mercredi, novembre 19, 2025

être là chercher à comprendre tenter de respirer


s’inquiéter de faillir craindre de se perdre redouter de tomber

vouloir avancer sans cesser de douter

essayer d’exister apprendre à se reconnaître

regarder l’avenir  refuser de reculer

désirer changer sans oublier d’être

s’efforcer de grandir  oser se révéler

accueillir la peur  admettre sa fragilité

chercher la paix  espérer la trouver

continuer d’être même en s’inquiéter d’être














dire pour dire

s’inquiéter de dire

dire encore pour tenter d’exister

désespérer d’atteindre un sens

chercher à comprendre essayer de respirer

vouloir parler sans craindre de trop révéler 

tenter d’avancer sans cesser d’hésiter

écouter le silence 

attendre une réponse espérer la recevoir

continuer de dire

même en s’inquiéter de dire

et désespérer d’atteindre 

ce qui toujours semble fuir



éloge de l’infinitif

être tout simplement
ne pas se plier aux chaînes du temps
refuser de conjuguer
préférer flotter

s’élancer sans début ni fin 
exister dans la pure possibilité

dire sans imposer 
faire sans prouver 

être sans expliquer

ouvrir toutes les portes 
laisser courir le sens inviter le geste avant l’action

à l’infinitif  les verbes rêver danser espérer se tiennent droits intacts libres de toute contrainte ils savent goûter au mouvement embrasser l’élan accueillir l’inachevé l’infinitif  c’est la promesse  tout peu commencer rien n’est encore figé c’est la langue à l’état pur le souffle premier  l’horizon ouvert

éloge de l’infinitif  l’art de laisser être













































 

Vie à Walden anecdotes


j'entendais la pluie 
comme

























 

une sorte de 
conversation entre le toit et la forêt

fusion poétique 
entre la cabane et la nature




les animaux des bois 
sont plus polis que les hommes

humanisation 
humoristique de la faune



ma maison 
était aussi ouverte que les vents

cabane modeste mais liberté totale
fusion poétique entre la cabane et la nature




*




cabane

silence en équilibre
entre ciel et terre 

maison de vent
et de lumière 


cabane

où l’être s’assoit
sans rien attendre 

murs frêles
mais cœur solide 


Arkadi Penkhat 
poète du bois du grain et des matières rugueuses





















































Henry David Thoreau 

naît en 1817 à Concord dans le Massachusetts au sein d' une famille modeste où il grandit au contact d' une nature généreuse qui façonne dès son enfance sa sensibilité et son regard sur le monde

il étudie à Harvard où il découvre les lettres les sciences et la philosophie avant de revenir à Concord pour y enseigner puis pour travailler avec son père dans la fabrique familiale tout en écrivant et en observant la vie qui l entoure

Sa rencontre avec Ralph Waldo Emerson bouleverse son existence et l'introduit dans le mouvement transcendantaliste qui prône l'autonomie la spiritualité personnelle et la communion avec la nature

cherchant à vivre selon ses principes Thoreau s' installe en 1845 dans une cabane qu il construit lui même près de l étang de Walden pour expérimenter une vie simple libre et consciente expérience qu il racontera plus tard dans son ouvrage majeur Walden





















il développe parallèlement une pensée politique audacieuse refusant de soutenir un gouvernement qu' il juge injuste notamment à cause de l esclavage ce qui le conduit à théoriser la désobéissance civile et à passer une nuit en prison pour avoir refusé de payer l' impôt

Écrivain marcheur naturaliste il remplit des milliers de pages de journaux où il consigne ses observations ses réflexions et sa quête d'une harmonie entre l'homme et le monde

il meurt en 1862 emporté par la tuberculose laissant derrière lui une œuvre qui inspire encore les défenseurs de la nature les penseurs de la liberté et tous ceux qui cherchent une vie plus vraie plus simple et plus consciente

































dans certaines cosmologies 
ex. iakoutes 

le bouleau blanc 

est lié 
à des esprits maternels bienveillants 
connectés 












à la fertilité 
à la croissance 
à la protection des enfants

il est parfois vu 
comme 

un arbre  
nourricier  grâce à sa sève
















Lieu d’apparition des esprits

on raconte souvent que les esprits
ancêtres ou guides chamaniques se manifestent 

dans le frémissement 
des feuilles 
dans la blancheur 
du tronc

ou à 
proximité 

des bosquets 
de bouleaux considérés comme 
des zones liminales entre ce monde et l’autre







le bouleau colonne 

de lumière où le vent écrit  
debout 
dans le monde 

comme 
un fil d’aube



Veronika Iougmorova 
1933–1995

fille de forestiers  
sa poésie est enracinée  dans les brumes boréales 
et les légendes 
du Nord


























 


au lieu 
des visages vivants se souvenir 
des moulages 
des voix 
devenir aveugle toucher et reconnaître par l'ouïe c'est ainsi qu'on entre 
dans le présent comme 
dans le lit 
d'une rivière


Rada Solnysheva  
voix solaire radieuse brûlant chaque mot


hargne littéraire 
sans toi avec quoi aurais-je goûté 
le sel de la terre





































les horloges du vent battent dans les fissures 

des maisons oubliées


les ombres des souvenirs valsent avec 

des étoiles effacées


chaque goutte de pluie murmure 

un secret 


la lune oublieuse tricote des songes 

pour demain




























peut-on 

retenir ces étoiles 

effacées

ou seulement écouter 

leur écho 

sur la peau du temps 



Lidiya Zorinskaya 

symboliste des nuits urbaines et des réverbères































présentation 
claire précise et 
approfondie de la relation entre 
Philippe Sollers et l’Évangile de Jean 
l’un des fils spirituels les plus essentiels de son œuvre

Sollers n’est pas chrétien au sens dogmatique mais l’Évangile de Jean 
irrigue sa vision du monde son mysticisme sa conception du langage et sa joie


pourquoi 
l’Évangile de Jean 
est central pour Sollers

parmi tous les textes bibliques Jean est le plus poétique le plus métaphysique  le plus lumineux et aussi celui qui a été le plus rapproché des traditions gnostiques sans être lui-même gnostique

Sollers y trouve 






une vision du monde comme lumière

une révélation intérieure

la primauté du verbe

une métaphysique de la joie

une écriture ouverte musicale aérienne



il lit 
Jean comme 
un texte initiatique 



Au commencement était le Verbe


l’axe fondamental de Sollers

la première phrase de Jean est le pivot de l’écriture sollersienne 


le Verbe est avant le monde

le Verbe fait le monde

le Verbe éclaire le monde


pour Sollers écrire consiste à rejoindre cette origine à se tenir au plus près du Verbe créateur et à renaître dans cette source à chaque phrase

la langue n’est pas 
un instrument  

elle est l’être le souffle 
la lumière

Sollers avec Jean 
le langage est métaphysique



la lumière dans les ténèbres


la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie


pour Sollers cette phrase décrit 


la situation de l’art

la situation de l’écrivain

la situation de l’homme éveillé dans une époque confuse

la situation du réel dans la société médiatique


L’écrivain 

est celui qui voit la 

lumière dans le brouillard du monde


la lumière est l’éclaircie 
Heidegger

la vibration  
Sollers


le réel absolu auquel l’époque ne comprend rien


le thème de la naissance nouvelle

Jean insiste 


pour comprendre 
il faut naître une seconde fois

chez 
Sollers 
c’est central 


l’écriture est renaissance

l’amour est renaissance

la musique est renaissance

le rire est renaissance


il y a un mouvement incessant de naître à nouveau de sortir du temps de mort
de rejoindre la vie véritable

c’est l’un des axes les plus gnostiques de la vision sollersienne 
la délivrance est un acte intérieur

une transformation 
de perception


Jean comme texte de la liberté

Jean ne parle presque pas de lois ni de règles


il parle de 


liberté mouvement souffle

esprit transformation

amour


c’est exactement ce que Sollers cherche  un christianisme non moral
non institutionnel puissant lumineux
musical


Jean est le contrepoison de la religion dogmatique
tout comme Sollers écrit contre les moralismes et les orthodoxies



le Christ de Jean   non pas souffrance mais lumière

contrairement à la tradition doloriste 


le Christ de Jean est maître de son destin

il n’est pas passif

il n’est pas écrasé par la souffrance

il est maître du temps

il agit dans une souveraine liberté


ce christ-là lumineux vertical souverain 
est celui qui inspire 
Sollers

Le Christ de Jean correspond à 


sa conception de l’artiste

sa conception du sujet libre

sa critique de la victimisation

sa célébration de la joie et de la beauté


l’amour comme dévoilement

Jean est l’apôtre bien-aimé
l’amour est central mais dans un sens très particulier 


l’amour dévoile

l’amour résout

l’amour comprend

l’amour ouvre la vraie vie


chez Sollers l’amour possède exactement ce statut 


il perce le voile

il brise le temps linéaire

il libère le sujet

il donne accès au réel


c’est pourquoi ses romans ne sont jamais des histoires de mœurs
mais des révélations amoureuses


la musique des phrases comme acte spirituel

Jean écrit dans un style simple direct lumineux
avec une musicalité unique

Sollers 

s’en inspire pour créer 

une écriture 


sans lourdeur

sans pesanteur

sans rhétorique

vibrante

ponctuée d’éclaircies

proche du souffle et du chant


la syntaxe sollersienne 
participe ainsi d’une mystique du Verbe héritée de Jean


la présence de l’Évangile de Jean chez Sollers 

n’est pas décorative

elle structure profondément 


sa vision du monde

sa manière d’écrire

sa conception du langage

sa métaphysique de la lumière

sa pensée de la liberté

sa critique de l’époque


Sollers fait de Jean non pas une autorité mais 

un allié
un compagnon de clarté
une source de joie


un texte initiatique qui déchire les ténèbres modernes

Sollers est peut-être dans la littérature française moderne celui qui a le plus lu Jean comme écrivain
comme mystique du Verbe comme voix d’une lumière intemporelle