lundi, novembre 17, 2025





la déesse 

Aurore triomphant de la nuit

Jean-Honore Fragonard


À peine l’Aurore matinale aux doigts de rose eut-elle brillé
Que la terre s’éveilla douce et silencieuse sous ses caresses














À peine l’Aurore matinale aux doigts de rose eut-elle brillé
Que l’esprit se surprit à sonder l’invisible cherchant sa vérité



À peine l’Aurore matinale aux doigts de rose eut-elle brillé
Que des ombres anciennes dansèrent aux lisières du monde















 



Formules chamaniques imaginaires


Ô souffle ancien
toi qui erres entre les herbes jaunes
ouvre la porte du visible et de l’invisible
que mes mots cheminent où vont les esprits













Montagne haute mère de la pierre
donne-moi un fragment de ta force
un éclat de ton silence
pour que mes pas ne tremblent pas sur le chemin




Cheval du vent
qui boit l’horizon et crache la lumière
porte mon âme plus loin que mes yeux
plus loin que mes peurs




Ô tambour cœur du ciel
bats bats bats
que mon souffle suive ta pulsation
et que ma parole devienne plume




Esprits des quatre directions
ceux qui marchent ceux qui volent ceux qui murmurent
rassemblez-vous dans le cercle
pour éclairer le passage de la nuit




Source cachée dans la pierre
offre-moi ton chant
que je puisse entendre ce qui court sous la terre
et ce qui se tait dans les nuages




Ô ancêtres
vos traces sont dans les herbes
vos noms dans les pierres
vos souffles dans mes poumons
Marchez avec moi




Feu clair
ami du froid et des ombres
ouvre ta bouche rouge
et avale tout ce qui me pèse





Chanson du ciel bleu
réveille les forces endormies
danse dans mes mots
passe dans mes veines





Vent de la grande steppe
toi qui ne mens jamais
emporte ce qui doit partir
et laisse ce qui doit rester

















Huang-po l’éveil dans l’instant

il y a mille ans sous le ciel vaste de la Chine naquit Huang-po un enfant dont l’esprit semblait déjà éveillé dès son plus jeune âge il ressentit un appel silencieux : voir la vérité telle qu’elle est sans voile sans détour il entra dans un monastère mais vite il sut que ni les rituels ni les livres ne pouvaient lui montrer ce qu’il cherchait

avec son maître Ch’in Ching il apprit à écouter l’esprit et un jour Huang-po comprit : la clarté et l’éveil ne sont pas au loin ce n’est pas un trésor à conquérir ils sont ici dans chaque souffle chaque pensée chaque instant ce que nous cherchons en vain est déjà là tapi derrière nos illusions

ses paroles étaient comme des pierres jetées dans l’eau tranquille : elles faisaient vibrer le cœur de ses disciples et dispersaient les voiles de la confusion Ne cherchez pas l’éveil  disait-il il n’est ni à atteindre ni à posséder il est votre esprit lui-même pur et entier

Huang-po vécut dans la simplicité parlant peu mais touchant profondément quand il partit vers l’invisible en 850 il laissa derrière lui un souffle d’éveil ceux qui l’ont rencontré gardent la mémoire d’un maître qui enseignait que la vérité n’est pas à chercher mais à reconnaître ici et maintenant dans le battement même de la vie










  • ne vous arrêtez pas aux mots car les mots vous trompent

    l’esprit est au-delà des concepts


    l’enseignement par la parole n’est qu’un support  

    la réalisation est direct


    Samsara et nirvana ne sont pas deux choses différentes

    Tout est esprit


    l’unification de la réalité relative et ultime

    cœur de sa philosophie Zen
















  • tomber de vide en vide

    jusqu’au souffle

    où rien ne tombe 


    la géométrie de l’être n’a pas d’espace seulement un point

    qui recommence 


    Arkadi Volnitsky 

    poète du vent et des steppes maître des sonorités aériennes













    il y a deux façons de se nourrir 

    la première est celle qui touche le corps qui s’attache aux formes et aux goûts qui satisfait l’instant et rassure la conscience ordinaire

    elle est nécessaire mais limitée  
    elle enferme dans le connu dans le cercle de ce qui rassure et de ce qui se répète 

    la seconde façon de se nourrir échappe aux sens immédiats et aux catégories familières  elle ne remplit pas le ventre mais le souffle elle ne se mesure pas au poids ni à la quantité

    elle nourrit la sagesse cette capacité à percevoir le lien entre tout et tout à reconnaître que le temps la vie et le silence ont leur propre nourriture

    se nourrir ainsi c’est écouter les leçons du monde invisible recevoir l’éclat du réel sans le nommer accueillir chaque instant comme un enseignement

    on apprend à distinguer la faim du corps et la faim de l’être et peu à peu on découvre que le vrai festin se tient dans l’attention et la conscience qui s’ouvre dans le geste simple de se laisser traverser par la vie

    l’enseignement est constant  

    nourrir le corps est vital
    mais nourrir la sagesse est ce qui transforme 
    l’existence en chemin










    le chemin 

    se défait

    le pas reste 


    ou bien


    le chemin 

    se défait

    la marche continue 



    Ivan Klyuchnikov  

    poète minimaliste explorant le silence et l’ellipse





















    lexique du marcheur 
    poétique sensoriel un peu métaphysique 











    Le pas 
    unité de souffle mesure intime du monde

    La trace
    mémoire brève laissée à la peau de la terre

    Le sentier 
    ligne fragile où le dehors consent à se laisser traverser

    L’allure 
    cadence secrète de l’âme

    La halte
    seuil entre deux épaisseurs de silence

    Le caillou 
    petite pensée posée par la terre

    La pente
    le monde qui penche pour nous éprouver

    La poussière 
    la matière quand elle se souvient d’avoir été roche

    L’horizon 
    promesse d’un pas encore inconnu

    La fatigue 
    la lucidité du corps

    La solitude 
    la compagnie élargie du monde

    L’éblouissement 
    la lumière qui s’invite trop vite

    La nuit 
    marcheuse plus ancienne que nous

    La bifurcation 
    la pensée qui hésite à se donner forme

    La carte  
    mensonge utile

    La déroute 
    vérité nue

    Le souffle 
    moteur invisible de chaque distance

    L’errance  
    la marche libérée de sa destination

    La terre 
    ce qui répond discrètement sous le pied






















     

    le chemin veut être pied et non chemin 

    le lieu 

    cesse d’être voie 

    il devient celui qui avance












    le chemin veut être pied et non chemin  il ne souhaite plus guider mais sentir éprouver devenir le geste même qui l’habite il n’est plus une étendue inerte attendant qu’on la traverse  mais une conscience de terre cherchant son mouvement  sa chaleur  sa vibration 

    le pied lui donne naissance  sans marcheur il n’est qu’un trait muet dans le monde alors le chemin aspire à la rencontre à l’empreinte à cette brève union où la matière se fait expérience 

    être pied c’est être vivant c’est participer à l’élan c’est ne plus seulement offrir une direction mais devenir le passage lui-même un instant incarné où la route le pas et l’être se confondent





    le chemin se découvre 
    marcheur

    la route 
    veut sentir  non seulement conduire

    le sol aspire au pas qui 
    l’anime

    la voie 
    se fait vivant mouvement


     





























    faire du souvenir une seconde vie

    comment égaler la vie à sa mémoire 

    laisser la mémoire achever ce que la vie commence


    égaler la vie à sa mémoire

    tenter d’accorder 
    ce qui s’échappe à ce qui demeure 

    la vie file brûle 
    déborde  

    la mémoire recueille seulement 
    des traces 

    des éclats
    des ombres persistantes 


















    on n’égale pas l’une à l’autre par la précision mais par la justesse 
    en laissant les souvenirs respirer en acceptant 
    qu’ils transforment ce qu’ils retiennent

    la mémoire n’est pas un miroir mais un second souffle de la vie
    sa lente réinvention intérieure

    égaler la vie à sa mémoire
    reconnaître que l’essentiel ne se conserve pas tel quel : 

    il se réveille 
    se ré éclaire se réinvente en nous







    éclairer 

    l’instant par sa résonance 

    intérieure

    quand le vécu devient trace

    et la trace 

    lumière


    accorder 

    l’éphémère à son écho

















    les choses 
    se frôlent se reconnaissent et se fondent 
    en silence


    comment faire entrer les choses dans les choses 

    une question qui relève à la fois de la métaphysique
    de la poésie et d’une forme de mystère 
    tactile du monde


    faire entrer les choses dans les choses ce n’est pas les comprimer ou les posséder mais les relier par le sens par l’intuition par le regard

    percevoir que chaque objet chaque élément contient un reflet de l’autre qu’une vibration de l’univers traverse toutes les formes 














    une chose 
    glisse dans l’autre par le souffle invisible

    tout s’enchâsse 
    sans bruit par l’écho des formes










    dans la peinture
    on le fait par la superposition par le geste qui unit 
    l’espace et la couleur

    dans le langage
    par le mot qui retient le souffle 
    d’un autre mot 

    dans la pensée
    par l’idée qui inclut d’autres idées 
    qui crée des échos


    c’est un mouvement subtil  une porosité un passage un pliage de réalités on ne force rien  on accueille on laisse les choses entrer les unes dans les autres par leur résonance par leur énergie commune par ce frémissement invisible qui unit tout


























     



    monochrome d'automne

    monochrome de novembre

    ocre jaune

    40X40 cm













    elle commence à peindre au Mexique 


    couleurs premières

    soleil et terre mêlés


    ses mains découvrent le monde dans chaque geste




    une méditation 

    où 

    l’œil apprend à voir ce que la raison ignore

    où 

    le geste peint la rencontre du visible et de l’essentiel



    la réalité 

    est 

    une histoire 

    minime et voilée


















    fragments pirates


    mots en fuite sens à saisir éclats rebelles 

    esprit en mer


    silence chapardé

    trésor caché


    bribes volantes   liberté intacte  morceaux perdus

    éclairs d’infini





    voleurs de phrases  éclats de vérité

    fragiles et fous  ils dérivent seuls


    pirates du langage

    vagues de sens



    fragments pirates éclats arrachés au flot continu du langage dérobés à l’ordre des phrases ils dérivent insoumis portant en eux la liberté du sens fugitif chaque mot vole chaque silence s’empare du lecteur obligeant à reconstruire à rêver à naviguer dans l’inattendu Philosophes du désordre ces fragments montrent que la vérité ne se donne jamais entière  elle se happe se chaparde se partage par touches par éclairs ils sont la mer du langage tempête et trésor à la fois où l’esprit s’aventure sans carte et sans rivage 



    volés au sens libres dans 

    le vent

    éclats de mots trésor sans 

    carte



    les bords de l'azur brise la pierre







    un univers lucide et muet

    où 

    l' étoile semble savoir mais ne dit rien


    le souffle des mondes se déploie sans bruit


    et 

    pourtant 

    révèle 

    tout








    ici

    la conscience n’a pas besoin de mots  

    elle contemple l’ordre des choses

    la précision des formes

    la justesse des intervalles 














    le silence n’est pas absence 

    mais 

    présence absolue




    la lucidité n’est pas savoir 

    mais 

    reconnaissance des liens invisibles 

    qui tiennent 

    l’être

     

    dans ce cosmos immobile  

    les gestes les frémissements et les instants de lumière 

    semblent 

    une parole voilée 


    un secret offert 

    à qui ose simplement percevoir



    l’univers lucide et muet nous place face à nous-mêmes 

    nus

    attentifs

    sans recours au langage 

    confrontés à l’évidence de l’être et à la profondeur 

    insondable du réel


























    l'infini & l'inachevé

    l'éternité qui se dérobe


    le long nuage trace éphémère du ciel

    rougi 
    par

    l'aube sombre lumière à peine née du noir


    un poisson d'or fuit au creux des rêves

    dans 

    un océan d'ombre

    où 

    le silence se noie







    le fragment touche à quelque chose d’essentiel  

    il ne prétend pas dire le tout mais effleure le cœur 
    ce qui résiste aux discours complets 

    dans chaque éclat de phrase 
    dans chaque mot isolé 
    s’inscrit 

    une vérité partielle 

    une trace qui renvoie 
    à l’invisible




    linguistiquement le fragment est une suspension une ouverture qui force le lecteur à combler le vide à co-créer le sens 

    philosophiquement il rappelle que la totalité est inaccessible que l’expérience humaine se mesure à ces brèves lumières à ces éclats qui percent le quotidien

    le fragment n’est pas un défaut mais un geste 

    il touche ce qui est essentiel parce qu’il révèle la finitude de nos mots et la puissance de leur suggestion



    c’est 

    un fragment 

    qui

    en se donnant incomplet 

    touche à l’universel















    lire à l'estime

    deviner l'invisible  saisir l'essentiel


    marcher à l'estime

    avancer sans repères


    poésie à l'estime

    dire sans savoir toucher juste



    naviguer à l'estime chercher sa route dans l'incertain











    accepter que le sol 
    manque et que l’horizon se dérobe


    avancer sans garantie

    guidé 
    par
     
    une intuition plus ancienne que le savoir 



    dans l’incertitude 
    chaque pas 
    devient 

    une question adressée au monde

    le 
    monde répond 
    par 

    un frémissement  l'éveil du monde en suspens 



    la direction n’est jamais donnée 
    mais créée

    elle naît du mouvement 
    lui-même 

    au cœur du doute
    une vérité discrète affleure  





    c’est en marchant que l’être 

    se façonne


    c’est dans l’indéterminé que se loge 

    le possible








    l’absolu reptilien

    désigne cette part primitive qui précède 

    les discours les masques et les raisons  

    un noyau nu tendu vers la survie et l’élan vital


    c’est la pulsation ancienne  indifférente aux parures de la pensée 

    où le désir et la peur 

    forment 


    une vérité brute sans voile sans détour


    dans cette zone sans cru 

    l’humain se souvient de ce qu’il fut avant de se raconter


    là se tient 

    un absolu silencieux où tout parle sans bruit

    un fond d’instinct 

    qui parfois

    éclaire mieux que la lumière