vendredi, décembre 05, 2025


Le désir et la peur 

le désir 

est un élan  il tire l’être vers l’avant vers une forme encore inconnue de lui-même Il ouvre attire agrandit  Dans le désir quelque chose en nous reconnaît une promesse avant même de savoir laquelle Le désir est projection appel expansion  une force qui crée du possible

la peur

elle resserre elle retient protège avertit Elle est mémoire du danger instinct de conservation ombre portée du futur  Là où le désir avance la peur recule  là où le désir invente la peur préserve

leur tension est une scène intérieure  le désir nous pousse à devenir la peur nous empêche de disparaître dans ce devenir 

Trop de désir brûle  trop de peur étouffe

Entre les deux naît la justesse fragile d’un mouvement authentique  celui qui ose sans se nier qui avance sans se perdre qui s’ouvre sans se dissoudre











le désir est l’aile

la peur est la racine 

l’existence est ce qui tremble entre les deux


























Et néanmoins


charnière fragile du réel

concession dressée contre l’évident

comme un fil tendu entre deux abîmes




là où le sens chancelle
et pourtant continue d’avancer



Violettes











fleurs basses presque secrètes

un parfum posé comme 

un 

murmure

ombre de bleu dans l’humus



elles savent disparaître
pour mieux laisser souffle au printemps



Et néanmoins


failles discrètes dans la logique

un pas suspendu hors 

du probable


la phrase bascule 

retient 

son souffle


&

le monde se recompose
dans cette fissure obstinée






Martin-Pêcheur


un éclair bref sur l’eau immobile




trait d’azur qui tranche 

le temps


il porte dans son vol la fulguration d’un monde
que nul regard ne retient



















une pensée de la vague et du vent 

une pensée mobile

sans point d’ancrage définitif

qui se forme dans le mouvement même

qu’elle cherche à comprendre






















la vague ne conserve rien 

elle avance

se replie

se reforme dans l’instant suivant



le vent non plus 

il passe efface déplace

sans jamais s’arrêter assez longtemps

pour devenir objet stable




une pensée qui leur ressemble

ne vise pas la fixation 

elle suit les lignes de force

capte les variations

admet l’instabilité comme condition



elle ne cherche pas la vérité

comme un roc

mais comme une oscillation juste

un accord provisoire

entre direction et intensité



la vague enseigne la forme changeante

le vent enseigne le rythme




ensemble ils montrent

que la constance peut naître

de la répétition des transformations

et non de leur absence




penser ainsi

c’est accepter que le sens

ne soit jamais tout à fait atteint

toujours en déplacement

toujours sur le point

de se recomposer ailleurs



une pensée de la vague et du vent

est une pensée vivante 

ouverte respirante

prête à se laisser modifier

par ce qu’elle traverse





penser la poésie en termes de yoga-zen

revient à l’aborder non comme discours

ni comme ornement du langage

mais comme une pratique de présence







chaque posture est un ajustement

une écoute du corps dans l’instant

sans volonté d’effet



de même le poème n’est pas une performance 

il est un geste juste

un alignement discret entre souffle et pensée

non le manque

mais l’espace où les choses peuvent advenir

sans être forcées




un poème zen-yogique

ne cherche pas la beauté

ne cherche pas la profondeur 

il laisse la beauté et la profondeur

se déposer d’elles-mêmes

dans les interstices du langage


inspire 

accueillir le monde

expire 

lui donner une forme simple

sans y enfermer quoi que ce soit



on se rend disponible à ce qui parle à travers nous

lorsque le mental se calme

lorsque la posture intérieure s’assouplit

lorsque le jugement se tait



le zen enseigne le non-vouloir 

ensemble ils conduisent à une poésie

où chaque mot est une posture

chaque silence un souffle

chaque image un instant de présence nue


une pratique

une écoute

une disponibilité à la simplicité vibrante du réel



le yoga offre une clé 

le zen ajoute la dimension du vide 

l’écriture devient alors une respiration 

on ne fabrique pas un poème

Le yoga enseigne la stabilité

La poésie comme yoga-zen 


























l’errance et la résidence 


l’errance 

mouvement sans point fixe 

ouverture à l’inconnu 

navigation perpétuelle dans le flux du monde

elle est liberté indécision exploration 



















l’errance 

l’expérience de la distance du passage du devenir 

elle refuse la clôture

elle aime la variation

elle se déploie dans l’incertain








la résidence 

au contraire est ancrage

elle fixe un lieu lui donne poids et profondeur

crée un rapport durable avec l’espace


la résidence est stabilité densité familiarité 

elle permet d’habiter de sentir

de mesurer le temps et la présence


elle transforme le lieu en foyer l’instant en durée


la tension entre errance et résidence 

est la respiration même de l’existence  

se tenir et se déplacer rester et partir appartenir et s’échapper



l’errance rend vivante la résidence

la résidence donne sens à l’errance



ensemble elles composent le rythme de la vie  avancer pour revenir revenir pour avancer dans un balancement entre liberté et assise entre vagabondage et foyer





Dialectique


mouvement du doute et de la raison

tension entre opposés fusion et friction

dialogue intérieur du vrai et du faux

où le sens se forge dans le contraste

et la pensée avance par heurts
















Quand je fus las de chercher

j’appris à faire des découvertes 

non pas en poursuivant un but précis

mais en laissant surgir ce qui voulait apparaître



la fatigue du désir de connaître

ouvre un espace inattendu 

le regard se relâche

la curiosité se déplace

vers des objets qui n’étaient pas planifiés

et la surprise devient possible


























découvrir n’est plus imposer une forme au réel

mais recevoir ce qui se montre

reconnaître une structure un éclat

un mouvement que l’on n’avait pas anticipé



c’est un apprentissage de l’attention 

observer sans but pressant

écouter sans chercher à interpréter immédiatement

être disponible aux écarts et aux accidents



l’expérience devient fertile 

ce que l’on ne cherchait pas

ouvre un chemin que la recherche effrénée

n’aurait jamais révélé



apprendre à faire des découvertes

c’est comprendre que la connaissance

n’est pas seulement accumulation

mais rencontre avec ce qui apparaît

au moment où l’on cesse de l’exiger







Épiphanie


instant où le voile se déchire
la lumière dévoile ce qui était caché
sursaut du monde dans la conscience
révélation brève fragile et entière
qui laisse un éclat durable


























 



Scotland

terre levée dans le vent du Nord

roches anciennes










gorges bruissantes

pluies filantes comme des présages


chaque colline y parle bas

d’une mémoire plus vieille que le ciel


prochain mot


Highlands


arêtes usées par l’éternité
mornes dressés comme des veilleurs
mousses bruines silences obliques
un royaume suspendu
où la terre semble penser




Principalement dans une île ou sur un littoral 

colline montagne


le côté de l'est est barré par de hauts mornes ferrugineux 
qu'enserre et couronne le bleu de la mer 


*


depuis qu’un vent fut mon adversaire
je fais voile à tout vent 

non pour dominer la force
mais pour apprendre à me mouvoir avec elle
à me tenir dans le flux
plutôt que contre lui





chaque souffle devient alors indication

chaque rafale leçon de pli et d’ajustement

chaque changement de direction

occasion de corriger la trajectoire

sans perdre l’élan



le vent n’est plus obstacle

il devient partenaire discret

même lorsqu’il bouscule

même lorsqu’il contraint



faire voile à tout vent

c’est accepter la variabilité du monde

la vitesse qui s’accélère et ralentit

la force qui porte ou dévie

sans attendre un moment parfait

pour avancer



il y a dans ce mouvement

une liberté fragile 

celle de ne pas se figer

celle de choisir d’exister

dans l’accord avec ce qui arrive

et non dans la résistance vaine

à ce qui est plus fort que soi



ainsi le vent devient enseignement

et la navigation

devient une forme de présence

où l’esprit et le corps

s’ajustent ensemble

à la danse de l’imprévisible



















Le lieu et la formule 



le lieu 

est ce qui accueille 

un espace où quelque chose peut advenir 

une étendue silencieuse qui offre sa disponibilité 

il est profondeur contexte matière d’apparition 

le lieu possède une gravité  

il impose une orientation 

il imprime une tonalité 

il façonne ce qui s’y dépose











la formule

elle est l’acte de saisir 

quelques mots qui resserrent la vasteté

un trait verbal qui découpe dans le flux une figure signifiante

la formule est concentration cristallisation fulgurance

là où le lieu ouvre la formule condense

là où le lieu étend la formule précipite



leur tension crée un espace de pensée  la formule donne un visage au lieu et le lieu donne profondeur à la formule Une pensée ne tient que si elle trouve son lieu  un lieu ne parle que s’il trouve sa formule

entre les deux circule ce fragile mouvement où l’être s’articule  un geste d’ancrage et de saisie de dispersion et de portée comme un paysage qui cherche son propre nom










L’espace et le temps 


l’espace 

est l’étendue où les choses se disposent

se séparent se distinguent

il est latitude ouverture déploiement

dans l’espace, l’être trouve sa place, son orientation

sa distance au monde

l’espace a quelque chose de statique

d’accueillant de réceptif  il est ce qui permet la forme


le temps

lui ne laisse rien en place 

il ne déploie pas  il emporte

il est mouvement transformation irréversibilité

le temps ne se voit pas mais il use creuse modifie 

tout ce que l’espace organise


là où l’espace stabilise le temps

dissout 

là où l’espace étale le temps 

contracte


la tension entre les deux est la condition de l’existence : l’espace donne la scène le temps le drame L’espace propose la possibilité le temps impose le devenir

Sans espace rien n’aurait lieu  sans temps, rien ne changerait et c’est entre ces deux forces  l’étendue qui reçoit et la durée qui traverse  que toute vie prend forme s’attarde un instant puis passe









Surgissement

déchirure brève du voile

l’instant se dresse 

nu

impose sa naissance

comme une évidence sans origine


prochains mots


Espace ouvert















étendue 

sans bord offerte au pas

lieu 

où la pensée respire

un souffle y dilate le monde

et l’être

soudain


n’a plus besoin de murs

















L’évangile de Nietzsche 

non un texte sacré
ni une doctrine à réciter
mais une secousse
une mise en mouvement de la pensée
contre tout ce qui se fige
















c’est un évangile sans promesse

sans salut extérieur

où l’homme ne reçoit rien d’autre

que sa propre puissance d’exister

fragile éclatée multiple




là aucune loi venue d’en haut

aucune table intouchable 

seulement des perspectives

des forces

des interprétations qui se croisent

et se corrigent l’une l’autre




L’évangile nietzschéen

ne vise pas la consolation

il cherche l’aiguisement 

rendre l’esprit plus vif

plus léger

capable de traverser le monde

sans se laisser alourdir

par les illusions du sérieux moral




il enseigne une morale sans devoir

un sens sans fondement

une joie qui ne dépend

ni du ciel ni du jugement

mais du déploiement de soi

dans un monde sans garant


c’est un évangile pour ceux

qui acceptent de perdre les certitudes

de penser sans abri

de marcher sans prophète

cherchant une force

qui ne s’impose pas

mais se découvre

dans l’acte même de vivre



un évangile sans miracle

où la seule résurrection possible

est celle du regard





Évangile


parole levée comme un seuil

récit où le temps se fissure

souffle errant entre grâce et blessure

qui demande moins de croire

que d’écouter ce qui ouvre


















Dire oui à la vie 

non comme un éclat d’enthousiasme
ni comme un optimisme forcé
mais comme une disposition intérieure
qui accueille ce qui vient
sans chercher à le simplifier

















dire oui

c’est reconnaître la texture du réel 

les aspérités les lenteurs

les clartés rares

les zones d’ombre persistantes




ce oui n’est pas approbation

ni soumission 

c’est un consentement lucide

à la continuité du monde

à sa manière d’être

au-delà de nos attentes




il y a dans ce geste

une forme de sobriété 

accepter que la vie ne se laisse pas réduire

qu’elle déborde nos plans

qu’elle invente ses propres trajets




dire oui à la vie

c’est se tenir dans l’ouverture

prêt à recevoir l’inattendu

à répondre plutôt qu’à résister

à poursuivre la route

même lorsque le sens se fait discret







ce oui-là

n’a rien de triomphal 

il est calme presque neutre

comme un pas posé sur la terre

sans peur ni précipitation



et c’est peut-être ainsi

que l’existence devient plus dense

plus vraie 

dans l’accord simple

entre ce qui arrive

et celui qui le rencontre





























la voix du silence 

non pas un vide
ni un arrêt du monde
mais un espace où le réel se fait entendre
sans intermédiaire
sans bruit ajouté














elle n’ordonne pas

elle ne juge pas

elle indique seulement

ce qui est

ce qui traverse l’instant

ce qui se déplace à la limite de la perception



écouter la voix du silence

c’est percevoir les frôlements

les infimes variations

les respirations du monde

que l’agitation quotidienne recouvre



elle parle dans les intervalles 

dans la lumière qui filtre à travers les branches

dans la poussière qui flotte au ras du sol

dans le souffle de l’air sur la peau

dans le temps qui s’étire sans insistance



la voix du silence 

ne se fait jamais entendre pleinement 

elle est trace nuance suggestion



elle demande seulement de ralentir

de laisser l’attention se déposer

de se tenir disponible à ce qui n’a pas de forme fixe



en l’écoutant

on découvre que le monde 

ne s’impose pas seulement par ses éclats

mais qu’il se révèle aussi dans ses résonances discrètes

dans la clarté douce de ce qui se tient en retrait

et qui pourtant par cette discrétion même

accomplit sa présence