samedi, novembre 29, 2025


la différance  avec un a 

chez 
Derrida 
est un mot inventé 

pour montrer 
quelque chose que ni différence 
ni aucun terme courant ne pouvait exprimer


différer = deux sens en un

Derrida joue sur les deux sens du verbe différer 













être différent  

produire un écart une distinction


différer dans le temps  

remettre à plus tard reporter














la différance avec un a réunit ces deux mouvements simultanément


un écart qui ne se stabilise jamais

pour Derrida un sens n’apparaît jamais d’un coup 


il se construit dans 
un réseau d’écarts entre les mots

il est toujours différé
toujours en train d’advenir 
jamais fixé une fois pour toutes

la différance désigne donc le processus infini par lequel le sens
se forme se déforme se déplace et n’arrive jamais à 

une présence pleine




pourquoi un a 

parce que la différence entre  différence et  différance  n’est visible qu’à l’écrit inaudible à l’oral c’est un geste philosophique  

montrer que le langage écrit a une ruse une puissance propre et que le sens dépend de nuances que la voix ne peut pas saisir


la différance n’est pas un concept au sens classique

Derrida insiste 

ce n’est pas un mot à définir

mais 

une force un mouvement

un  ni… ni… 

quelque chose qui déjoue toute clôture conceptuelle



la différance 

=


l’écart + le retard

la manière dont le sens se crée en se dérobant

une notion qui existe justement parce qu’on ne peut pas la fixer













rien d’autre en face que le pur espace et la saison



un seuil sans contour
où la lumière se tient droite
comme une pensée sans objet
le monde respire à peine
dans une transparence qui ne pèse plus
tout ce qui était attente se dissout
alors demeure ce qu’on ne peut nommer
un vide habité
une présence sans forme
là où le temps se détache
et où l’être avance
sans direction
dans la simple ouverture du jour












Sofia Beliavina 
1902–1976

mystique douce
influencée par la théologie orientale 



























WHERE THE PATHS DO NOT GO


où les chemins ne vont pas 

se trouve 

une région faite de souffle et de suspension 

un intervalle entre les directions où le sol semble hésiter à devenir sol 

la terre desserre légèrement sa prise sur le sens 

l'air devient en lui même un passage 

le silence y est plus épais mais jamais lourd 

il se replie autour du corps comme 

un vêtement pâle















où les chemins ne vont pas 

le monde recule juste assez pour laisser paraître 

son pouls secret 


on marche sans marcher 

on avance sans distance 

on est porté par quelque chose qui n'est ni intention ni errance 

un mouvement qui précède le choix et dépasse la destination



dans ce lieu sans sentier 

chaque pierre 

est 

un signe sans volonté  chaque ombre 

un guide sans message rien ne conduit et pourtant tout indique 

une orientation délicate 

une dérive qui ressemble à 

un retour vers 

une source 

que l'on na pourtant jamais connue



où les chemins ne vont pas 

on n'est plus séparé du terrain 

on devient 

partie de l'inexploré 

partie de ce qui se forme encore 

partie de ce qui refuse d'être cartographié 


c'est le territoire calme 

où l'intérieur et l'extérieur se replient l'un dans l'autre 

et où avancer signifie 

entrer plus profondément en soi
























le visible et l’invisible 

le visible 

est la couche offerte

la peau du monde

 

ce qui se montre avec une clarté parfois trompeuse

il rassure par sa présence mais il limite par sa surface


l’invisible

lui 














est cette profondeur qui soutient le visible 

sans jamais s’y livrer entièrement  


forces 

intentions 

causes mémoires 

tout ce qui échappe au regard 

mais détermine pourtant la forme des choses


le visible affirme l’invisible suggère

l’un expose l’autre inscrit


leur tension 

est 

une dialectique du dévoilement 


voir n’est jamais tout voir

l’invisible n’existe que comme ce qui demande encore 

à être révélé




le corps et l’esprit 


le corps 

est l’origine de toute expérience  

lieu du rythme 

du poids 

du souffle

il nous ancre dans la durée du monde


l’esprit 

lui cherche l’écart 

il interprète imagine projette 

se dégage parfois du corps pour en faire 

un objet de pensée


mais l’un sans l’autre se vide 

un corps 

sans esprit devient mécanique

un esprit sans corps se détache du réel




la tension entre les deux est une continuité 

plutôt qu’une fracture  


l’esprit est un geste du corps devenu 

subtil 


le corps 

une pensée incarnée 


ensemble 

ils composent le mouvement même de l’être 

oscillant 

entre 

gravité et élan
















le sensible et l’intelligible 

le sensible 

est ce qui nous atteint d’abord 

un éclat une texture 

une vibration qui traverse le corps avant la pensée 


il est immédiat 

multiple 

mouvant


l’intelligible 

lui cherche à dégager









une forme

une loi

une nécessité à partir de cette dispersion

il rassemble ce que le sensible disperse

il abstrait ce que la sensation laisse affluer 


leur tension est celle d’un va-et-vient 

le sensible donne chair au monde l’intelligible lui donne structure

si l’un manque le réel se vide ou s’aveugle 

s’ils se tiennent ensemble la pensée devient accueil du monde

le monde devient lisible




le réel et le possible 



le réel s’impose 

il est ce qui est, avec sa densité, ses limites, 

son poids d’évidence. 


le possible en revanche

trace des lignes dans l’air 

ouvre des marges

étire les contours du réel en direction de ce qui pourrait être


le réel fixe  le possible oriente

le réel ferme parfois  le possible fissure

leur tension est créatrice 


le réel empêche l’errance infinie 

le possible empêche la clôture


l’existence se joue dans cette oscillation

accueillir le monde tel qu’il se donne tout en laissant affleurer 

ce qu’il appelle secrètement


















 
le monde et la présence 

le monde n’existe pour nous que comme horizon offert totalité ouverte et toujours trop vaste alors que la présence est ce point d’intensité où la conscience touche réellement quelque chose 

le monde déborde la présence condense 

entre 

les deux se tend la vie 


une oscillation 

entre 

le diffus et le précis

entre 

l’immense et le vécu













le monde est ce qui enveloppe 

la présence ce qui brûle






la solitude et la relation 


la solitude 

est 

la chambre intérieure 

où 

l’être se reconnaît lui-même 

sans témoin


lieu originaire 

où 

naît la voix


la relation 

elle 

est 

l’ouverture 

qui risque cette voix vers un autre

qui transforme la solitude en partage


l’une resserre l’autre dilate

l’une fonde l’identité l’autre la déplace

la tension entre solitude et relation est la respiration même de l’existence  

se tenir assez seul pour être, assez ouvert 

pour devenir




Tension Conceptuelle 

TC