dimanche, novembre 02, 2025


cette question 

qui témoigne pour le témoin 

est 

une des plus profondes 

de la pensée spirituelle et poétique moderne 

elle interroge la limite de toute parole humaine face à la vérité


elle 
vient de 

Paul Celan 









poète de l’après-catastrophe pour qui 
le langage porte à la fois la trace du monde détruit et la nécessité 
de dire malgré tout 

dans son contexte la phrase désigne l’impossibilité de rendre compte de l’expérience absolue  la douleur la mort  la perte  car même celui qui voit celui qui sait ne peut se porter garant de sa propre parole


symboliquement 
elle ouvre un abîme 

le témoin est celui qui a vu ce que nul ne devrait voir mais pour que son témoignage soit reconnu il faut encore un autre regard une écoute un relais or ce relais manque toujours la parole reste suspendue dans le vide entre le silence et la mémoire


philosophiquement 
la question rejoint le problème de la 

réflexivité de la conscience 


qui peut garantir la vérité de celui qui affirme 


à quel point le sujet parlant 

n’est-il pas lui-même pris dans ce qu’il veut attester 




dans 
une 
lecture 
mystique 


le témoin pourrait être l’âme 

celui qui témoigne pour elle le divin en elle-même 

le point silencieux qui voit tout sans parler 

la source de la parole 

avant la parole



cette phrase 
n’attend pas de réponse 
elle demeure un seuil où toute certitude 
s’efface et où ne subsiste qu’une écoute nue
celle de l’être devant 
le réel






















Ego sum ostium 
per me si quis introierit salvabitur et pascua inveniet

Jean 10/9


Je suis la porte 
si quelqu’un entre par moi
il sera sauvé et il trouvera un pâturage


cette parole 
appartient au discours du Christ
sur le 

bon pasteur 

elle est d’une densité mystique extrême












Ego sum ostium  
Je suis la porte 

le Christ se définit comme le seuil
le passage entre le monde clos et la plénitude

la porte est à la fois 
ouverture et protection limite et accès 

elle symbolise la médiation 
 
il n’y a pas d’entrée dans la vie véritable sans traverser 
la conscience du divin

Per me si quis introierit salvabitur  

le salut n’est pas une récompense mais une transformation 
un passage de l’obscurité à la lumière
de la séparation à l’unité

Et pascua inveniet 
il trouvera un pâturage  

l’image pastorale évoque la paix intérieure
la nourriture spirituelle 
l’espace de repos où l’âme peut enfin respirer


cette phrase 

dit que 

le centre est aussi 

le seuil  

l’accès au divin ne se trouve pas ailleurs 

mais dans l’ouverture même 

de la conscience


celui qui entre 

par la porte 

franchit le plan du visible vers celui de l’essence 

il cesse de chercher à posséder 

et commence à être




c’est une formule d’une beauté austère 
l’âme passe la porte
et découvre que la porte
était en elle














louange du lieu

murmure liquide suspendu à la rivière

ici


la pierre respire encore la pluie
le vent ne dit rien 
le pas devient prière 

le silence répond

ici
l’eau ne cherche pas la mer
elle s’arrête au creux de la feuille


elle brille comme une pensée simple













ici
l’arbre se souvient du ciel
le sol garde la mémoire du feu


la lumière passe comme une main douce


ici
rien n’est à conquérir
le monde se suffit


chaque brin d’herbe parle à la montagne


ici



je demeure


le lieu me précède et me contient


ici

je nomme

la vase des marais
algue
prêle
saules
vert chéri
grenouilles
oiseaux criards







montagne après montagne
la brume me précède
je marche dans mon propre souffle




un cri d’oiseau
ouvre la vallée entière
le jour respire






















Wang Wei 

visite le monastère du Parfum accumulé


j'ignore où se trouve le monastère du Parfum accumulé

à peine quelques li déjà

je pénètre dans les nuages et les pics

sur le sentier au milieu d'arbres antiques personne

au profond de la montagne

le son d'une cloche d'on ne sait où

la couleur du soleil est refroidie à travers les pins verts

au crépuscule l'étang est désert

calme contemplation

dragon venimeux apprivoisé










Wang Wei (王维) 

est l’une des figures majeures de la poésie chinoise de la dynastie Tang souvent considéré comme l’incarnation de l’harmonie entre art nature et spiritualité


Wang Wei naît en 701 dans une famille cultivée du Shanxi au nord de la Chine Très jeune il manifeste un talent précoce pour la poésie la musique et la peinture Il réussit les examens impériaux et entame une carrière administrative brillante à la cour des Tang Cependant son tempérament contemplatif et son goût pour la retraite l’amènent souvent à se détacher des affaires publiques

sa vie est marquée par un équilibre entre service politique et quête spirituelle Converti au bouddhisme chan zen il pratique la méditation et la solitude Après la mort de sa mère il se retire fréquemment dans son domaine de Wangchuan près de Chang’an où il compose ses poèmes les plus célèbres décrivant les montagnes les rivières les saisons et le silence du monde

Vers la fin de sa vie, lors de la rébellion d’An Lushan 755 il est capturé par les rebelles mais reprend plus tard du service sous les Tang Il meurt en 761 laissant une œuvre à la fois poétique et picturale qui influencera durablement la tradition chinoise


son art repose sur la fusion du bouddhisme et du taoïsme : le détachement la simplicité la perception immédiate du réel La montagne la brume l’eau les pins et la lune y deviennent des symboles de l’unité entre le monde et l’esprit





le nuage passe
sans laisser d’ombre
je comprends le mot rien




matin d’automne

le vent pur efface la poussière des chemins

la rivière lente reflète un nuage immobile

un pêcheur pousse sa barque sans bruit

le monde entier semble respirer doucement





sur la pierre humide
je dépose ma fatigue
le monde tient dans une goutte








un passage souterrain unit tous les parfums 

les odeurs se mêlent et circulent 
sans début ni fin

terre humide 
fleurs en décomposition 
bois  
épices 
s’enlacent
















chaque effluve se fond dans l’autre 
chaque respiration devient mémoire du lieu

l’air contient la densité de ce qui vit 
et de ce qui tombe

le passage souterrain 
n’est pas un chemin mais un espace où tout s’assemble

le particulier devient universel 
le discret devient présence

harmonie invisible dans la matière 
odorante et flottante


un jour une femme s'y engagea
cette femme devint si brillante que je ne pus la voir




























Eiger Face Nord

Eiger Trail

Grimdelwald

août 2025










un sommet 
emblématique des Alpes bernoises en Suisse 
culminant à 
3967 mètres

sa structure géologique est constituée principalement de roches sédimentaires et métamorphiques 

la face nord particulièrement abrupte est formée de gneiss et de calcaire dolomitique témoignant de processus de plissement et de métamorphisme liés à la formation alpine

des fractures et failles sont présentes créées par les mouvements tectoniques et l’érosion glaciaire

les glaciers et névés situés sur ses pentes ont contribué à sculpter les parois provoquant l’érosion mécanique et la formation de moraines en contrebas

L’ensemble du massif est caractérisé par des arêtes affûtées et des couloirs rocheux résultat de l’action combinée de la gravité des températures extrêmes et des cycles de gel et dégel

L’Eiger constitue ainsi un exemple typique de relief alpin jeune en termes géologiques présentant des indices clairs de plissement de fracturation et d’érosion glaciaire continue















 




Mürren

Sefinafurgga

Oberland

août 2025











dites-moi où s'arrête la flamme
existe-t-il un signalement des flammes


le chemin respire entre l’effort et le repos

chaque pas 
oscille 


la pente appelle l’ascension 
le creux offre la pause
le regard suit la courbe 
le vent effleure le cœur
le mouvement devient rythme 
le rythme devient temps

ici les marches sont expérience
flux où le corps et l’esprit s’apprivoisent

le voyage et le paysage 

se 
mêlent 
en 

une seule respiration





































coup de doigt

sur 

le tambour




tout son
se libère

le monde
tremble

le silence
explose











chaque note


est souffle
est pierre
est feu

la nouvelle harmonie
s’éveille



le cosmos
respire
à travers
un geste
minuscule



le doigt touche
la membrane du réel


le battement
commence


tout recommence
















là où rien de moi ne demeure vers là je vais 

invisible porté par l’élan du rayon 

c’est là que mon esprit s’élance 

toi ici éclaire le cercle 

il n’est pas d’autre joie 

de l’étoile apprends la leçon muette de la lumière 

elle n’est lumière que pour cela 

parce qu’un murmure ancien 

une parole première 

la mise en mouvement et la emplie d’ardeur













la leçon de l’étoile enseigne la nature du rayonnement être lumière c’est être don c’est se consumer pour éclairer sans rien retenir le poème dit que la lumière n’existe que par l’impulsion d’un murmure et d’un babil cette parole première symbolise la vibration originelle le souffle créateur le son avant le langage la source du monde c’est cette parole discrète qui met en marche la lumière et lui donne ardeur et force

ainsi le texte tout entier décrit la dynamique de la transcendance l’esprit quitte la forme pour rejoindre la clarté absolue pendant que la lumière elle-même témoigne du verbe primordial c’est une vision où le mouvement de l’âme et celui du cosmos se confondent dans un seul élan d’illumination où le silence devient parole et la parole devient lumière
















le globe est une goutte d’eau 

suspendue dans l’univers

 

ce monde est une goutte d’air 

légère et transparente  


le marbre est de l’air épaissi 

figé dans le temps 









la pierre respire l’infini  


tout 
ce qui paraît 
solide n’est que l’air 
qui s’assemble pour se donner 
forme et mémoire