaïpii
Fragment 2
Flux horizontal
vent→pente→rivière→pierres→vallons →écart→silence→
Fragment 3
Spirale
(
nuit
→ombre
→galet
→écoulement
→lumière
→retour
→invisible
)
Fragment 4
Cascade verticale
canyon
plaine
montagne
creux
souffle
poussière
écho
Fragment 5
Paragraphe caviardé
La lumière ne s’arrête pas
les pierres ne restent
le vent efface les chemins
Fragment 6
Mots dispersés
marche…
écoute…
tombe…
retour…
cherche…
Fragment 7
Superposition simulée
rivière
rivière
sable
sable
→ parcours imbriqué lecture par strates
Fragment 8
Mot unique
ouvert
Fragment 9
Répétition progressive
Ryrkaïpii… Ryrkaïpii… Ryrkaïpii…
→ le nom
devient paysage intérieur
Fragment 10
Page vide ou presque
.
→ pause
respiration horizon mental
Fragment 11
Déplacement diagonal
le vent
ne suit
pas le cours
des rivières
mais la ligne
de ton regard
Fragment 12
Écho inversé
galet → galet
vent → vent
val → val
→ lecture circulaire mémoire du lieu
Fragment 13
Pliure imaginaire
le sol
se replie sur lui-même
les montagnes se chevauchent
les vallons se croisent
→ perception spatiale en mots
Fragment 14
Fragmentaire continu
chaque pas devient orientation
chaque souffle devient géographie
chaque regard devient langue
chaque mot devient rivière
Fragment 15
Spirale finale
début → avancer → détour → se perdre → revenir →
Ryrkaïpii → ↺
Principe du labyrinthe de Ryrkaïpii
le lecteur peut naviguer par fragments
sauter revenir se perdre
Le territoire est mental et verbal
les mots deviennent collines rivières vallons et chemins
chaque page est un micro-paysage où l’espace
la lumière le silence,
et le mouvement se traduisent en poésie
il affronte les tempêtes grammaticales
les récifs de sens
il sait que chaque mot chauffé suffisamment révèle
une lueur ancienne
il cherche cet éclat dans tout ce qu’il lit
dans la mythologie grecque
un Argonaute
est l’un des héros partis avec Jason à bord du navire Argo
pour conquérir la Toison d’or
c’est un symbole d’aventure de quête et de
dépassement de soi
en biologie
l’argonaute
est un petit poulpe pélagique genre Argonauta
dont la femelle secrète
une coquille fine et nacrée en forme de barque
il est parfois appelé nautile papyracé
c’est un animal fascinant
par sa délicatesse et son mode de vie en pleine mer
en poésie et en symbolique
le mot évoque souvent
le voyage
l’exploration
l’appel du large
la quête impossible ou initiatique
être argonaute
c’est savoir que la mer
n’est jamais un détour mais un destin
l’argonaute
n’habite pas son bateau
il l’invente à mesure qu’il avance
tout voyage véritable commence par une déchirure
mais seul l’argonaute accepte cette blessure
comme boussole
on devient argonaute
lorsque l’on comprend qu’aucun port n’est définitif
la poésie commence
là où le sens cesse de se tenir droit
définir la poésie
c’est tenter de mesurer une étincelle
la poésie est une fumée
si tu la saisis elle se dissipe
la poésie n’est pas un dire
mais un passage
l’éclair qui relie le visible à l’invisible
la poésie
l’indéfinissable à l’état pur
Pouvoir
Signes
Domaine
Risque
Le repos et le vertige
Le repos
est l’horizontalité de l’être
une reddition sans peur une suspension du tumulte intérieur
Il est l’instant où le corps s’accorde enfin avec son propre poids
où l’esprit cesse de projeter et revient à lui-même
Dans le repos le monde se déplie doucement
sans exigence sans urgence
C’est une gravité apaisée
Le vertige
est l’appel du vide
l’ouverture trop vaste qui déborde la forme
Il n’est pas seulement peur il est la promesse d’un dehors infini
la secousse qui révèle que le sol n’est qu’une habitude
Le vertige est une invitation à dépasser ses propres contours
à s’exposer à la possibilité de tomber
ou de s’élever
Entre repos et vertige se dessine
la dynamique fondamentale de l’existence
besoin d’ancrage et désir d’abîme
Le repos nous reconduit à notre centre
le vertige nous arrache à lui
Et peut-être que vivre consiste à osciller entre ces deux terres
à trouver
entre la paix et l’appel
une manière de tenir debout
Labyrinthe
chemins enchevêtrés du monde et de l’esprit
Échos qui se perdent et se répondent
chaque détour est une révélation
chaque impasse un miroir
où le sujet se découvre
prochain mot
Lecture
dialogue silencieux avec les signes
le monde se déplie entre les lignes
chaque mot devient passage
et l’esprit traverse
l’infini contenu dans un souffle
le flux verbal se déploie
non pas en lignes droites mais en courants
en remous légers
en spirales qui s’entrelacent et se séparent
comme un souffle qui hésite
entre le dire et le retenir
Chaque mot devient seuil chaque pause un détour
chaque répétition une bifurcation
mais laisse derrière lui
une traînée de résonances
un murmure qui circule dans les interstices
On entre dans le labyrinthe sans connaître l’architecture
et l’esprit s’ajuste au rythme du texte
aux plis du langage
aux passages secrets où la phrase se retire
pour mieux revenir
un écho à la fois familier et inattendu
Le flux verbal est un courant vivant il soulève et dépose
il recouvre et découvre
il oblige à la mobilité intérieure
à l’attention suspendue
à l’écoute des mouvements invisibles
qui gouvernent la pensée en train de se faire
Dans ce labyrinthe le lecteur est marcheur
mais aussi souffle
partie intégrante du flux
partie qui se laisse transformer
par la simple présence des mots
par la manière dont ils s’ouvrent
et se ferment
Comme des portes sur l’infini
chaque détour révèle un fragment
chaque impasse une possibilité
chaque reprise une lumière neuve
et le labyrinthe de lecture
n’est pas une contrainte
mais un espace ouvert
où le langage devient flux
où le flux devient pensée
où la pensée devient perception
du mouvement même de l’être
mots isolés étirement enroulement
pages uniques
paragraphes inversés ou caviardés
spirales
visant à créer une expérience fragmentaire et labyrinthique
Sensation de chute
Page unique
Vide au-dessus
Vide dessous
Un mot tombe
Un autre se déploie
Le sol se retire
Corridors
mots qui s’étirent
s’enroulent
coulent le long des marges
se heurtent
dévient
réapparaissent
angles impossibles
réverbérations
Perte d’orientation
Paragraphe inversé
Caviardé
Chaque ligne tente de guider
Chaque ligne se dérobe
Le centre est absent
La spirale avance, recule, se replie sur elle-même
Éclats de lumière
Mot unique
ouverture
Mot unique
silence
Mot unique
respiration
Cartographie du fragmentaire
marge après marge
phrase après phrase
déplacement de l’attention
la page devient labyrinthe
le mot devient espace
la lecture devient parcours
Inflexions du temps
Le texte ralentit
s’allonge
se replie
se froisse
se redresse
mais toujours en fragments
toujours en échos
Échos inversés
réverbération
réverbération
rév–
re–
–bération
–ébar
–tion
Labyrinthe respirant
Chaque page respire
Chaque mot suspend
Le lecteur devient marcheur
Le texte devient vent
Tout se déroule dans le mouvement discontinu
dans l’espace des interstices
dans le frôlement du vide
l’objectif est de créer
Page 1
Mot unique
chute
Page 2
Page étirée horizontal
m o t s q u i s’ é t i r e n t s u r l a l i g n e c o m m e d e s c o r r i d o r s
Page 3
Mot enroulé
spirale imaginaire
(o
r
i
e
n
t
a
t
i
o
n)
Page 4
Paragraphe inversé
…se replie se dérobe se perd
…le centre fuit le regard
…chaque ligne promet
…et chaque ligne trompe
Page 5
Caviardage partiel
La lumière ne s’impose pas
les ombres glissent sans nom
le vent efface les traces
Page 6
Fragment dispersé
respirer…
ouvert…
marcher…
vide…
écart…
Page 7
Mots en cascade verticale
a
b
s
o
l
u
t
Page 8
Répétition progressive
labyrinthe labyrinthe labyrinthe labyrinthique
labyrinthique labyrinthique…
Page 9
Spiralé textuel
lecture circulaire
début → avancer → tourner → reculer →
se perdre →
revenir → ↺
Page 10
Page presque vide
silence
.
.
Page 11
Éclats inversés
réverbération
réverbération
rév–
re–
–bération
–ébar
–tion
Page 12
Mots suspendus dans l’espace
…sensation…
…vertige…
…respiration…
…écart…
Page 13
Texte plié
pliure imaginaire
le texte se replie sur lui-même
se froisse
se chevauche
se réinvente dans chaque ligne
Page 14
Fragmentaire continu
chaque pas se perd
chaque souffle se dissout
chaque regard glisse
chaque mot s’efface
…et pourtant…
quelque chose tient
Page 15
Déplacement diagonal
ce
qui
avance
ne
suit
pas
la
ligne
mais
le
vent
Page 16
Superposition simulée
mot
mot
mot
mot
…
les lignes se croisent
les mots se chevauchent
la lecture devient parcours
Page 17
Écho
respiration → respiration
silence → silence
mouvement → mouvement
→ mouvement →
→ respiration →
Page 18
Fragment inversé et caviardé
~perdu~
~oublié~
reste
~effacé~
→ souffle
Page 19
Spirale finale
textuelle et imaginaire
commencer → poursuivre → se perdre → revenir
→ commencer
Page 20
Mot unique final
ouvert







