vendredi, octobre 24, 2025

 



free of beginning

lumineux transparent 
sombre entièrement 
innommé 
inconnu 

libre de commencement






















ce qui précède toute forme
et toute pensée de forme
clarté sans source
obscurité sans menace
matière et absence mêlées
l’être avant le nom
le silence avant le monde
l’éveil sans origine


cela se tient tranquillement nu sans vêtement



















neither this nor that


ni ceci ni cela

entre deux formes
le passage











ni l’un ni l’autre
mais le souffle qui les relie

l’espace avant le choix
le repos avant le nom

là où la pensée s’arrête
et le monde commence à respirer seul







neither 
mot d’entre-deux
refus calme de choisir
ombre légère entre deux affirmations
il ouvre un espace de silence
où les contraires cessent de s’opposer
et simplement coexistent


c'est ici c'est là c'est loin c'est près c'est profond c'est haut 

c'est ainsi

c'est 

et nul pourtant ne sait quoi












là où les choses s’annoncent à pas de loup 

il y a une tension 

entre la présence et l’absence le visible et l’invisible    le premier loup n’est qu’un signe une manière douce d’approcher le mystère mais derrière lui veille un autre loup plus profond plus vrai celui qui ne se montre pas et dont la force réside dans l’invisible il incarne ce qui échappe à toute image ce qui hante la scène sans jamais apparaître 


présence 

secrète du réel 

battement silencieux 

qui précède toute apparition et qui pourtant 

en est la source

















là où les choses 
s'annoncent à pas de loup
le loup est absent
silencieux
un autre loup plus fort encore
qui figure autre chose
hante la scène...




A l'heure du suprême silence 
arrive une voix sans parole
une voix silencieuse 
discrète
inapparente

























 



un accueil silencieux de la chose

recevoir sans nommer
laisser venir ce qui est
dans sa forme simple et nue














ne pas penser la chose
mais l’écouter respirer
dans son poids
sa texture
sa présence d’avant le langage

accueil silencieux
non pour comprendre
mais pour être avec
dans le même battement d’être





avant toutes les valeurs qui font système 
avant toute utilité
avant même le sacré 

il faut produire 
une structure en s'y engageant


J'appartiens à la terre et au monde dit Heidegger



















HIKER


la montagne de ce point gravis-la sans travail

ne force pas le pas
la pente se lèvera d’elle-même
respire le souffle qui te précède
marche comme l’eau qui remonte sa propre source












chaque pierre sait déjà ton poids
chaque silence porte ton nom
le sommet n’est pas un but
c’est un passage du regard

gravis sans effort
et tu verras
que la montagne te portait depuis le début






le chemin te porte au désert merveilleux qui au large au loin 
sans mesure s'étend 


























 




POETRY



elle ne décrit pas
elle traverse










elle ne parle pas du monde
elle en est le battement nu

vibration première
source
goutte dans la mer du réel

un rapport absolu avec l'absolu

sans mesure
sans utilité
sans retour

un instant où l’être et le verbe
sont la même lumière






glace 


respiration arrêtée de l’eau
lumière devenue matière
miroir du temps suspendu


dans son silence coule encore un murmure
celui du monde avant la chaleur





















la poésie ne nous sauve pas 

elle ne guérit ni le corps ni le monde 

elle ne ferme aucune blessure mais 
elle ouvre un passage dans la blessure même 























elle fait vibrer l’air autour de la douleur et dans ce tremblement quelque chose demeure indemne une étincelle qui échappe au temps à la chute à l’usure des jours 

la poésie ne sauve pas elle maintient vivant ce qui ne peut être détruit le souffle nu de la conscience le regard qui persiste quand tout s’efface 

elle donne part à l’indemne 
à ce fond silencieux d’où tout vient et où tout retourne




la poésie est comme ce grain de sénevé dont parlent les Évangiles  elle semble peu de chose par rapport aux priorités économiques mondiales  mais c’est elle  et elle seule  qui est capable de redonner vie à la parole c’est-à-dire de raviver les sources



source 
commencement liquide du monde
là où la terre se souvient d’avoir été souffle
un lieu qui ne parle qu’en mouvement
et dont chaque goutte contient une origine



























la poésie n’a  pas besoin de panthéon

elle ne sait pas mourir 
elle ne connaît ni le ciel ni un quelconque salut


elle connaît 
son intention la plus forte


celle de produire un effet 
en tout présent

dans celui-ci 
ou dans le prochain



























ll n’est pas rare dans certaines zones de l’Asie centrale de croiser un invisible cheval blanc il traverse à bride abattue les steppes du pays chamanique  Les Bouriates et les Tatars de Sibérie l’offrent au dieu du Tonnerre en l’enduisant de résine  sa crinière est ornée de rubans qui sont écarlates comme la vie dans la vie  sur son dos une coupe de lait le consacre  et ses brides dénouées lui accordent une liberté sans fin

le rite ne s’interrompt jamais 
 
à travers le temps 
les chevaux blancs sont
un seul cheval qui ne meurt jamais











Aventure


passage secret 
entre le connu et l’inconnu
où le monde cesse d’être carte pour devenir 

battement


c’est le moment où 
le vent ouvre une porte qu’on ne voyait pas

où l’on se découvre soi-même 
en marchant dans 
un rêve réel



The central core of any possible avant-garde must be adventure



































CIRCULAR MOVEMENT


formule du cercle et du silence












un mouvement circulaire


se lève 
dans la paume ouverte 
tourne trois fois dans la lumière







nomme le vent sans le briser
écoute le battement du lieu

ce qui est dehors devient dedans
ce qui est dedans devient espace

le cercle se referme
et le monde recommence à respirer






en physique
le mouvement circulaire 
est le mouvement 
d'un objet 
le long de la circonférence 
d'un cercle ou une rotation 
le long d'un arc de cercle
Il peut être uniforme
avec une vitesse de rotation constante 
et une vitesse tangentielle constante 
ou non uniforme 
avec une vitesse de rotation variable


si tu veux avoir une vision cherche un endroit solitaire




























Kenneth White est un poète et géographe écossais né en 1936 à Glasgow il est reconnu pour avoir fondé le mouvement de la poésie du troisième espace et pour sa réflexion sur la géopoétique qui lie l’écriture à l’expérience du lieu et du paysage il a étudié la littérature française et anglaise et a vécu longtemps en France où il a enseigné et publié ses œuvres son travail explore la relation entre la nature et la culture le voyage et l’écriture le corps et l’esprit dans le paysage il cherche à créer une poésie qui se déplace qui respire avec les territoires et qui élargit la perception de l’espace et du temps il a publié de nombreux recueils de poésie ainsi que des essais sur la géographie la mer et la marche il considère l’écriture comme une exploration autant physique que mentale chaque livre est une carte de son déplacement à travers le monde réel et imaginaire et sa pensée a influencé les poètes et les penseurs contemporains intéressés par l’interaction entre la littérature la philosophie et la géographie













inspiré de l’esprit et du style de Kenneth White

en français

sobre lumineux géopoétique 



chemin de pierre et de vent

marcher
non pour aller
mais pour être dans le mouvement du monde

les montagnes respirent lentement
leurs ombres se déplacent sur la mer
le vent me parle dans une langue plus ancienne que la mienne

je n’ai pas de maison
sinon la ligne de l’horizon
je n’ai pas de dieu
sinon la clarté du jour

j’écris avec les éléments
pierre eau ciel
chaque mot posé comme une trace sur la terre nue

et quand le silence revient
je m’arrête
pour écouter la pensée du monde
à travers le battement du vent



















 



The Open Path












vers le ciel immense et la voie ouverte


le vent soulève les herbes


la lumière s’étire sur les pierres


chaque pas s’élance


le regard suit l’infini


le corps devient pont entre sol et souffle


la voie se déplie sans fin 


le ciel accueille le mouvement


tout s’ouvre


tout arrive














 





Primary Space







premiers temps espaces premiers


le souffle précède le geste


la lumière touche la terre avant de s’installer


chaque pas invente un lieu


le vide devient première maison


le ciel s’ouvre comme une mémoire ancienne


les premiers mots s’écrivent dans l’air


les premières heures dansent avec les pierres


tout commence sans témoin


tout respire le commencement















 


Shamanic Territory










montagne territoire chamanique


chaque rocher détient un murmure ancien


les rivières portent des voix invisibles


le feu raconte des histoires oubliées


l’ombre devient passage


le sol respire des souvenirs de rites


les esprits circulent entre le ciel et la terre


le marcheur avance à tâtons


il écoute le langage des montagnes


il devient souffle entre les mondes


le monde tangible et le monde caché se confondent


tout est vivant


tout est visible dans le souffle du chaman















quatre lunes un seul arbre une seule ombre


l’arbre veille sur la clairière


chaque lune effleure ses branches


la lumière se couche en quatre plis


l’ombre s’étire une seule fois


touche la terre


respire avec le vent


raconte l’histoire silencieuse de l’arbre et des lunes









ce moment où tout se rejoint


















The Lake of Echoes




l’eau répète ce que l’on pense


















les rives reflètent le ciel et le souvenir

chaque pas fait naître une note suspendue


le lac des échos




Presset lac d'altitude 



répond en miroir

chante le temps suspendu

retient la lumière et la libère


seul témoin 

des nuits  

des rêves 

des montagnes

il garde les voix des vents anciens